Le ministre du Commerce, Kamel Rezig.

Très présent sur les médias audiovisuels et les réseaux sociaux en début d’année, le ministre du Commerce, Kamel Rezig, se fait très discret depuis quelques semaines déjà, notamment après que ses déclarations tonitruantes sur nombre de réformes aient vraisemblablement fait « pshitt ».

Même si cela ne remet pas en question son engagement et sa volonté à marquer de son empreinte son passage à El Mohammadia, force est de constater que l’apprentissage politique du plus populaire ministre parmi les membres du Gouvernement Djerad, se fait plus coriace que prévu !

Alternant la rhétorique du « clash » et l’argumentation « ad hominem », Kamel Rezig reste l’un des rares ministres de la formation gouvernementale actuelle, à avoir fait de la communication des « effets d’annonces » un programme politique. Grâce un style offensif et un savant mélange de populisme, de chauvinisme voire parfois de paternalisme, ses sorties quasi-quotidiennes « sur le terrain » (dans les marchés de gros de fruits et légumes par exemple) ont donné lieu à des scènes ahurissantes auxquelles, se mêlent esclandres et joutes verbales, que les citoyens algériens ont peu appréhendés.

Très vite, les « Coups de gueule » et autres « remontrances » du ministre sont devenus des scènes cultes sur les réseaux sociaux et les chaînes de télévision adeptes de sensationnel. Malheureusement, les batailles promises par Rezig se sont souvent arrêtées au branle-bas de combat.

Mais comme il faut toujours rendre à Cesar ce qui lui appartient, il faut reconnaître que le jeune responsable a su, en si peu de temps, démystifier un portefeuille ministériel, resté jusque là « confiné » dans une forme de solennité institutionnelle, lui ayant ôté le caractère citoyen dont il est l’apanage dans de nombreux pays. Comme s’il était investi d’une « mission », Kamel Rezig parvient à vaincre le signe indien et n’hésite pas à bousculer tous les codes préétablis de la communication d’Etat. Qu’importe, il veut montrer qu’il tient le taureau par les cornes !

De ce constat sont nés deux cas de figures, particulièrement frappants, qui illustrent à merveille comment la stratégie Rezig s’est peu à peu perdue dans les méandres de vie politique algérienne.

D’abord, la crise du lait !

Souvenez vous en ! C’était il y a sept mois environ, lors de sa première sortie médiatique, le ministre déclarait alors qu’il allait en finir avec la « mafia de la poudre de lait » en une semaine. Dans cadre de sa feuille de route relative à la gestion de ce produit importé par l’Algérie à coups de milliards de dollars, figurait la relance des fameux investissements du géant saoudien des produits laitiers « El Marai », projet dont la dernière déclaration en date remonte au 3 mai dernier. Dans les colonnes du quotidien Al Riyadh, Rezig expliquait à la presse saoudienne que ce futur partenariat « gagnant-gagnant » allait offrir au groupe un marché de 45 millions de consommateurs.

Mais entre temps, la crise du lait s’est enlisée en Algérie, notamment au niveau de la distribution où des comportements contraires à l’éthique commerciale, symbolisés par la prolifération de la vente ambulante de lait en sachets, échappant à tout contrôle réglementaire, ont fleuri depuis quelques mois. En effet, et malgré l’ouverture de plusieurs points de vente du groupe public Giplait, la réalité économique autour du lait est tout autre :  l’Algérie a augmenté ses importations de poudre de lait au cours des dix (10) dernières années pour atteindre 180 000 tonnes en 2019 contre 90 000 en 2009, sachant que l’ONIL distribue une moyenne mensuelle de prés de 8000 tonnes de poudre de lait, au profit des laiteries du pays.

Puis vient le pari de la baisse des prix de la viande bovine !

Ramadan 2020 ! Le sempiternel refrain des prix de la viande rouge revient à l’actualité du mois sacré du jeûne. Dans une tentative d’anticiper la polémique afin de s’en approprier les retombées médiatiques, Kamel Rezig assène dès le mois de février : « les prix de la viande rouge oscilleront entre 800 DA et 1200DA selon la qualité pendant le Ramadan 2020 ! ». Mais il n’en sera rien ! la viande rouge locale est vendue à partir de 1600 DA le kilogramme.

Qu’à cela ne tienne, le ministre s’empresse alors de montrer du doigt un coupable. Il s’agit des éleveurs qui, selon lui, n’ont pas tenu leurs promesses. Intervenant sur les ondes de la Chaîne 1 de la Radio nationale, pour s’exprimer principalement sur la situation du marché des produits alimentaires en ces premiers jours de Ramadan, le ministre a tenté d’expliquer pourquoi les prix de la viande rouge n’ont pas baissé comme il l’avait prédit.

Le ministre a évoqué, à cet effet, deux volets. D’un côté, il y aurait les éleveurs et maquignons qui n’ont pas respecté leur engagement, «non écrit», a-t-il précisé, et de l’autre, la crise sanitaire liée à la propagation du coronavirus qui a empêché le ministère de poursuivre, comme il se doit, la feuille de route qu’il s’est tracé. 

«On avait affirmé que si la production nationale suffisait, on n’avait pas besoin d’importer. En se réunissant avec les éleveurs, ils nous ont assuré que la production locale suffisait à satisfaire la demande. On s’était entendu sur la nécessité d’établir, du moins pour Ramadan, un prix abordable», a déclaré Kamel Rezig, qui a rappelé que «pourtant ces derniers reçoivent beaucoup d’aides de l’Etat». Là aussi, les résultats escomptés par le ministre du commerce n’ont pas été au rendez vous !

Communication ou cacophonie ?

Source de frustration populaire, les « faux pas » de Kamel Rezig l’ont peu à peu éloigné de son public. Éclipse par la pandémie Covid-19 malgré ses vaines tentatives de s’afficher en dépositaire de l’action sociale du Gouvernement, ce qui lui a valu quelques couacs supplémentaires, le ministre semble avoir changé son fusil d’épaule en matière de communication et se montre de moins en moins présent dans le paysage médiatique.

Mauvais alignement des planètes ou rappel à l’ordre hiérarchique ? Quoi qu’il en soit, Rezig semble être revenu dernièrement à des standards de communication plus « corporate », le cantonnant à son rôle de gestionnaire d’un portefeuille ministériel des plus difficiles à incarner en Algérie.