Le Groupement d’intérêt économique de la monétique (GIE Monétique) a rendu public, la semaine passée, le bilan des transactions monétique en ligne durant les quatre premiers mois de 2020.

Depuis son lancement en octobre 2016, GEI monétique a enregistré 1 223 066 transactions. Un chiffre dérisoire par rapport au nombre de détenteurs de cartes interbancaires.

Les algériens ont payé en ligne, par leurs cartes CIB et cartes EDAHABIA un montant de 324 872 004,49 DA durant le mois d’avril 2020 (323 945 transactions). Un chiffre bien en deçà des moyennes mondiales, mais qui dépasse, néanmoins, la moitié des paiements de toute l’année 2019, soit 503 870 361,61 DA  (202 480 transactions).

Dernier bilan des transaction de GIE Monétique

L’explication de cette progression du nombre de transactions en ligne est bien claire. Le confinement et la fermeture de certains guichets de paiement de service ont contraint les utilisateurs à régler leurs factures d’électricité et d’eau en ligne.

Mais que paie-t-on en ligne ?

Selon les chiffres publiés par GIE Monétique, les principaux paiements effectués en lige sont concernent le règlement des factures de téléphone, d’eau et d’électricité, ainsi que certains services, à l’instar du paiement des cotisation CNRC et des assurances et réassurances.

Les achats de biens en ligne, demeurent, quant à eux proches du néant et les 45 web marchands existants en Algérie, sont en réalité des sites des grands groupes prestataires de services (Air Algérie, Sonelgaz, Algérienne des eaux, Djezzy, Mobilis, Ooredoo ….). GIE Monétique n’a accrédité aucun site de commerce en ligne, ni une Marketplace (Jumia, Batolis, Guiddini, Talabastore et d’autres qui sont des morts-nés). Malgré ce retard inexpliqué, les algériens ont effectué en moyenne et par personne 5 transactions d’achat de biens en ligne au mois d’Avril et 9 transactions au mois de janvier. Autant dire un exploit !

Ça bloque de partout !

D’aucuns diront que le commerce en ligne de biens en Algérie est encore en phase de gestation. Alors que les 45 web marchands existants sur le marché, exercent dans le flou et procèdent par paiement en espèces à la livraison.

Contacté par Maghreb Émergent, le fondateur du site Guiddini.dz (en suspense jusqu’à obtention d’accréditation), Mourad Mechta, a déclaré que « beaucoup d’Algérien se sont rués sur le paiement en ligne durant cette période de crise sanitaire alors que la réglementation actuelle du e-commerce n’encourage pas le « sursaut d’orgueil » constaté dans ce secteur, vu le nombre d’obstacles auxquels font face les web marchands sur le chemin tortueux de la démocratisation du paiement par carte CIB ou Edahabia ».  

« Quand on étudie les chiffres de GIE Monétique sur le nombre de transactions en ligne pour le paiement des services (323 945 transactions), on constate que c’est encourageant. Mais hélas, les vendeurs de biens ne peuvent pas se lancer étant donné l’ambiguïté qui caractérise la réglementation, notamment en ce qui concerne le régime fiscal dédié au commerce électronique ».

Une autre opportunité ratée

Partout dans le monde, le commerce en ligne réalise des performances remarquées, surtout en période de confinement, imposé pour lutter contre la propagation du Coronavirus. En Algérie, beaucoup d’enseignes commerciales ont pris l’initiative de proposer leurs marchandises en ligne. La chaîne de valeur est malheureusement rompue en aval, car le paiement s’effectue à la livraison. « Ça ne marche pas, on a beaucoup de retour de marchandises et parfois le client annule son achat le jour même de la livraison », nous informe le patron de Footland, au cours d’un entretien réalisé précédemment.

Une habitude de consommation que personne n’est prêt à adopter

« A chaque fois qu’un porteur de projet E-commerce se lance, il fait face à une série d’obstacles bureaucratique sans fin. Ça débouche souvent sur une annulation », regrette Mourad Mechta. Il confirme ainsi que « la loi actuelle sur le E-commerce est désuète en ce sens où elle comporte diverses zones d’ombres juridiques, incompréhensibles pour les Marketplace ».

Le second obstacle n’est autre que le taux de retour de marchandises. Celui-ci a pour souvent effet de décourager les vendeurs en les poussant à stopper leur business en attendant la libéralisation du paiement par cartes. Un avis que beaucoup de web marchands partagent.

Le hic, c’est que ni les autorité algériennes ni les banques n’ont l’intention ou la volonté de promouvoir le paiement en ligne. les banques font rarement confiance aux opérateurs. De leurs côtés, le régulateur et les web marchands ne sont pas non plus sur la même longueur d’onde. L’on donc est en droit de se demander quand est-ce que l’Algérie prendra le train de la technologie ? Jusqu’à présent, on s’est contenté seulement de quelques effets d’annonces de part et d’autre, en attendant peut-être, une concrétisation par l’opération du saint-esprit.