La carte de l’armée française montrant les graves retombées radioactives des essais nucléaires français dans le Sahara algérien (DR)

Commentant la récente révélation de l’ampleur des dégâts occasionnés par les essais nucléaires français en Algérie (1960), l’historien et ancien président de la Fondation du 8 mai 45, Mohamed El Korso, estime qu’ « une mobilisation effective et active de la communauté scientifique est plus que nécessaire, puisque ce qui n’était que pure supputation de la part d’une France qui n’assume pas ses responsabilités, est aujourd’hui une triste réalité ».

 

 

 

Maghreb Emergent : Il a fallu que des vétérans français des essais nucléaires français en Algérie et en Polynésie portent plainte pour que l’on sache l’ampleur des dégâts occasionnés par ces essais notamment dans le sud algérien (1960). Que vous inspirent les informations publiées récemment sur cette ampleur jusque-là cachée?

 

Mohamed El Korso : Il faut signaler que cette question a été soulevée en mars 1963, lors de la réunion du Gouvernement avec le Bureau politique du FLN. L’intervention du défunt Président Ahmed Ben Bella était consacrée à « la nouvelle situation créée par l’explosion de la bombe d’Aïn Ekker ». Feu Bachir Boumaza vulgarisera cette question en octobre 1997 en sa qualité de président de la Fondation du 8 mai 1945. Depuis, des associations des victimes des expériences nucléaires se sont créées et des revendications ont été formulées.

Je suis personnellement intervenu en ma qualité de président de la Fondation du 8 Mai 1945 sur les ondes des médias nationaux et étrangers pour dénoncer le crime contre l’humanité commis par la France (dans le Sahara algérien, NDLR) et, pour dire toute l’injustice que représentait la loi Morin de 2010 (relative à l’indemnisation des personnes atteintes de maladies radio-induites provoquées par les essais nucléaires français au Sahara et en Polynésie française entre 1960 et 1996, NDLR) qui est une loi inique. Deux grandes rencontres internationales au moins ont été organisées par le ministère des Moudjahidine (13-14 février 2007 et les 22-23 février 2010) avec la collaboration de collègues scientifiques dont le Professeur Amar Mansouri, chercheur en génie nucléaire, le Professeur Abdelkadem Aboudi, qui dirige un laboratoire de recherche à l’université d’Oran, assistés entre autres de juristes dont Maître Fatma Zohra Ben Brahem et les Professeurs Azzedine Zaalani et Mohammed Mahieddine, en plus de médecins spécialistes dont le Professeur Mostefa Khiati. Il y a lieu de signaler au moins la publication sur ce sujet d’un numéro spécial de la revue El Djeich en langue arabe (n°559, février 2010) et en langue française. Quant à l’ampleur des dégâts, dés 1997, l’attention a été attirée sur la pollution multiforme et à très long terme de notre environnement.

 

La déclassification d’un document classé pendant des décennies « secret-défense » annonce-t-elle un début d’inflexion de l’Etat français sur un dossier qu’il a toujours refusé d’assumer publiquement ?

 

J’ai eu l’occasion de dire que les intérêts de la France passent avant tout ! La droite comme la gauche sont solidaires ! L’inflexion sera une œuvre collective des victimes, de toutes les victimes y compris du sud de l’Europe. En Algérie, le soutien de l’Etat est plus que nécessaire. Encore faudrait-il que nous ayons une politique claire et ferme en la matière. Lors de l’entretien accordé par notre ministre des Affaires étrangères de l’époque M. Médelci, au journaliste du Monde J.P. Turquoi, en février 2010, il a été plutôt question de « diversification économique » entre l’Algérie et la France. Les questions d’histoire, de mémoire et d’archives sont certes évoquées, mais sans aucune conviction de la part de nos responsables. 

Quelles seront les suites logiques de ces révélations tant du côté français qu’algérien ?

Ce qui m’intéresse c’est ce que nous devons faire, ici en Algérie. Le travail de coordination avec les autres parties suivra. Une mobilisation effective et active de la communauté scientifique est plus que nécessaire, puisque ce qui n’était que pure supputation de la part d’une France qui n’assume pas ses responsabilités, est aujourd’hui une triste réalité impossible à nier.

 

Propos recueillis par Younès Djama