L’organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) n’est pas morte, et tout comme les marchés pétroliers, ‘‘elle se transforme’‘, a affirmé vendredi le chercheur français Emmanuel Hache.

‘‘Ne nous trompons pas, l’OPEP n’est pas morte, et tout comme les marchés pétroliers, elle se transforme’‘, a averti ce directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques de Paris (IRIS) dans une longue analyse publiée dans la lettre d’information de l’institut.
Commentant la déclaration d’Alger des pays membres de l’OPEP, il a estimé que cette décision ‘‘a surpris de nombreux analystes qui estimaient que les conditions politiques n’étaient pas réunies pour trouver un accord entre les deux principales puissances régionales et pays producteurs de l’Organisation (Arabie Saoudite et Iran)’‘, qualifiant cette annonce d’’‘historique à plus d’un titre’‘.
Pour lui, après une ‘‘politique de la vanne ouverte’‘ initiée en 2015, l’OPEP ‘‘cherche désormais à reprendre le marché en main avec une décision de diminution de production, une première depuis près de 8 ans’‘.
Expliquant les facteurs ayant contribué à la prise de cette décision, Emmanuel Hache a indiqué que les pays producteurs ‘‘souffrent dans leur grande majorité et à des degrés divers’‘ de l’effondrement des prix du pétrole, s’appuyant sur le département américain à l’énergie (DOE) qui a estimé que les revenus d’exportations de pétrole des principaux membres avaient atteint 404 milliards de dollars en 2015, contre plus de 750 milliards en 2014, soit une chute d’environ 46 %.
La chute des prix du pétrole a ainsi conduit au niveau de revenu le plus faible depuis 2004 pour les pays de l’OPEP. Les premières estimations pour l’année 2016 laissent envisager une nouvelle baisse des recettes d’environ 15% Ces chiffres expliquent les difficultés économiques de certains pays membres, qui ont enregistré un ralentissement marqué de leur croissance (voire une entrée en récession) dès 2015’‘, a-t-il précisé.

L’OPEP, une agence de l’énergie des pays du Sud ?

D’après ce responsable pédagogique de l’IRIS, la promesse d’un accord ‘‘pourrait donner un peu d’air à certaines économies de l’Organisation qui conjuguent une crise économique et politique’‘, relevant que les marchés pétroliers ont ainsi accueilli ‘‘favorablement’‘ cet accord avec une hausse du prix du pétrole brut Brent de plus de 3,5 % à Londres, et de plus de 5 % à New York.
Il a estimé que dans le contexte actuel qu’il qualifie d’’‘inédit’‘, l’OPEP ‘‘doit gérer le retour marqué de l’Iran sur la scène internationale, le potentiel de développement considérable de l’Irak sur les marchés pétroliers et la quasi-faillite de l’un de ses membres fondateurs (le Venezuela)’‘, soulignant que le cartel ‘‘devra dépasser la seule stratégie de l’effet d’annonce s’il veut entretenir un effet durable sur les prix’‘.
‘‘Si l’accord est confirmé en novembre prochain, l’OPEP devra rester attentive à une possible reprise de la production américaine (pétrole de schiste)’‘, a-t-il préconisé, notant que des prix compris entre 45 et 55 dollars le baril ‘‘constituent une zone grise de reprise possible de l’activité aux Etats-Unis’‘.
Il a relevé, dans ce contexte, que l’OPEP et les pays producteurs ‘‘commencent à préparer leur après pétrole’‘, ce qui induira, a-t-il expliqué, des ‘‘changements structurels’‘.
‘‘Marqueur politique, géopolitique et économique des années 1970, l’OPEP pourrait chercher à moyen terme à devenir plus globale et, pourquoi pas, élargir son leadership en se positionnant comme une Agence de l’énergie des pays du sud’‘, a-t-il estimé.