Forces spéciales

 Forces spéciales

La situation en Libye est chaotique, son secteur pétrolier est au cœur de toutes les batailles. Sa sécurisation va-t-elle donner lieu à une intervention militaire étrangère, thème devenu récurent dans les grands journaux anglo-saxons ?

 Jour après jour, la situation libyenne ne cesse de se dégrader. Attentats contre des responsables politiques, fusillades, tensions entre milices, instabilité politique, enlèvement de travailleurs étrangers ou de nationaux : les mauvaises nouvelles se succèdent les unes aux autres à tel point que de nombreux observateurs n’hésitent plus à parler d’une « somalisation » du pays, référence au chaos qui caractérise, aujourd’hui encore, la Somalie depuis la chute de la sanglante dictature de Siad Barré en 1991. Outre les conséquences humaines et les risques d’une partition de fait du pays entre plusieurs régions, la Libye est confrontée à de sévères perturbations sur le plan économique. En effet, depuis plus d’un an, la production pétrolière ne cesse d’être affectée par des grèves, des interruptions provoquées par des groupes armés qui exigent de prélever leur dîme cela sans compter des détournements de cargaisons vendues à des acheteurs peu scrupuleux sans que l’Etat libyen ne perçoive le moindre dollar.  En 2013, selon le vice-ministre du Pétrole et du Gaz, Omar Chakmak, les revenus de l’or noir ont atteint 40 milliards de dollars soit 10 milliards de dollars de moins que les 50 milliards budgétés par Tripoli. Ces revenus avaient pourtant atteint 27 milliards de dollars pour le premier semestre avant de retomber à 13 milliards de juillet à décembre, période où les interruptions de production et d’exportation se sont multipliées dans l’est du pays, région où est concentré l’essentiel des ressources en hydrocarbures. Dans le détail, la production moyenne quotidienne a atteint 993.000 barils par jour contre un objectif de 1,45 million de barils par jours (mb) et un niveau de près de 2 mbj avant le déclenchement du conflit qui devait mener, en octobre 2011, à la chute du régime de Mouammar Kadhafi.

 Des investisseurs plus inquiets pour la Libye que pour l’Irak…

Il reste désormais à connaître les perspectives pour 2014. Attentifs à l’incertitude politique, de nombreux experts craignent que la chute de la production libyenne ne se poursuive. « Les milieux pétroliers sont plus inquiets pour la Libye que pour l’Irak ou même pour le Nigéria », explique un consultant français. « Il y a beaucoup d’interrogations sur le maintien ou non de la présence des compagnies étrangères. De plus, il y a une certaine forme d’autonomisation de l’est du pays. La probabilité de l’émergence d’un pouvoir régional qui revendiquerait de signer directement des contrats avec les compagnies étrangères n’est pas à exclure, un peu à l’image de ce qui se passe dans le Kurdistan irakien ».

La mère de toutes les rumeurs

Une autre rumeur circule de manière insistante même si aucune information tangible n’est disponible à ce sujet. On parle ainsi de plus en plus d’une « sécurisation » des sites de production et d’exportation de manière à garantir une continuité dans les ventes de pétrole à destination de l’étranger. Reste à savoir qui sera chargé de cette sécurisation. L’armée libyenne ? C’est peu probable au vu de sa faiblesse et de sa désorganisation actuelle. Des sociétés étrangères ? Ce ne serait pas la première fois qu’un pays pétrolier fait appel à ces compagnies spécialisées, notamment britannique ou sud-africaine. Du coup, se pose la question de la confrontation possible entre ces sociétés et les milices libyennes. Lourdement armées, on imagine mal ces dernières ne pas être tentées par la confrontation avec ce que de nombreux Libyens assimileront à une inacceptable présence étrangère. Reste enfin la « mère de toutes les rumeurs », celle qui agite de manière régulière les milieux médiatiques et diplomatiques.  Depuis quelques mois, l’hypothèse d’une nouvelle intervention militaire internationale fait son chemin non pas en ce qui concerne les sites pétroliers mais le sud du pays, qualifié de « supermarché régional » en matière de ventes d’armes où viendraient s’approvisionner les groupes armés qui circulent dans le Sahel. Tour à tour le Washington Post, le New York Times et d’autres journaux anglo-saxons ont évoqué cette perspective. Dès lors, il n’est pas difficile que ce genre d’intervention – démentie tout de même par le pouvoir central libyen – puisse s’étendre aux installations pétrolières si l’instabilité perdure. A cet égard, l’année 2014 sera déterminante pour la souveraineté de la Libye post-Kadhafi.