Quelques heures selon le décalage horaire ou au lendemain de la victoire d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle en France, la presse internationale a, dans son ensemble, salué la victoire de ce  »Il Giocondo », selon la formule caustique du quotidien italien Il Tempo.  Voici un  »digest » des réactions de la presse internationale sur cette élection, concocté par Courrier International.

 

 

 »La France, fatiguée des deux partis hégémoniques qui n’ont pas de réponses aux problèmes, se lance dans une expérimentation”, estime le quotidien espagnol El Pais. Et souligne la “tâche titanesque” qui attend Emmanuel Macron, qui doit “remettre en ordre un pays malade, très malade, comme le prouve” le score historique du Front national. “Les Français se sont donné une dernière chance, et, ce faisant, ils en ont aussi donné une à l’Europe. Nous avons cinq ans pour trouver des réponses. Le compte à rebours a commencé ce dimanche.”

 “Les élites européennes, qui ont salué M. Macron comme un sauveur, doivent surtout tirer une leçon du résultat de Le Pen”, considère The Daily Telegraph. “Il faut qu’elles comprennent que [l’élection de Macron] ne constitue pas la victoire définitive du projet européen face à ses détracteurs, mais bien leur dernière chance de le sauver”, estime le quotidien conservateur britannique.

 Il Tiempo (Italie) relève de son côté que Macron “a attendu un peu” avant de prononcer son discours. “Il a parlé sans emphase. Froid, rigide, sérieux. Presque comme s’il répétait une leçon apprise par cœur, sans jamais céder à un sourire. Peu d’enthousiasme, en somme, et des phrases à la limite de la banalité”.  En Une, Il Tiempo surnomme E.Macron  »Il Jocond ».

 Mais c’est aux Etats-Unis que la victoire de Macron aura le plus d’impact médiatique.  »Cocorico ! Le résultat de dimanche a donné raison à ces irritants Français qui prétendent toujours pouvoir affirmer leur supériorité intellectuelle sur les Américains”, écrit avec humour Andy Borowitz dans sa chronique satirique pour le New Yorker.

  »En empêchant Marine Le Pen d’accéder à la présidence de la République, les Français “ont pu apprécier à quel point ils étaient plus intelligents que leurs alliés de l’autre côté de l’Atlantique”, s’amuse le comédien américain, avant d’enfoncer le clou en faisant dire à une Parisienne : “Nous sommes plus intelligents que les Américains, c’est vrai, mais ils ont mis la barre assez bas, non ?”

 

L’Europe respire, la France est divisée

 

En version  »Kompact ! », estime le quotidien allemand Die Welt. “L’Europe respire, mais la France est profondément divisée. Le spectre d’une présidente d’extrême droite est écarté, mais il n’est pas définitivement banni”, souligne le journal allemand. “Macron a désormais cinq ans devant lui. S’il ne réussit pas, en mai 2022, l’Europe aura de quoi trembler encore plus fort qu’en ce 7 mai 2017.”

 

La Vanguardia, journal de la gauche espagnole, estime de son, côté que Macron va hériter d’un pays “divisé, au moins, en trois parties, chacune fermement campée sur ses positions”. D’une part, il y a la France “du système”, celle de Macron, puis il y a celle de Le Pen, “qui a cessé de croire au système depuis longtemps et cherche le repli” ; enfin, il y a ce tiers de Français qui n’ont pas voté ou ont voté blanc. Cette France, appelée “France périphérique”, est principalement composée de “ceux qui souffrent de la crise et des politiques d’austérité, qui se sont retrouvés sans représentant politique, ce qui pose un grave problème dans ce pays, probablement le plus politisé du monde”, indique le journal. Macron est ainsi la “dernière chance de réformer le système en profondeur et de redonner confiance à ceux qui n’y croient plus”.

 

Une impression de déjà-vu…

 

Pour le site d’opinion ultraconservateur hongrois 888.hu, l’élection du nouveau président français n’est pas une bonne nouvelle : “Macron s’est décrédibilisé en affirmant durant la campagne électorale qu’il n’existait pas de culture française particulière. Hugo, Dumas, Camus et Balzac se retournent dans leurs tombes. Bien que Marine Le Pen ait complètement raté sa marche vers le pouvoir, le FN s’installe comme la seconde force politique en France et pourrait accroître son influence dans le quinquennat qui débute. Macron, lui, veut beaucoup d’Europe. Mais pas d’Europe des nations, malheureusement. Au fond, difficile de savoir ce qu’il souhaite. Une chose est sûre : il sera un puissant vent contraire.”

 

Plus satirique que jamais, la presse de sa majesté apprécie l’élection de Macron. “S’il y a une bonne raison de trinquer à cette victoire, c’est que, vu son ampleur, elle a dû gâcher la soirée de Nigel Farage”, note Iain Martin dans Reaction. “L’ex disc-jockey et ancien dirigeant du UKIP [le Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni] avait prédit à plusieurs reprises que la France se lèverait et que Le Pen, c’était ‘du solide’. Et bien, non. Santé !” “Bravo, Macron”, lance le rédacteur en chef du site britannique, qui émet toutefois quelques réserves : “J’ai quand même une petite inquiétude. Comme une impression de déjà-vu. Un homme jeune, souriant et charismatique prend ses fonctions, les foules enthousiastes. Tony Blair… Barack Obama…”

 

Enfin,  »Le Big Mac »,  »l’Homme parfait »,  »Le Golden Boy qui lit Goethe »,  »le persée qui a vaincu la Gorgone » ou  »Il Gioncondo », sont autant de surnoms donnés par la presse internationale au nouveau président Français.