Pauvreté

Cet article publié initialement dans la rubrique “blogs” d’Al Huffington Post Algérie recommande de traiter la question des flux migratoires vers le nord algérien en utilisant des “mécanismes d’aide universels” et en évitant de stigmatiser davantage des réfugiés particulièrement vulnérables.

 

 

Depuis quelque temps et, dans de nombreuses des villes du nord du pays, les trottoirs des rues commerçantes et les marchés accueillent des miséreux d’un look nouveau. Ce sont des groupes de Subsahariens, en général des femmes et des enfants qui sollicitent la charité des passants.

Dans la capitale, certaines femmes subsahariennes se hasardent dans le tramway, où l’espace est quasi “squatté” par d’autres groupes de femmes à l’accent syrien demandant aussi de l’aide et portant le voile islamique intégral.

La visibilité de ces populations, en majorité maliennes et nigériennes, dans les espaces publics du nord du pays, est relativement récente. Par contre, les migrations des populations de ces pays vers le sud de l’Algérie sont, elles, très anciennes.

 

Désignées sous le générique “migrations alternantes”, elles sont aussi codifiées par des textes officiels signés par les gouvernements algérien, malien et nigérien, entérinant de fait une tradition ancienne dans ce vaste espace touareg, où les frontières coloniales ne pouvaient être opposables à la liberté retrouvée par la fin du colonialisme français.

Par contre, les sévères sécheresses dans la région au début des années 1970 et durant les années 1984-1986, ainsi que les révoltes touarègues des années 1990 au Mali et au Niger, ont accentué considérablement les flux migratoires qui se diffusent notablement vers le Nord du Sahara.

À cette situation sont venus s’ajouter l’éclatement de multiples conflits dans le continent en particulier, le chaos libyen et les violences contre les migrants africains en Côte-d’Ivoire.

Ces deux pays accueillaient une proportion importante de travailleurs et réfugies maliens et nigériens.

Ce sont là quelques événements à la base de mouvements de ces populations, lesquelles, dans la recherche de moyens de survie, empruntent les canaux traditionnellement usités dans les migrations.

Un listing exhaustif des raisons directes de ce phénomène doit inclure d’autres causes comme le transit vers l’Europe rendu de plus en plus difficile. Les “bateaux” de harraga à partir de la rive sud de la Méditerranée englobent toutes les nationalités africaines y compris la nationalité algérienne.

Risques d’aggravation sérieux

 

Aujourd’hui, tout porte à croire que la situation géopolitique n’est pas sur une trajectoire de règlement des graves problèmes sécuritaires, économiques et climatiques qui minent toute la région.

Une gouvernance efficace chez nous consisterait à mettre en place un dispositif intégré pour faire face à la situation présente, déjà dramatique, et à une probable dégradation plus importante dans les différents pays de cette zone.

Là, il n’est pas inutile d’insister sur le fait que, quelque fussent les efforts déployés sur le chemin d’une relative stabilité, les impacts du réchauffement climatique et des phénomènes métrologiques extrêmes attendus de ce changement peuvent tout simplement s’avérer catastrophiques.

Devant ce drame humain, il ne sert à rien de dissimuler les comportements racistes de nombre de citoyens algériens. Il n’est pas besoin de verser dans une étude pointue pour découvrir les préjugés négatifs de la société dans ce domaine.

Pour se donner bonne conscience, les justifications ne manquent et ne manqueront pas comme dans tous les cas où le repli sur soi est perçu comme la solution. Les partis d’extrême droite européens ont théorisé ces attitudes. Les supposés motifs vont de “ce sont des trafiquants d’armes et de drogue”, “ils portent le sida” à “ils sont versés dans la contrefaçon de monnaie” ou, plus ingénieux, “nous nous sommes sortis tous seuls dans les années 1990” ou alors “leur irruption obéit à un complot contre l’Algérie”…

D’ailleurs, ce phénomène est aussi colporté par les médias qui traitent de la visibilité des subsahariens presque exclusivement pour rapporter des comportements négatifs qui, dans la réalité, n’ont rien de propre à cette catégorie de personnes ou à d’autres.

La transparence un facteur incontournable

 

Mais ce qui peut être déterminant dans ce rejet, c’est le traitement que fait et que fera le gouvernement à la fois devant la question des réfugiés subsahariens et syriens qui peuvent être de plus en plus nombreux, et vis-à-vis de toutes les populations qui fuient la guerre comme en Syrie, en Libye ou en Irak pour envisager de s’installer durablement dans notre pays.

La solution n’est ni dans la fermeture des frontières ni d’accueillir ces populations pour les laisser se livrer à l’aumône publique ou à toutes sortes d’activités dégradantes pour survivre.

Les “camps de réfugiés” à l’image de celui de Boufarik, où les populations sont livrées à elles-mêmes, ne peuvent être la norme. Ils contribuent seulement à alimenter la xénophobie et le rejet.

Les mécanismes d’aide sont connus et presque universels. Il faudra les promouvoir dans la limite de nos moyens en toute transparence pour que les citoyens soient informés et/ou associés.

Beaucoup sont prêts à aider par un engagement précis si un dispositif suffisamment vulgarisé voit le jour. L’attitude qui consiste à confiner l’assistance au niveau des administrations publiques n’est ni suffisante ni efficace.

Si la situation reste en l’état, le sentiment de rejet peut prendre d’autres proportions. Si les comportements racistes sont intolérables, le laisser-faire des pouvoirs publics qui consiste à ce que les espaces publics (les ruelles, les gares ou les alentours de mosquées) servent durablement de “toit” à des populations vulnérables est porteur de xénophobie et de violence.

 

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