La bataille de la relance économique future de l’Algérie et notre place dans la compétition mondiale se remportera grâce à  la bonne gouvernance et à  notre capacité à innover. Un taux de croissance se calcule par rapport à la période antérieure. Un taux de croissance élevé en T1 par rapport à un taux de croissance faible en T0 donne un taux relativement faible. Dès lors, l’Algérie réalisera t- elle un taux de croissance en terme réels de 7% reposant sur des segments dynamisants, sans de profondes réformes inconstitutionnelles et micro-économiques ?

 

1.-Tout ce qui a été réalisé entre 2000/2016 n’est pas totalement négatif. Beaucoup de réalisations ont été enregistrées après une décennie sanglante mais beaucoup d ‘erreurs aussi qu’il s’agit de corriger impérativement. Si on avait eu une bonne gouvernance, plus de rigueur dans la gestion, une meilleure allocation des ressources, favoriser l’économie de la connaissance pilier du développement, loin de la vision matérielle des années 1970, en prenant en compte la non maturation des projets avec les différentes réévaluations et les surcoûts qui ont varié entre 25/30% selon le rapport de la Banque mondiale, pour certains projets, l’Algérie aurait pu économiser entre 2005/2016 plus de 130 milliards de dollars, un montant qui dépasse  les réserves de change actuelles, tout en créant une dynamique de croissance. Lorsque le gouvernement invoque comme secteur dynamisant entre 2016/2020 pour atteindre un taux de croissance de 7% notamment le tourisme, l’industrie, l’agriculture, services l’on doit avoir une vision précise projet par projet et s’inscrire dans le cadre de filières internationalisées selon les normes coût-qualité en rapport avec les nouvelles mutations mondiales et non parler de secteur globalement. Comme doit être pris en compte en dynamique les accords de libre échange passés avec l’ Europe depuis le 01 septembre 2005, étant prévu un dégrèvement tarifaire progressif zéro horizon 2020 sans compter les contraintes de l’OMC en cas d’adhésion. Aurons-nous à cette période courte des entreprises compétitives ? La politique de substitution à l’importation pour alléger la facture d’importation doit reposer sur une analyse minutieuse de la rubrique importation produit par produit à partir des grandes masses

 

2.-En cette ère de mondialisation, il me semble erroné de parler de stratégie industrielle, ce qui supposerait une autonomie totale de la décision économique surtout pour un micro-Etat comme l’Algérie, alors que la tendance est aux grands ensembles, d’où l’importance d’espaces économiques fiables, euro-méditerranéen et africain, espace naturel de l’Algérie. En ce XXIème siècle, on assiste à l’évolution d’une accumulation passée se fondant sur une vision purement matérielle, caractérisée par des organisations hiérarchiques rigides et à un nouveau mode d’accumulation fondé sur la maîtrise des connaissances et des nouvelles technologiques et des organisations souples en réseaux comme une toile d’araignée à travers le monde avec des chaînes mondiales segmentées de production où l’investissement, en avantages comparatifs, se réalise au sein de sous-segments au sein de ces chaînes. Or, l’assainissement des entreprises publiques a coûté au Trésor public plus de 60 milliards de dollars entre 1971 et 2015, dont la majorité sont revenues à la case de départ. Les banques publiques sont malades de leurs clients, à savoir les entreprises publiques, ce qui explique également, couplé avec l’inefficacité des dépenses publiques, que ce n’est pas une question de finances mais renvoie à l’urgence d’un réajustement de la politique économique et sociale algérienne. Cela renvoie aux contraintes d’environnement : bureaucratie et corruption posant la problématique de la gouvernance, système financier sclérosé, absence d’un marché foncier libre, d’un marché de travail garantissant sécurité et flexibilité, et d’une main d’œuvre adaptée grâce à une formation permanente et surtout aux changements perpétuels du cadre juridique. Rappelons que  de 1965 à 1980, nous avons de grandes sociétés nationales et de 1980 à 1988, nous assistons à une première restructuration découpant les grandes sociétés nationales. Avec la crise de 1986 l’Etat crée 8 fonds de participation qui étaient chargés de gérer les portefeuilles de l’Etat. Comme conséquence de la cessation de paiement en 1994, avec le rééchelonnement, en 1996, l’Etat crée 11 holdings en plus des 5 régionaux avec un Conseil national des privatisations ; en 2000, nous assistons à leur fusion en 5 mégaholdings et la suppression du Conseil national des privatisations ; en 2001, nouvelle organisation avec la création de 28 sociétés de gestion des participations (SGP) de l’Etat. Tâtonnement depuis 2009 où l’on parle de groupes industriels avec des zones intégrées. Le risque n’est-il pas  de revenir à l’ancienne organisation administrative des années 1970 de tutelle de chaque département ministériel ?

 3.-Récemment en reconnaissant l’échec dans l’attrait de l’investissement direct étranger, l’on avance l’assouplissement de la règle des 49/51% qui ne figure plus dans le nouveau code d’investissement qui a découragé tout investisseur étranger notamment au niveau de la PMI/PME contrairement aux discours de certains protégeant des intérêts de rente. Après la majorité des ambassadeurs de l’OCDE, le 22/11/2016 les entrepreneurs saoudiens viennent de le faire savoir. L’erreur est  d’avoir codifié cette règle dans une loi ne laissant plus de marges de manœuvre et créant des polémiques inutiles au niveau international, nuisibles à l’image de l’Algérie. Comme cette illusion de croire qu’un nouveau code d’investissement dynamiserait l’investissement productif alors que l’Algérie manque de vision stratégique pour s’adapter aux nouvelles mutations. Ces changements d’organisation périodiques démobilisent les cadres du secteur économique public, les investisseurs privés locaux et étrangers montrant clairement la dominance de la démarche bureaucratique au détriment de la démarche opérationnelle économique. On ne crée pas des entreprises par décret. C’est le marché local et mondial qui est l’élément déterminant. Cela suppose de relever le défi du XXIe siècle, à savoir l’Etat de Droit, la bonne gouvernance, la valorisation du savoir sur lesquels doivent s’appuyer des entreprises dynamiques ouvertes à la concurrence internationale. Faute de quoi la production et les exportations hors hydrocarbures et le taux de croissance de 7% entre 2017/2020 sans réformes structurelles et management stratégique ne seront qu’un vœu pieux. Car la vision bureaucratique administrative ne peut que conduire le pays à l’impasse, faute de vision stratégique, et ce au moment où l’industrie au niveau mondial, devrait connaitre d’importantes reconfigurations à l’horizon 2020/2030. Aussi, les différents documents disponibles actuellement au niveau du gouvernement portant stratégie industrielle en Algérie pour être opérationnel et cohérent ont besoin d’une quantification précise et datée. L’Algérie, si elle veut devenir un pays émergent, elle en a les capacités, n a pas besoin d’une stratégie non industrielle, vision des années 1970/1980, mais d’une stratégie d’entreprises dans le cadre de filières internationalisées. Un taux de croissance en termes réels de 9/10% entre 2016/2020 est nécessaire pour  dynamiser les exportations hors hydrocarbures et réduire les tensions sociales. Ce d’autant plus que l’Algérie devrait connaitre des tensions budgétaires horizon 2016/2020 avec la baisse du cours des hydrocarbures, étant utopique de prédire un cours supérieur à 75/90 dollars entre 2017/2020, l’OPEP représentant 33% de la production commercialisée mondiale ayant un impact déclinant. L’Algérie connaissant une crise de gouvernance, plus on retarde les réformes et cette crise de gouvernance se transformera en crise financière avec un retour inéluctable au FMI horizon 2020, ce qu’aucun patriote ne souhaite .Gouverner étant de prévoir, il s’agira, en fonction des résultats quantifiés et datés, de mettre en place des stratégies d’adaptation tant sur le plan économique, que social et politique solidaires, supposant un large front national, tenant compte des différentes sensibilités, des mutations locales et internationales, étant à l’aube de la quatrième révolution économique mondiale avec de profonds bouleversements géostratégiques.

(*) Professeur des Universités Expert International Dr Abderrahmane MEBTOUL

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