L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a choisi vendredi de maintenir sa politique de production lors de sa réunion ministérielle à Vienne, a-t-on appris de plusieurs sources au sein du cartel, ce qui revient pour l’organisation à renoncer à réduire l’excédent de brut sur le marché mondial, principale cause de la baisse des cours.

L’Opep, qui produit un tiers environ du pétrole consommé dans le monde, a décidé de porter son plafond global de production à 31,5 millions de barils par jour (bpj) contre 30 millions auparavant, ont dit deux sources de l’organisation, un choix qui officialise le fait que les pays membres produisent bien plus que le plafond prévu.
Ces informations ont provoqué un nouvel accès de faiblesse des cours du brut et en milieu d’après-midi le baril de Brent cédait 1,76% à 43,06 dollars le baril tandis que le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) abandonnait 2,63% à 40,00 dollars.
Il n’était pas possible dans l’immédiat de déterminer si le nouveau plafond incluait l’Indonésie, de retour au sein de l’Opep et qui produit environ 900.000 bpj. Quoi qu’il en soit, la décision ne répond en rien à la situation actuelle d’offre excédentaire.
Les pays les plus pauvres de l’Opep ont pourtant tenté jusqu’au dernier moment de convaincre les plus riches, emmenés par l’Arabie saoudite, de réduire les pompages pour tenter de soutenir les prix.
Mais Ryad et ses alliés du Golfe ont choisi de s’en tenir à leur stratégie de défense des parts de marché, censée faire baisser les cours au point de décourager les producteurs dont les coûts sont les plus élevés, à commencer par ceux de pétrole de schiste aux Etats-Unis.

Pas de coopération entre Opep et non-Opep

Les responsables saoudiens avaient déclaré qu’ils n’étaient prêts à envisager une baisse de la production qu’à la condition que l’Irak et l’Iran, tous deux membres de l’Opep, acceptent de coopérer, et que des pays extérieurs à l’organisation, comme la Russie, se joignent à elle.
Mais Moscou a réaffirmé cette semaine ne pas croire à l’efficacité d’une politique concertée; quant à l’Irak et l’Iran, ils n’ont manifesté aucun signe de leur volonté de réduire leur production.
Le ministre iranien du Pétrole, Bijan Zangeneh, a déclaré avant la réunion de Vienne que son pays n’envisageait de discuter que lorsqu’il serait revenu à une production maximale, ce qui suppose une levée des sanctions occidentales l’an prochain.
Son homologue irakien, Adel Abdel Mahdi, a dit que Bagdad allait encore augmenter sa production l’an prochain, après une forte hausse cette année.
Le saoudien Ali al Naïmi, lui, a dit espérer que la croissance de la demande mondiale suffise à absorber la hausse de la production iranienne attendue en 2016. « Tout le monde est bienvenu sur le marché », a-t-il assuré.
L’Iran a dit à plusieurs reprises vouloir augmenter ses pompages d’au moins un million de bpj une fois les sanctions levées. Une telle hausse ne ferait qu’exacerber le déséquilibre entre l’offre et la demande mondiale puisque la planète consomme actuellement jusqu’à deux millions de bpj de moins qu’elle n’en extrait.

Nouveau plafond plus proche de la réalité

Si Ryad peut se targuer d’une victoire au moins partielle contre le pétrole de schiste américain, la production de la Russie, l’autre grand producteur extérieur à l’Opep, reste supérieure aux attentes, contribuant à la croissance constante des stocks mondiaux.
Cette situation n’est cependant pas sans conséquences néfastes pour l’Arabie saoudite, confrontée à une chute de ses recettes pétrolières telle que le gouvernement a évoqué la possibilité d’instaurer une TVA et de réduire les subventions publiques à l’énergie.
La revue spécialisée Energy Intelligence a rapporté jeudi que les autorités saoudiennes étaient disposées à défendre une réduction d’un million de bpj du plafond de production de l’Opep sous certaines conditions. Mais Ali al Naïmi a déclaré vendredi que cette information était « sans fondement ».
L’Opep a renoncé il y a plusieurs années déjà aux quotas de production par pays et la plupart de ses membres produisent autant qu’ils le veulent.
Le ministre russe de l’Energie, Alexander Novak, a déclaré jeudi que l’Opep devrait aligner son plafond de production avec sa production réelle.
Un ajustement du plafond pourrait contribuer à rapprocher les positions de l’Opep de celles des pays non-Opep. La dernière collaboration entre les deux blocs remonte à près de quinze ans : ils avaient limité la production et soutenu les cours à la suite de la crise financière de 1998.
Le prix du baril a baissé de plus de moitié en 18 mois, passant de 115 dollars à environ 45 dollars. Et le relèvement des taux d’intérêt américains, attendu pour la mi-décembre, pourrait accentuer cette baisse en faisant monter le dollar.