Fortement impactée par la dégradation des cours du pétrole à partir de 2014 ainsi que par la crise politique de 2019, l’économie nationale subit de plein fouet les effets de la pandémie du COVID 19.

Le rétrécissement des ressources, mais aussi l’absence d’une politique économique portée par la diversification et par un secteur privé dynamique, se sont inévitablement traduits en restrictions budgétaires à tous les niveaux, notamment la commande publique, qui a joué au moins durant les 15 dernières années, le rôle de locomotive de l’économie.

Les impacts multiformes, dont un fléchissement continu des investissements nationaux et le peu d’attrait des IDE, mais aussi et surtout l’arrêt des chantiers ainsi que celui des unités de production, synonymes de chômage et de pertes de compétences, ont touchés tous les secteurs, à l’image du BTPH, des matériaux de construction, de l’agro-alimentaire, du commerce et des services.

A cela s’ajoute un climat des affaires particulièrement défavorable, décrié depuis plusieurs années, marqué à présent par des affaires judiciaires, qui défraient la chronique, concernant un bon nombre d’opérateurs économiques parmi les plus en vues.

La mise sous administration judiciaire de dizaines d’importantes entreprises semble malheureusement se transformer inévitablement en processus de liquidation, qui ne dit pas son nom, aux dépens des travailleurs et du tissu économique national.

Ceci est inquiétant à plus d’un titre. À la fois pour les employés, qui vont venir grossir le rang des chômeurs, et donc accroître la précarité et le mécontentement, et pour le patrimoine de ces grandes entreprises, mis en état de déperdition. Quels desseins sont poursuivis, par l’absence de décisions et directives claires à l’attention des administrateurs judiciaires ?

En abandonnant tous ces actifs et outils de production acquis à coup de devises fortes, qui peuvent contribuer à la richesse du pays, les décideurs reproduisent inexorablement le processus précédemment adopté dans les affaires Khalifa et Tonic emballage et dont on connait aujourd’hui le résultat désastreux.

Tous les groupes concernés ont tous des projets industriels finalisés ou en cours de finalisation, pour la plupart très importants et portés par des financements bancaires.

Ces projets qui ont été agréés par l’ANDI et qui s’inscrivent dans une logique de substitution aux importations, et donc destinés à contribuer à l’allégement de la facture devises du pays, risquent tout simplement de disparaitre du fait de leur arrêt prolongé. Emportant avec eux les perspectives d’emplois et les sommes dépensées pour leur réalisation.

On peut raisonnablement estimer le montant des investissements ainsi bloqués entre 3,5 et 4 Milliards USD, projets qui pourraient entrer en production dans les 12 à 18 prochains mois et dont il est attendu la génération d’un minimum de 5000 emplois directs dans l’industrie, de dizaines de milliers d’emplois dans les activités connexes, tels l’agriculture, l’industrie de transformation et les services, contribuant ainsi à la dynamisation de l’activités économique.

Si on doit ajouter à ce gâchis, tous les projets en cours de validation par les banques, déposés par de nombreux opérateurs économiques, mais dont les décisions sont sans cesse reportées compte tenu du climat ‘’ambiant’’ au niveau des comités de crédit des banques publiques essentiellement ; il y aurait largement de quoi assurer une base à tout programme immédiat de relance économique, en cette période critique.

Bien que la priorité soit aujourd’hui accordée aux préoccupations sanitaires, des décisions urgentes doivent être prises avant la rentrée sociale, au risque de rendre irréversible ce qui s’apparente à un processus de liquidation d’outils, dont l’abandon aura, outre un coût social insupportable, des conséquences non mesurées sur les bilans des banques qui ont participé à leur financement. Une double perte pour notre économie qui sera in fine supportée par le contribuable.

S’il est vrai qu’il faut laisser la justice faire son travail dans un climat apaisé et serein, il faut tout autant veiller à préserver l’actif des entreprises qui fait partie du patrimoine économique de l’Algérie. Assurons-nous donc de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain… !

Par Adam Khemiss