La loi du51/49 aura sévi pendant une décennie, isolant de fait l’Algérie et privant par là même notre économie nationale d’une émancipation certaine, au regard du niveau des recettes pétrolières perçues pendant des années.

Cette loi compte parmi les textes les plus sournois, vicieux et destructeurs de notre économie que l’exécutif ait fait entériner à des fins exclusives de prédation et de détournements à grande échelle, aux yeux de tous les opérateurs qu’ils soient nationaux et internationaux. Le 51/49 a été initié dans le but de contrôler le change des devises, résultat d’une embellie financière conséquence de la hausse des prix des hydrocarbures.

Parmi les méfaits de cette loi, de la devise a été sortie du circuit officiel par le biais de la surfacturation, pour être injectée dans le circuit parallèle sur les marchés noirs tel que le square port Said. C’est une supercherie en grandeur nature.

On ne compte pas les occasions manquées par nos politiques pour se donner les moyens de positionner notre économie de manière à ce qu’elle puisse emprunter les sentiers la conduisant à renforcer ses fondamentaux et incarner définitivement les économies de croissances réelles et régulières.

Cette loi a fait beaucoup de mal à notre structure économique. Les IDE ont fui le pays depuis la proclamation de ladite loi, enregistrant des records négatifs abyssaux en IDE entrants. Même dans des situations de marché très avantageux, l’IDE ne pouvait s’opérer car ne pouvant trouver du capital privé en quantité suffisante et en capacité de mettre en place des joint-ventures et des projets en Green Field. Le partenariat IDE – Public a réussi dans des secteurs à forte valeurs ajoutées ou le capital étranger se faisait rémunérer à travers des canaux d’engineering en général. L’équation était telle que l’IDE est devenu quasi impossible. Les projets réalisés l’ont été grâce au concours des associés nationaux connaissant tous les contours de l’administration, fins connaisseurs du marché et très souvent rétribuant l’IDE en échange d’intrants gracieusement importés. Tout cela pour signifier la malhonnêteté qui prévalait et pour ainsi dire que le terrain était inapproprié pour un IDE franc, clairement affiché et porteur de croissance.

Depuis 2009 la PME/PMI algérienne a grandi dans cette matrice, intégrant dans ses scenarios stratégique cette loi, protégeant son marché parfois et la privant très souvent de la technologie et des ordres innovateurs que pourrait apporter l’IDE, impliquant toutes les fonctions de l’entreprise.

Aujourd’hui, pour reprendre une expression empruntée « cette loi, pondue par césarienne, s’abroge par le sabre ». C’est le cas de le dire ! Dans une année 2019 caractérisée par une crise politique singulière en filigrane, l’économique n’a pas été épargnée en raison d’un flux financier sensiblement ralenti, causant ainsi des situations de quasi blocage de l’économie nationale. L’entreprise algérienne dans sa généralité a été lourdement fragilisée, entrainant le recours aux plans sociaux pour certaines, voire leur disparition, avec certainement un taux de mortalité assez important ; l’avenir nous le dira ! Cette même entreprise qui luttait déjà depuis 2015 après la chute brutale des prix des hydrocarbures en fin 2014, et qui commençait à peine à s’adapter à la nouvelle donne, à savoir, une commande publique rare, retombe sous le couperet de la crise politique que traverse le pays : la récession !

Nous avons tous applaudi le projet d’abrogation de la loi pour qu’enfin les IDE tant attendus puissent emprunter le chemin du territoire Algérie, soit par l’avènement de nouvelles implantations ou par le recouvrement de la majorité du capital par les sociétés étrangères présentes, ayant subi le 51/49. De cette manière avec une majorité capitalistique le risque de blocage se dissipera et l’entreprise étrangère en terre d’accueil pourrait songer à bien renforcer sa présence en libérant ses investissements. Le grand perdant dans cette séquence, si la loi venait à être abrogée par le sabre, c’est la majorité des entreprises locales. Fragilisées sérieusement depuis 2015 ajoutant à cela le revers causé par la crise politique en 2019, cette ouverture brusque et raide lui engendrera un  préjudice. L’IDE, censé redynamiser l’économie se fera sans l’entreprise locale qui va être littéralement effacée, car sans ressources en capitaux.  Cela reviendra à faire une OPA sur une entreprise aux abois. Injecter du capital étranger, au moment où les banques ont sérieusement renforcé les procédures d’emprunt à l’endroit de l’entreprise locale en élevant les taux de risque.

Il serait dans l’intérêt de notre économie nationale et dans celui de nos entreprises ayant créé de l’emploi, d’abroger la loi d’une manière gradualiste avec un moratoire ne dépassant pas les 3 ans afin de permettre dans un premier temps aux sociétés étrangères implantées en Algérie de recouvrer la majorité de leur capital social, en remplaçant le 51/49 par un 70/30.  Ensuite libérer cette disposition d’une manière définitive au bout de trois exercices (proposition à étudier et à évaluer). De ce fait, l’entreprise locale pourrait se refaire une santé si le pays venait à connaitre une sortie de crise lui permettant ainsi de s’adapter à cette nouvelle donne dans sa stratégie de développement à court terme.

De cette manière nous aurons réellement rattrapé le tir d’une non-stratégie en direction des IDE d’une manière générale, nous aurons en définitive donné l’occasion à une bonne partie des PME locales d’intégrer cette nouvelle situation, du moins pour les plus performantes et celles ayant résisté, car sans la participation de l’entreprise locale, l’IDE ne pourrait atteindre les résultats escomptés, à savoir un véritable impact positif sur la croissance du pays d’accueil. L’équation est telle que les joint-ventures aidées par les efforts fournis par les pouvoirs publics, notamment, en termes d’avantages, permettra de favoriser le « location advantage » (qui signifie que l’actif doit être durable pour l’entreprise et l’exploiter dans un pays d’accueil, plus rentable que dans le pays d’origine) pour certaines joint-ventures confortées par des firmes étrangères, et les IDE qui affluent favorisent l’effet d’entrainement. Cette situation permet également à faire émerger les « ownership advantage » (qui se traduit par la possession d’un actif spécifique ou avantage spécifique de la firme dans le pays d’accueil).

En conséquence de quoi cette stratégie qui conçoit les IDE comme un accélérateur capable de transformer, l’économie du pays d’accueil en un véritable territoire économique attractif et qui va ensuite chercher l’équilibre entre les IDE sortants et les IDE entrants, en favorisant les échanges intra-firmes et intra-territoires, et donc l’insertion des firmes locales dans l’économie mondialisée.

L’exemple russe en est la plus belle des illustrations, quand il a été adopté une véritable stratégie des IDE, favorisant l’insertion des entreprises nationales dans ce schéma et ce, malgré plusieurs tentatives soldées d’échecs, notamment lors de l’ouverture de la Russie à l’économie mondiale à partir de 1989. L’Algérie est en train de traverser une situation très semblable à celle de ce pays en termes d’adaptation et d’ouverture vers l’économie mondiale.

La Russie avait commencé par une politique de privatisation pour permettre de libéraliser son économie, opté pour des nouvelles règles du management international et permis à des entreprises locales de capitaliser l’actif public privatisé, ce qui a eu finalement pour résultat la création d’une oligarchie « à l’algérienne » qui interférait dans le pouvoir politique et dont le but final tendait vers des objectifs de prédation orientés, sans avoir vraiment impulsé l’économie du pays. Le Président Poutine a mis fin à cette mascarade en organisant une nouvelle orientation stratégique à l’endroit des IDE.  De nos jours, le processus d’attraction des IDE en Russie, est bien mis en place et l’IDE sortant commence à se déployer également.

En conclusion, l’aménagement de la loi 51/49 est en somme la première mesure à mettre en place pour attirer l’IDE. Permettre aux entreprises locales d’évoluer dans le cadre d’un processus gradualiste s’inscrivant dans une stratégie de co-développement et en s’appuyant sur le contenu local, favorisera d’une manière certaine la pérennisation de ces effets d’investissement porteur de croissance sur notre territoire d’accueil.

Djamal-Eddine Bou Abdallah

Chef d’entreprise