L’une des vérités les plus frappantes qui ont été révélées pendant le procès du journaliste incarcéré Khaled Drareni, et les deux militants politiques en liberté provisoire, Slimane Hamitouche et Samir Belarbi hier lundi 3 août au tribunal de Sidi M’hamed à Alger, est que « leur dossier est vide » comme on dit dans le jargon judiciaire ! Chose que le collectif d’avocats n’a pas arrêté pas de marteler depuis l’ouverture de l’affaire, samedi 7 mars 2020.

Les questions de la juge aux trois accusés, relative à  « l’incitation à attroupement non armé » et « l’atteinte à l’unité nationale » ont étonné l’assemblée présente à la salle d’audience, qui, dans la foulée, a été rassurée et réconfortée par les réponses des trois hommes à la barre !   

Khaled Drareni

Khaled Drareni a été interrogé sur son travail de journaliste. Il a expliqué qu’il exerce son métier de manière libre et indépendante, en couvrant les marches du Hirak et celles des partisans du pouvoir également. « Je fais mon travail en évitant les fausses informations et sans développer un discours de la haine. C’est ma façon de préserver l’unité nationale » a-t-il ajouté.  

La juge l’interroge ensuite sur les slogans politiques d’opposition aux autorités en place, publiés sur son compte Facebook. Drareni lui explique que ça relève de son travail. « Je transcris, les slogans scandés lors des marches du Hirak en utilisant des guillemets, et je les accompagne des vidéos prises aux manifestations. C’est mon travail » a rétorqué Drareni.

La magistrate continue dans le même sens en lisant un statut que l’accusé avait publié sur son compte Facebook sans guillemets et qui est vraisemblablement une déclaration de Khaled Drareni et non un slogan du Hirak, selon elle : « Tu as écris sur ton profil que, le système est décadent et constamment renouvelé et qu’il ne veut pas de changement quand nous demandons la liberté de la presse » ». Ce à quoi le journaliste a répondu qu’il est également citoyen algérien et libre d’exprimer son opinion, « c’est mon opinion personnelle qui ne contient pas de diffamation ni d’insulte, et ne représente d’aucune manière une atteinte à l’unité nationale ».

Les questions se sont orientées ensuite vers la nature du travail du journaliste avec les chaînes de télévision étrangères. Khaled Drareni explique clairement qu’il est collaborateur (pigiste), de la chaîne de télévision TV5 Monde uniquement et qu’il intervient entant qu’invité sur d’autres chaines de télévision européennes, arabes et africaines.

La juge insiste sur le fait qu’il est correspondant de TV5 Monde et de France 24 en Algérie sans avoir une accréditation. « Madame la juge, je ne suis pas le correspondant officiel de TV5 Monde, je collabore uniquement avec cette chaîne et ceci ne nécessite pas une accréditation, qui est exigée par contre aux correspondants. Quant à France 24, je ne suis pas non plus son correspondant et je ne collabore pas avec la chaîne mais j’interviens uniquement entant que invité.» A-t-il précisé.   

La juge a ensuite signalé le fait que la messagerie électronique de Drareni a été contrôlée, en enchaînant sur une question concernant le fait qu’un billet d’avion de l’un des voyages du journaliste a été « payé par l’ambassade de France ». Il répond que c’est le Centre culturel français (CCF) qui a payé le billet et non pas l’ambassade, suite à une invitation de l’association SOS Racisme, qui organisait une conférence contre le racisme et dans laquelle Khaled Drareni devait intervenir. Il a révélé que c’est l’association en question qui a demandé au CCF de payer le billet d’avion, puisque tout le voyage était pris en charge par l’organisateur de la conférence et que c’est le cas pour tous les événements de cette nature.

Par ailleurs, il a été reproché au journaliste d’avoir publié sur son compte Facebook un communiqué des Forces du pacte de l’alternative démocratique (PAD), sur lequel la coalition politique appel à une grève générale. « Je n’ai pas appelé à la grève, j’ai uniquement repris le communiqué du PAD qui est constitué de partis politiques accrédités et reconnus en Algérie. J’ai fait une reprise du communiqué en notant qu’il s’agit d’un texte du PAD, sans que je mette de commentaires » a-t-il dit avant de reprendre la parole et ajouter : « J’ai le droit de le reprendre en tant que journaliste car il a été publié partout. Pourquoi, moi précisément, n’aurais-je pas le droit de le faire ?! »

Quant à l’accusation d’incitation à attroupement non armé, la juge a demandé au journaliste la raison de sa présence à Rue Didouche Mourad à Alger samedi 7 mars 2020. « J’étais chez moi à Didouche Mourad et j’ai entendu des manifestants vociférer dans la rue. Je suis alors sorti et ai couvert cette manifestation dans le cadre de mon travail journalistique » a-t-il souligné.

Samir Benlarbi

L’essentiel des questions posées au militant politique Samir Belarbi concernaient également la marche du samedi 7 mars 2020. « J’ai fait la prière de Dhohr (milieu de matinée NDLR) à la mosquée de Erahma à Alger. Suite à cela, j’ai croisé une manifestation que j’ai rejoint avec d’autres concitoyens » a raconté Belarbi.  La juge l’interroge ensuite sur deux statuts publiés sur son compte Facebook, sur lesquels il est noté ; « le Hirak du samedi continue » et « rendez-vous après la prière du Dhohr » ! Belarbi s’est défendu en disant que les deux statuts ne sont pas une incitation à un attroupement non armé mais une simple description du Hirak du samedi et une précision circonstancielle de temps.

Slimane Hamitouche

Les mêmes questions sur ladite manifestation du samedi 7 mars ont été posées au militant Slimane Hamitouche, mais aussi d’autres au sujet de son activité associative, entrant dans le cadre de l’affaire des disparus de la décennie noire. Déterminé, Hamitouche a répondu : « je milite d’une manière pacifique et démocratique pour connaître la vérité concernant ma cause, celle des disparus des années 90, sachant que l’atteinte de l’Algérie représente pour moi une ligne rouge à ne pas dépasser !»