Dans un entretien accordé à TSA, l’ex-gouverneur de la Banque d’Algérie a estimé qu’en dépréciant le dinar, on « a suivi les recommandations du FMI pour, soi-disant, assurer un certain équilibre et préserver la compétitivité de l’Algérie » alors que « nous n’avons rien à vendre à l’étranger en dehors du pétrole et du gaz. »

 

 

« La Banque d’Algérie a contribué bêtement à déprécier le dinar », a jugé son ancien gouverneur Badreddine Nouioua, dans un entretien à TSA.

Selon Baderddine Nouioua, qui a fait paraître récemment aux Editions Casbah, Le dinar algérien, passé et présent, « quand on déprécie une monnaie, c’est pour encourager les exportations et attirer les capitaux étrangers ». Or, a-t-il fait observé, « nous n’avons pas de produits à exporter et nous n’avons pas attiré de capitaux étrangers ». Résultat : « le dinar a perdu sa valeur inutilement et sans aucun profit pour l’économie algérienne ».

Pourquoi a-t-on alors procédé à la dépréciation du dinar ? La Banque d’Algérie, répond son ex-gouverneur, « a suivi les recommandations du FMI pour, soi-disant, assurer un certain équilibre et préserver la compétitivité de l’Algérie ». Et de s’interroger : « Mais quelle compétitivité ? Pour exporter ? Encore une fois, nous n’avons rien à vendre à l’étranger en dehors du pétrole et du gaz. »

Baderddine Nouioua a vivement critiqué, dans cet entretien, le FMI qui « recommande, à chaque fois, sans distinction et sans chercher à savoir la situation réelle du pays et ses caractéristiques, de dévaluer la monnaie ». Il a recommandé à la Banque d’Algérie, « qui va être obligée de financer le Trésor public », de « veiller à la stabilité du dinar » car « l’instabilité de la monnaie provoque un renchérissement de toutes les importations ».

L’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie a aussi vivement critiqué la législation algérienne sur les changes : « A l’heure actuelle, n’importe quel commerçant, même s’il est escroc – et ils sont nombreux – qui importe de la marchandise peut disposer de la quantité de devises qu’il veut. Cela contribue à transférer les devises à l’étranger. Par contre, un citoyen qui veut envoyer un malade pour soins à l’étranger ne bénéfice de rien du tout. C’est cela le paradoxe du contrôle des changes qui n’est pas appliqué avec justesse. » 

Répondant à une question sur le financement non conventionnel de l’économie auquel recourt le gouvernement, Badreddine Nouioua a répondu que ce financement ne peut être une solution que si l’on sait « dès le début » la valeur des billets que la Banque va imprimer « durant les cinq ans à venir » et que l’argent imprimé « est utilisé à bon escient, c’est-à-dire dans des projets productifs, créateurs de richesses ». Malheureusement, a-t-il ajouté, le risque est réel « qu’on utilise l’argent créé pour couvrir les déficits engendrés par le gaspillage qui se fait au niveau de toutes les institutions publiques ».