Le ministre algérien de l’Energie Youcef Yousfi.

La politique du gouvernement est centrée sur une meilleure exploration des ressources minières. Devant l’amenuisement tant redouté des réserves de gaz et de pétrole, ses experts préconisent le passage au nucléaire et à l’exploitation des gaz de schiste. La promotion des énergies renouvelables tient peu de place dans leur réflexion sur l’avenir énergétique du pays.


 

L’Algérie attend de la nouvelle loi minière, adoptée par le Parlement en janvier 2014, une relance significative du secteur, mais les spécialistes sont sceptiques quant à l’impact réel du nouveau texte. Selon eux, les goulots d’étranglement sont nombreux et dépassent largement le cadre législatif.

Défendant la nouvelle loi devant les députés, le ministre algérien de l’Energie, M. Yousfi Yousfi, a déclaré qu’il voulait relancer la prospection et l’exploitation minières, délaissées pendant la décennie 1990 en raison du terrorisme et, plus tard, parce que considérées comme non prioritaires. Pour remonter la pente, il a présenté un texte qui relance l’investissement public, avec une forte présence de l’Etat, dans la continuité de la politique suivie depuis une décennie dans la plupart des secteurs.

Cependant, outre les investissements élevés que nécessite l’industrie minière, les handicaps restent nombreux. Un ancien cadre du secteur a déclaré à Maghreb Emergent que l’Algérie avait accumulé un retard important dans le domaine de la formation et du management. Les méthodes ont évolué, de nouvelles techniques se sont imposées, de nouvelles normes écologiques sont apparues un peu partout dans le monde et un nouveau management, ultra-financiarisé, est devenu dominant sur les marchés internationaux. « Aucune entreprise publique algérienne n’est en mesure de suivre ce mouvement », a-t-il dit.

 

Un domaine minier méconnu

 

A l’inverse, Abdelkader Touzi, directeur des études au ministère de la Recherche scientifique, plaide pour une relance de la prospection et de la formation. Il note que « le domaine minier algérien demeure peu connu » et suggère la création d’un organisme national qui s’occupe de la prospection et de la recherche en vue « d’établir une carte géologique » de l’Algérie et de « diversifier industrie minière algérienne ».

Toutefois, avec ce qui est connu, il est possible de dessiner une politique minière et énergétique, selon M. Touzi : les ressources en uranium, par exemple, permettent à l’Algérie de se lancer dans le développement du nucléaire civil pour produire de l’énergie. Il prône, d’ailleurs, une politique volontariste dans ce domaine, malgré Fukushima. « Faut-il continuer à avoir peur de Fukushima ? », se demande-t-il. « Rien ne nous oblige à avoir peur. Il faut relever les défis, en prenant en considération les expériences des autres », ajoute-t-il.

La vision de M. Touzi est contestée par cet ancien cadre des mines qui note que « les responsables algériens continuent de penser qu’on peut développer le nucléaire parce qu’on a de l’uranium, ce qui dénote une vision totalement archaïque ». Pour lui, le nucléaire peut se développer « grâce à la maîtrise de la technologie et à un bon management, non parce que les matières premières sont disponibles ».

 

Le renouvelable « pas suffisamment fiable »

 

L’Algérie souhaite aussi se lancer dans l’exploitation du gaz de schiste, dont elle détiendrait les quatrièmes réserves au monde, avec 20 à 25.000 milliards de mètres cube, selon M. Touzi. L’agence de régulation des hydrocarbures a lancé à la mi-janvier un nouvel appel d’offres pour la prospection de blocs supposés contenir du gaz de schiste, ce que ce cadre encourage tout en appelant à un strict respect des normes environnementales.

Dans le même temps, M. Touzi se montre prudent envers les énergies renouvelables, pas suffisamment fiables selon lui. Avec le renouvelable, « on ne peut pas couvrir nos besoins en énergie, notamment pour le développement industriel », a-t-il déclaré au cours d’une émission de radio. Il se situe ainsi dans la ligne du ministre Youcef Yousfi, pour qui l’énergie fossile occupera encore une place centrale dans l’économique algérienne dans les cinquante prochaines années.