L’Epargne des algériens va être de plus en plus recherchée en 2016 par temps d’assèchement des excédents du trésor public. Les appels publics à souscription risquent ils de se cannibaliser les uns les autres en arrivant sur un marché financier dormant, aux contours imprécis ?

La question ne se serait pas posée à ce stade, si un acteur géant n’allait pas entrer dans la danse dès ce premier semestre 2016 : l’Etat. L’Etat va lancer en avril prochain son grand emprunt national. L’annonce qui en a été faite par le premier ministre, Abdelmalek Sellal, le 02 mars dernier n’était accompagnée que d’un seul détail, le taux de 5% de rémunération du coupon obligataire. Comparé à la rémunération des dépôts bancaires, 2% en moyenne, le grand emprunt national est bien sur plus attractif. Il va concurrencer en premier les campagnes en cours de collecte d’épargne des banques commerciales. Et de fait les obliger à mieux payer l’épargne qu’elles veulent capter. Le papier des professeurs Nour Meddahi et Raouf Boucekkine d’octobre 2015 sur la politique budgétaire souligne l’écart trop important, plus de 3,5 points en moyenne, entre ce que payent les banques en intérêts en déposants et ce qu’elles font payer aux emprunteurs. 2016 devrait, en toute logique, voir ce «spray » se réduire. Sauf si l’inflation s’envole au second semestre de l’année. Ce qui rendra plus cher le crédit. Et maintiendra sans doute l’écart entre rémunération des dépôts et des prêts. Les analystes qui redoutent un effet d’assèchement des liquidités sur le marché avec le lancement du grand emprunt national recommandent une taille raisonnée de l’emprunt. Plus il sera grand, plus il menacera de siphonner la place. Le montant de 10 milliards de dollars, plus de 1100 milliards de dinars, a circulé. Danger. Tout le monde se souvient que la première forte contraction des disponibilités liquides des banques de la place, s’est produite en 2014 lorsqu’il l’Etat a souscrit une levée de fonds à travers le FNI (fonds national d’investissement), pour financer son rachat de 51% d’Orascom Algérie (Djezzy).

L’autre risque que peut faire peser l’emprunt national est celui sur les levées de fonds des entreprises. De ce point de vue l’agenda de l’introduction en bourse de Biopharm à partir de ce dimanche 13 mars est optimal. Il précède le tsunami souverain. Faut-il pour autant que les épargnants et les investisseurs financiers reportent leur décision de souscription de l’action Biopharm pour attendre l’obligation « emprunt national » ? L’approche classique du risque fait en principe balancer le choix vers les meilleures garanties; le risque souverain est sur ce terrain indétrônable. Mais la compétition entre les deux opérations n’est pas, en vérité aussi asymétrique qu’elle le suggère à priori. En terme de rendement d’abord. Le taux de 5% annoncé par le premier ministre n’inclut pas d’anticipation de l’inflation. Sur trois ou cinq ans, la durée de l’émission obligation est également encore une inconnue, ce taux risque de rester longtemps en dessous de celui de la dépréciation du dinar par la hausse des prix. L’emprunt national en devient alors un placement défensif. Le titre Biopharm propose lui une politique de dividende agressive qui débute dès 2016 à plus de 14% de rémunération (174 dinars par action à 1225 dinars). Taux d’appel qui va disparaître les années suivantes ? La conjoncture du marché pharmaceutique algérien plaide pour une poursuite de la forte croissance du 1 er groupe privée du médicament en Algérie sur les 05 prochaines années. Avec en prime l’extension de ses marchés à l’international favorisé à la fois par l’arrivée d’un acteur espagnol dans son capital en 2013 et par la validation par l’agence française de sécurité du médicament (ANSM), d’une de ses gammes de produits. Le papier Biopharm soutient donc à l’aise la concurrence avec l’obligation souveraine « grand emprunt » sur le front de la profitabilité. Il le surclasse en terme de qualité stratégique du placement. Dans le cas de l’emprunt national, il s’agit de prêter des fonds à l’Etat pour « officiellement » financer des projets d’infrastructures – dont l’efficacité social peut être discutée ; officieusement pour contribuer à combler le déficit du budget. Le FRR ne pouvant plus le faire dès la fin de l’été prochain. Si un arbitrage devait se faire entre le placement trésor public et l’investissement Biopharm, il serait celui entre le passé et l’avenir. Entre l’urgence des déséquilibres financiers et la promesse de leur résorption par la diversification de la production hors hydrocarbures. En fait le choix serait entre acheter de la dette Bouteflika4 et de la valeur ajoutée Biopharm. Dans l’absolu, les deux choix se défendent. Ils peuvent être d’ailleurs complémentaires dans un portefeuille équilibré entre la prudence et l’anticipation. L’économie algérienne a, cependant, bien plus besoin de la seconde que la première.

La semaine s’est terminée sur une statistique alarmante. Les investissements ont lourdement chuté en Algérie en 2015. D’autant plus intriguant que c’est l’agence nationale pour le développement de l’investissement, l’ANDI, du très « consensuel » Abdelkrim Mansouri qui dévoile ce crash. Car avec 33% de baisse en valeur et 20% en volume, il s’agit bien d’un krash d’une année à l’autre. Certes avec les chiffres de l’ANDI, nous parlons de « projets » d’investissements. Ce statut a d’ailleurs toujours constitué une réserve vis-à-vis des statistiques émises par l’ANDI car le taux de réalisation de ces intentions d’investir n’étant jamais connu, il donc supposé plus élevé que la moyenne des pays de la zone MENA (Moyen orient, Afrique du nord). Il n’en reste pas moins que 7950 projets d’investissements ont été déclaré à l’ANDI en 2015 contre 9904 en 2014. Les investissements projetés en 2014 cumulaient 2200 milliards de dinars tandis que ceux de 2015 n’atteignaient que 1473 milliards de dinars. Le tour d’air est énorme. Le bilan ANDI sur l’investissement en 2015 ventile les projets par filières d’activité et par territorialité. Il y manque une information clé. L’évolution des projets d’investissements directs étrangers (IDE) d’une année sur l’autre et dans le stock global des investissements déposés. Une information probablement encore plus accablante que celle sur la baisse globale des projets. Un détail vient rappeler dans quel marasme s’est englué l’investissement étranger en Algérie. Le conseil national de l’investissement, le CNI, ne s’est pas réunit depuis plus d’une année. Pourtant une liste de projets d’IDE attend son sésame pour se déployer. Quelqu’un a peut être soufflé à Bouteflika que c’était de l’endettement extérieur maquillé. Entre investir avec des capitaux entrants et gérer les déficits avec les ressources des algériens dans le grand emprunt national, le gouvernement est toujours plus réactif dans le bidouillage de l’urgence.