Général Benhadid
Accusé d’entreprise de démoralisation de l’armée, le général à la retraite Hocine Benhadid est, lui, toujours en prison.

La tête de Benhadid n’a jamais été réclamée par le mouvement populaire, et son influence politique, n’a jusqu’à preuve du contraire, que peu d’échos. Son incarcération peut donc s’apparenter à une affaire personnelle qui remonte.

Le général à la retraite, Hocine Benhadid, a été arrêté, dimanche dernier, et placé sous mandat de dépôt à la prison d’El Harrach. La lettre qu’il avait adressée au général de corps d’armée, Ahmed Gaid Salah le 25 avril dernier, serait à l’origine de son incarcération. Son message aurait « affecté le moral de l’institution militaire et menacé la sécurité du pays », selon la déclaration de son avocat Bachir Mechri à nos confrères de TSA.

L’état de santé de Hocine Benhadid, qui s’est sérieusement dégradé depuis sa première incarcération en 2015, rend ce nouveau passage par la case prison « physiquement, très difficile à supporter », assurent des proches de l’ancien général. Il aurait été directement placé sous surveillance médicale, à l’infirmerie du pénitencier, selon les mêmes sources.

Hocine Benhadid avait été arrêté une première fois le 30 septembre 2015 et mis sous mandat de dépôt à la prison d’El Harrach, suite à ses propos tenus lors de deux entretiens accordés à Radio M, et à la chaîne de télévision Al Magharibia. Il avait été remis en liberté le 12 juillet 2016 pour raisons de santé. Le 22 mars 2018, le tribunal de Sidi M’hamed (Alger) l’avait finalement condamné à un an de prison avec sursis et à une amende de 20 000 dinars.

Ce même tribunal semble être à l’origine de cette nouvelle incarcération. Le général à la retraite avait pourtant été interrogé par des agents de la Direction du Contre-espionnage, mercredi dernier, dans les locaux du centre Antar situé à Ben Aknoun. Le passage par ce sinistre lieu aboutit en principe à un passage devant le tribunal militaire de Blida, comme cela fut le cas pour Said Bouteflika et les généraux Mohamed Lamine Mediène et Athmane Tartag, poursuivis pour “atteinte à l’autorité de l’Armée” et “complot contre l’autorité de l’Etat”. Hocine Benhadid ne semble ainsi pas être concerné par ces accusations. Une source proche de sa famille assure que « son quotidien paisible et son état de santé rendent de telles accusations impossibles ».

Hocine Benhadid a-t-il commis un délit d’opinion ? En effet, on ne peut s’empêcher de penser à ses récentes déclarations aux quotidiens El Watan et El Khabar, dans lesquels il affichait sans équivoque son désaccord avec la politique que tente d’imposer Gaid Salah depuis le départ du clan Bouteflika des rênes du pouvoir. Benhadid y avait appelé son homologue à trouver une issue politique à la crise que vit l’Etat algérien, outrepassant les lignes rouges de la Constitution. Cette proposition, partagée par un certain nombre d’Algériens, semble agacer au plus haut point les décideurs du moment. En effet, l’adopter reviendrait à laisser émerger des leaders du Hirak, mais surtout, ne plus avoir son mot à dire en politique. Le logiciel des décideurs militaires algériens ne prévoit pas cette option, ceux-ci l’ont assez démontré à travers l’Histoire.

Comme souvent avant une incarcération ou un limogeage, une chaine de télévision offshore, qui ne sera pas nommée ici, dénuée de toute déontologie journalistique et de valeur morale, s’était attaquée à Hocine Benhadid, suite à la publication de sa lettre adressée à Ahmed Gaid Salah. Cette chaine à buzz est allée jusqu’à qualifier l’ancien général de traitre, avant d’ouvrir sa ligne téléphonique à l’ancien capitaine de l’armée algérienne, Ahmed Chouchane, qui s’est à son tour acharné sur la victime médiatique du jour. Cette chaine, très impopulaire par les temps qui courent, n’a pas dérogé à sa règle d’or, à savoir soutenir l’homme fort du moment et s’acharner sur ses opposants, tout en soutenant le Hirak qu’elle avait omis de couvrir lors de ses deux premières semaines.

Enfin, à quoi rime l’incarcération de Benhadid ? Quel danger peut représenter cet homme à l’âge avancé et à la santé fragile, pour l’institution militaire ou encore pour la sécurité du pays ? Hormis débattre en famille ou entre amis, comme le font des millions d’Algériens, que peut faire cet ancien militaire, à la retraite depuis 23 ans ? Absolument rien, il faut le dire.

Le cas Benhadid n’entre même pas dans le cadre des arrestations successives auxquelles on assiste depuis quelques semaines, qui consiste d’une part, à « satisfaire » la volonté du peuple algérien avec l’emprisonnement du frère cadet de l’ancien président, des généraux Mediène et Tartag, ainsi que celui des frères Kouninef et d’Ali Haddad, et d’autre part, à éloigner des personnalités telles que Louisa Hanoune et Issad Rebrab, capables respectivement de jouer un rôle politique et financier lors de la transition à venir.

La tête de Benhadid n’a jamais été réclamée par le mouvement populaire, et son influence politique, n’a jusqu’à preuve du contraire, que peu d’échos. Son incarcération peut donc s’apparenter à une affaire personnelle qui remonte.

En effet, le seul danger que peut représenter Hocine Benhadid pour certains, réside dans ce qu’il sait des années 1990. Après son passage à la chaine Al Magharibia en 2015, Benhadid avait prouvé qu’il ne s’autocensurait pas concernant cette période, dont il connait les sombres secrets. Avait-on peur d’une nouvelle sortie médiatique allant dans ce sens ? Cela n’est pas à exclure.