Présidence
La présidence de la république algérienne (dr)

Depuis le début des marches populaires, le 22 février 2019, chacun évoque la phase « transitoire » comme un moment obligatoire qui doit paramétrer la trajectoire du « Hirak » pour nous permettre de déconstruire le pouvoir « Isqat el-Nidam ».

En effet, l’argument-massue, qui est invoqué, tombe sous le sens : « on ne peut pas faire confiance aux femmes et aux hommes qui ont servi, vingt ans durant, l’ancien pouvoir, pour mener à bien son propre changement » (1) ! Au-delà de la symbolique des personnages (2), qui a incarné le pouvoir, dans son cercle concentrique, le plus proche et de la répulsion sociale qu’elle soulève, même par leur « présence physique » (3), un problème de « légitimité et de confiance » est mis sur la table des tenants du pouvoir, qui tentent de trouver une « solution médiane » à la crise que traverse notre pays, pour détruire le pouvoir mais épargner l’Etat.

J’avais attiré l’attention du lecteur, dans une contribution intitulée « Le temps politique et celui du muguet » (4), en affirmant que « Cette période… nous indique comme un décalage entre les décisions prises, par l’institution militaire et le niveau des revendications exprimé par les marches populaires massives ». Mieux encore, aujourd’hui deux agendas, pas toujours en harmonie, se contredisent et laissent apparaitre un rapport de forces entre l’institution militaire, d’une part et le « Hirak » populaire, de plus en plus massif, chaque vendredi, de l’autre. Au milieu, se tapissent mais pas comme entité d’intermédiation politique, des « personnalités politiques », des partis dits d’opposition (5), des associations et toutes les bonnes consciences que la société bicarrée a pu trainer dans son sillage (6).

Tous et toutes, après une période de maturité politique et avoir surfé sur le « Hirak », exigent, à l’unisson, maintenant, le changement du régime et non pas celui des personnes. En fait, après plus de trois mois de « dégagisme » (7) tout azimut, notre pays se retrouve dans l’incapacité de formuler un projet de société qui regroupe une large majorité de la population, avec des personnalités politiques consensuelles. En fait, le « Hirak » sait ce qu’il ne veut pas mais pas ce qu’il veut ! C’est à cet endroit, que l’on peut mesurer les actions dévastatrices d’A. Bouteflika qui, durant son règne de vingt ans, s’est évertué à semer la « désertification politique » dans notre pays, ce qui a été, à mon sens, l’acte le plus destructeur (8).La recherchede personnes providentielles, étant exclue, de prime abord, chacun va y aller de s(a)on candidat(e), en fouillant dans notre riche passé révolutionnaire (comme notre héroïne D. Bouhired) ou dans celui après l’indépendance (comme A. Taleb ou M. Hamrouche) ou encore plus proche de nous, comme celui qui incarne le Président le plus populaire, L. Zeroual.

C’est alors que vient s’ajouter une autre problématique sourde mais réelle, dans la société, du conflit de générations. En effet, c’est un secret de polichinelle que d’affirmer que la population algérienne est à majorité composée de jeunes (moins de trente ans) mais que les « postes de commandement » et les autres leviers du pouvoir, civils et militaires, sont, encore, entre les mains de la « génération de Novembre », les générations de l’après indépendance ont été déjà sacrifiées, puisqu’ayant atteint l’âge de la retraite. Dès lors, dans l’inconscient collectif de la jeunesse, va se dessiner une « limite d’âge politique » diffuse, à ne pas franchir, pour que s’opère la transmission du témoin intergénérationnel. Enfin, à cela va se greffer, en filigrane, une discrimination du genre qui soulève, dans la société, des problèmes politico-idéologiques, culturels et cultuels (9), encore plus complexes, qui va profiter de cette ouverture de la « boite à Pandore », pour tenter modestement de faire entendre sa voix.

Il est donc temps, après trois mois d’hésitations et de conciliabules, de dresser un portrait-robot du et des Président(s) de l’institution de transition, acceptable par le « Hirak » qui auront la charge de mener à bien, le passage de l’ancien au nouveau système, puisque l’élection présidentielle, dans les délais fixés par la Constitution (5 Juillet 2019), semblent de plus en plus hypothétique, même en réaménageant le timing.

Commençons d’abord par les critères d’éligibilité que les candidats potentiels (10) doivent remplir, pour prétendre à cette mission suprême. L’âge étant mis de côté, du fait que cette mission est à durée limitée (autour de six mois), les qualités d’intégrité, de probité et d’honnêteté (11), me semble une revendication unanime pour une très large partie de la population et en première position.

Elle devrait être suivie, de très près, par la non-participation à la gestion, directe ou indirecte, durant les vingt dernières années dans le système, mis en place par A. Bouteflika (12). Le passé révolutionnaire et nationaliste du candidat et de sa famille (13), arriveraient en bonne place, dans les critères sélectifs. En outre, l’appartenance, supposée ou réelle, à une idéologie donnée, doit être d’un minimum acceptable (14). Enfin, une expérience minimale, dans les activités politiques et de la gestion des affaires publiques (15), doit clôturer cette critériologie non exhaustive. Passons donc au crible de ces critères, les candidats potentiels et le ou les noms apparaitront tout de suite… dans le cas contraire, demandons à l’ONU, de nous envoyer un Président !

Dr Mourad GOUMIRI, Professeur associé

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(1) Les dernières révélations stupéfiantes, du général à la retraite K. Nazar, sur les manigances développées par S. Boufeflika et son clan, pour se maintenir au pouvoir, au prix d’un bain de sang garanti, (avec état d’urgence ou de siège), nous renseignent sur les luttes internes dans l’arrière-cour.

(2) Cela a commencé par le Président, lui-même puis, après sa destitution par l’application de l’article 102 de la constitution, l’intérim d’A. Bensalah et la nomination du gouvernement Bedoui, le Hirak, à travers son célèbre slogan « Irouhou Gaâ », a sorti l’acronyme des trois « B », pour Bensalah, Bedoui et Belaiz, en attendant d’arriver à « G », comme Gaid-Salah et jusqu’à Z. 

(3) Le Premier ministre, les ministres, les Walis, les hauts fonctionnaires et autres personnalités politiques, sont chassés par la population, à l’intérieur du pays et à l’étranger (en France notamment).

(4) Lire notre contribution sur le Matin DZ, intitulée : Le temps politique et celui du muguet, du 10 Avril 2019.

(5) A leur décharge, le pouvoir a toujours œuvré, en coulisse (le DRS) à émietter tous les partis politiques (petits et grands) par des opérations dites de « redressements » pour les imploser ainsi que par des pratiques administratives abusives pour les museler. Le résultat est dramatique, puisque la désertification politique c’est installée durablement dans notre pays et la reconstruction d’une activité politique saine demandera du temps.   

(6) Contrairement au Soudan, qui lui avait de vrais représentants politiques de la société civile qui ont pu s’imposer comme interlocuteurs vis-à-vis de l’institution militaire (qui a renversé M. El-Bachir), pour trouver une solution soft de passage d’un régime militaire à celui civil, en très peu de temps (un mois environ).

(7)  Lire notre contribution sur le Matin DZ, intitulée : Du dégagisme, du 21 Avril 2019. 

(8) Lire notre contribution sur le Matin DZ, intitulée : La désertification politique, du 7 Avril 2019.

(9) Durant le « Hirak », des marcheuses, qui ont tenté de manifester leurs idées féministes, ont été agressées par des hommes farouchement opposés à leurs idées.

(10) Il est évident, pour tout le monde, que tous les candidats potentiels doivent accepter la mission, renoncent à se présenter, eux-mêmes, aux futures élections présidentielles, qu’ils doivent organiser et qu’ils ne sont pas partie- prenante, dans une quelconque activité partisane.

(11) Ces critères doivent être strictement définis pour ne pas ouvrir ou fermer la porte à l’éligibilité à des candidatures qui ont eu des démêlées judiciaires « préfabriquées » par les pouvoirs publics, depuis l’indépendance et même avant.    

(12) Sont exclus d’office, tous ceux qui, de près ou de loin, résidents ou itinérants, ont été désignés par le Président à des postes supérieurs ou comme « coopérants techniques », durant toute sa mandature.

(13) La sensibilité du « Hirak » vis-à-vis de ces deux critères ont été maintes fois affirmées par l’expression lourde de « traitre » ou de « vendu » à une puissance étrangère.

(14) Un alignement « pur et dur », sur une idéologie ou un dogme donné, peut trouver sa solution dans la construction d’une institution de transition présidentielle collégiale, plurielle et équilibrée.

(15) La combinaison de la pratique politique et l’expérience managériale des affaires publiques, seront hautement sollicitées, pour « gérer » cette phase de transition et gagner du temps.