Le président français Emmanuel Macron s’achemine vers une très large majorité à l’Assemblée nationale qui lui permettrait de mener ses réformes au pas de charge et sans constituer d’alliances toujours synonymes de compromis et de risques d’instabilité politique.

A l’issue du premier tour des élections législatives en France marqué par un taux d’abstention record, les instituts de sondage estiment que le mouvement du président et son allié, le MoDem, pourraient remporter plus de 400 sièges dimanche prochain, soit nettement plus que la majorité (289).

Les Républicains et leurs alliés seraient la première force d’opposition, avec une centaine de députés, devant le Parti socialiste et ses alliés, La France insoumise et le Parti communiste, puis le Front national.

Après dépouillement des votes correspondant à 92% des inscrits, l’alliance La République en marche-MoDem obtient 31,98% des voix, devant le bloc LR/UDI/Divers droite (21,67%), le PS et ses alliés (9,52%), la France insoumise/PCF (13,58%), et le FN (13,76%).

Depuis 1981, tous les présidents ont obtenu une majorité lors des élections législatives suivant leur élection. S’ils transforment l’essai au second tour, Emmanuel Macron et le Premier ministre, Edouard Philippe, pourront, comme ils le souhaitent, mener rapidement des réformes contestées.

« Le message des Français est sans ambiguïté (…) vous avez été des millions à confirmer votre attachement au projet de renouvellement, de rassemblement et de reconquête du président de la République », a dit Edouard Philippe, lors d’une déclaration à la presse.

Pour le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, « les Français, ce soir, par leur vote, ont montré massivement leur volonté d’aller vite sur les sujets majeurs ».

NE PAS DONNER LES PLEINS POUVOIRS À MACRON

La réforme du droit du travail, probablement la plus dangereuse pour le gouvernement, doit selon l’exécutif passer par des ordonnances et donc une loi d’habilitation. Le projet de loi doit être présenté au conseil des ministres le 28 juin et au Parlement durant l’été.

Le chef de l’Etat et le gouvernement affronteraient également moins d’opposition à l’Assemblée pour le projet de loi sur le terrorisme et la sécurité, très critiqué par les principaux syndicats de magistrats.

François Baroin, chef de file des Républicains pour les législatives, a lancé un appel aux électeurs, expliquant que « notre pays attend des pouvoirs équilibrés et non concentrés dans un seul et même parti ».

« Au deuxième tour, ne donnez pas et ne permettez pas que soient donnés les pleins pouvoirs au parti du président », a pour sa part demandé Jean-Luc Mélenchon.

« Il n’y a pas de majorité dans ce pays pour détruire le Code du travail, réduire les libertés publiques, ni non plus pour l’irresponsabilité écologique, ni pour cajoler les riches, toutes choses qui figurent au programme du parti du président », a ajouté le chef de file de La France insoumise.

Reconnaissant « le recul sans précédent de la gauche dans son ensemble et notamment du Parti socialiste », le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, lui-même battu, a mis en garde contre une majorité « quasiment sans opposition réelle » et une Assemblée « sans véritable pouvoir de contrôle, sans débat démocratique ».

« Une forte mobilisation doit pouvoir nous apporter la victoire dans plusieurs circonscriptions et ces victoires sont essentielles », a déclaré la présidente du FN, Marine Le Pen, qui est en position favorable en vue du second tour.

TROIS MEMBRES DU GOUVERNEMENT EN BALLOTTAGE FAVORABLE

Emmanuel Macron semble parallèlement pouvoir préserver au moins une partie de son gouvernement, dont six membres jouent leur place lors de ces législatives.

Selon des résultats partiels, Bruno Le Maire (ministre de l’Economie), Richard Ferrand (ministre de la Cohésion des territoires) et Christophe Castaner (secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement) sont en ballottage favorable.

Outre ces trois personnalités, Marielle de Sarnez (Affaires européennes), Mounir Mahjoubi (Numérique), et Annick Girardin (Outre-mer) sont candidats.

Edouard Philippe avait annoncé que l’usage selon lequel les perdants des législatives quittent le gouvernement serait appliqué. Il a par ailleurs dit que de nouvelles personnalités pourraient rejoindre le gouvernement après le second tour.

Lors de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait annoncé qu’il exigerait des députés élus sous son étiquette une discipline d’adhésion à ses réformes.

Accèderont au second tour les deux candidats arrivés en tête au premier et ceux ayant obtenu plus de 12,5% des inscrits, une barre particulièrement haut placée lorsque l’abstention est élevée.

De même, les candidats élus au premier tour devraient être peu nombreux car ils doivent non seulement obtenir plus de 50% des voix mais également au moins 25% des inscrits.

Le taux d’abstention était de 51,43% sur 92% des suffrages dépouillés, soit le taux le plus haut pour un premier tour d’élections législatives depuis le début de la Ve République. Le précédent record d’abstention datait de 2012, avec 42,78%. L’ouverture de la XVe législature de la Ve République est fixée au mardi 27 juin à 15h00.