Le front pour le boycott des présidentielles s’appelle à présent la

Les initiatives pour le « changement » se sont multipliées après les élections présidentielles du 17 avril 2014. Cependant, sans êtres irréductibles, les divergences sont réelles entre ceux qui ont appelé au boycott du scrutin, ceux qui veulent structurer la contestation politique autour du rejet de la victoire d’Abdelaziz Bouteflika et, enfin, le FFS qui estime que le régime doit être associé à tout projet de transition.

 

 

L’opposition en Algérie était, avant la présidentielle du 17 avril 2014, éclatée entre boycotteurs, participants et ceux qui se plaçaient déjà dans l’après-élections. Après le scrutin, a-t-elle les moyens de faire front pour changer la donne ? Va-t-elle se renforcer ou se disperser ?

Les cinq partis politiques et l’ancien Chef de gouvernement Ahmed Benbitour, qui constituaient la « Coordination des partis et personnalités pour le boycott », ont décidé de se placer dans une perspective plus durable pour donner une suite à leur action. Une semaine après la proclamation des résultats des présidentielles, ce « front des boycotteurs » a changé de dénomination pour se placer sur un terrain politique non conjoncturel : il s’appelle à présent la « Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique » (CNLTD).

Composée de l’ancien Chef du gouvernement Ahmed Benbitour, du Front de la justice et du développement (FJD), du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), du Mouvement pour la société de la paix (MSP), du parti Jil Djadid et du mouvement Ennahda, la coordination est œcuménique et regroupe en son sein aussi bien des laïcs que des islamistes.

« Les partis politiques ont acquis la conviction qu’aucun d’eux n’est en mesure de changer les rapports de force seul » note Hakim Saheb, cadre du RCD. Pour lui, « tous les efforts de ceux qui souhaitent changer le régime doivent être conjugués autour de cet objectif pour pouvoir espérer, enfin, faire bouger les lignes ». L’objectif immédiat de la CNLTD est d’élargir ses rangs. Des actions ont été menées en direction des personnalités politiques dont les positions convergent avec la coordination. Des contacts ont été ainsi pris avec MM. Mouloud Hamrouche et Sid Ahmed Ghozali, tous deux anciens chefs du gouvernement.

 

Vers une convergence des approches ?

 

Les initiateurs de la CNLTD se sentaient suffisamment prêts pour annoncer une conférence nationale pour la transition pour les 17 et 18 mai prochains. Mais ils ont fini par la reporter au mois de juin, sans en préciser la date, afin d’élargir les consultations. Dans leur agenda des personnalités à consulter figurent l’ancien président M. Liamine Zeroual, les anciens chefs du gouvernement MM. Smaïl Hamdani et Mokdad Sifi.

Pour l’instant, seul Ali Yahia Abdenour a déjà donné son accord pour prendre part à la conférence. Mouloud Hamrouche, première personnalité à avoir reçu les membres de la CNLTD, tout en partageant les analyses de celle-ci, a réservé sa réponse au jour où il recevrait l’invitation officielle. Il en sera probablement de même pour les autres parties.

Ali Benflis, candidat malheureux au scrutin du 17 avril 2014, semble dans une démarche qui déroute les observateurs. Il hésite à adhérer à la CNLTD, qu’il voudrait amener sur le terrain de la contestation des résultats de la présidentielle. Ses appels à un « retour à la légitimité populaire » qui le consacrerait président de la République « avec plus de 51% des suffrages exprimés » ne constituent pas une démarche sérieuse pour les animateurs de la CNLTD qui ont rejeté en bloc le processus électoral.

D’un autre côté, la CNLTD a d’emblée opposé une fin de non-recevoir aux consultations politiques que compte lancer le pouvoir en vue d’élaborer « sa » Constitution « consensuelle ». Pour elle, c’est un projet pour la « consommation interne » dont l’objectif est de « récupérer les revendications de l’opposition pour les vider de leur substance ».

Le Front des forces socialistes (FFS), tout en faisant une analyse de l’impasse politique et de la nécessité d’une transition politique, a une démarche un peu moins abrupte à l’égard du pouvoir. Il ambitionne d’organiser une conférence nationale pour le consensus mais veut se donner le temps nécessaire pour la réussir. La date fixée par le CNLTD pour la tenue d’une conférence lui paraît prématurée. Et lui veut que le pouvoir en soit partie prenante avec l’opposition.

Il existe des différences, parfois importantes, entre la démarche de la CNLTD et celle du FFS. Mais elles ne sont pas inconciliables. Le consensus au sein de l’opposition pourrait être un bon préalable pour donner du contenu et du poids aux appels à un changement consensuel.