Amor Khelif, economiste, invité de Radio M ce mardi (Ph. M. Touati)

L’expert des questions énergétiques, Amor Khelif estime que l’Etat ne pourrait compter sur ses fonds propres pour financer le programme de transition énergétique ni drainer les investisseurs étrangers dans un contexte de dépression des marchés du brut.

 

Le programme de transition énergétique de l’Algérie « ne peut se réaliser avec des prix de baril autour de 30 dollars », a estimé l’expert des questions énergétiques Amor Khelif. Hissée le 22 février dernier au rang de « priorité nationale » par le président de la république Abdelaziz Bouteflika, cette politique énergétique prévoit qu’environ 40 % de la production d’électricité destinée à la consommation nationale sera d’origine renouvelable d’ici 2030. Amor Khelif, également professeur d’économie à l’Université d’Alger, se dit sceptique quant à la réalisation de ce projet « ambitieux » dans un contexte de dépression des prix du brut. « Je ne conçois pas qu’il soit possible de développer les énergies solaires, éoliennes ou photovoltaïques sans l’augmentation des prix de pétrole », a-t-il considéré.

Le financement de ce programme de génération de 22 000 MW d’électricité d’origine propre d’ici 2030, est perçu par nombreux spécialistes comme le défi phare de cette transition énergétique. Amor Khelif estime que l’état ne peut le conclure en comptant uniquement sur ses fonds propres. Il voit également qu’il est « impossible » de faire participer les investisseurs étrangers à ce financement, bien que l’Etat ait introduit toutes les facilitations institutionnelles dans ce sens. « A mon avis il est impossible de drainer les investisseurs étrangers dans un contexte de dépression des prix du brut, étant donné que c’est ce dernier qui commande la fluctuation des prix de toutes les autres énergies », a-t-il opiné.

Le gaz se développerait dans un contexte extrêmement hostile

L’intensification de la prospection dans les ressources en gaz naturel ainsi que la défense des parts de marchés du gaz algériens ont été décidées par le président de la République Abdelaziz Bouteflika lors du dernier conseil ministériel restreint consacré à la politique énergétique. Mais pour Amor Khelif, il sera extrêmement compliqué d’augmenter la production gazière à l’heure où le prix du gaz est divisé par deux depuis 18 mois. « Les prix du gaz ont connu une chute vertigineuse. Le gaz dans les contrats à long terme se vend actuellement entre 2 et 3 dollars le Mbtu sur les marchés européens, entre 2,20 et 2, 30 le Mbtu sur le marché américain et entre 5 et 7 dollars le Mbtu sur les marchés asiatiques. Ces prix ont perdu la moitié de leur valeur depuis 18 mois. Et si ce contexte perdure, l’industrie gazière se développera dans un contexte extrêmement hostile », prévoit-il.

La concurrence du GNL russe, qatari et américain réduit la chance de l’Algérie

S’agissant de la défense des parts de marchés du gaz algériens, notamment dans les marchés européens, M. Khelif voit que l’Algérie ne pourrait effectivement compter que sur ses exportations par gazoducs via l’Espagne et l’Italie. Il exclue toutefois la possibilité d’augmentation de ces parts de marché par GNL. « Les contrats d’approvisionnement du gaz naturel à long terme résistent plus que les contrats libres, vu que les prix du gaz dans les contrats à long terme sont indexés sur les prix du pétrole. Mais ces contrats sont rediscutés y compris dans les marchés européens. Un marché où les russes qui connaissent un excédent de production de 100mds de m3 de gaz, sont également en train de défendre leurs parts de marchés en prévision de l’arrivée du GNL américain. Cette dernière sera- à mon avis- en quantités négligeables », a-t-il expliqué. Amor Khelif avance cependant que la Russie sera en rude compétition avec le Qatar et les Etats Unis dans ce marché du GNL européen, ce qui réduirait toutes les chances du GNL algérien.