Le clan Bouteflika et le pouvoir politique ont mis longtemps à réagir à la montée révolutionnaire dans le pays depuis le 22 février dernier. Leur riposte est déjà disqualifiée. 

La contre-offensive de charme des diplomates Lamtane Lamamra et Lakhdar Brahimi a été submergée ce vendredi 15 mars par un raz-de-marée de railleries, de rejets et de sarcasmes de sans doute plusieurs millions d’Algériens dans l’ensemble du pays.  Le pouvoir politique d’abord paralysé par l’ampleur du mouvement, a pris le temps d’attendre formellement le retour du président Bouteflika en terre d’Algérie pour engager sa contre-attaque. Dès la soirée du lundi, qui a succédé à la publication de la lettre présidentielle, la tendance du rejet du plan de transition était déjà inscrite dans l’expression populaire.

Les jours suivants avec la poursuite des marches, notamment des étudiants,  le sort du prolongement du 4e mandat paraissait scellé. Le déferlement populaire de ce vendredi a été bien plus loin dans la formulation des revendications. Il va être très difficile de diriger l’Algérie si on a appartenu de près ou de loin au projet de son intronisation comme président à vie, notamment depuis la révision de la Constitution en 2008.

Les Algériens veulent vraiment effacer le système Bouteflika organisé autour de la perpétuation autour de sa présidence. Lakhdar Brahimi semble l’avoir compris le premier, qui hésite à donner suite à l’offre présidentielle encore informelle,  de diriger l’organisation de « la conférence nationale inclusive ».

L’optimiste de son cadet Lamtane Lamamra  persuadé qu’il arrivera à convaincre les Algériens que « la 2erépublique est en marche » sous Abdelaziz Bouteflika, paraissait déjà candide avant même la journée décisive de ce vendredi 15 mars.

La transition a commencé sans eux

Les Algériens ne se sont donc pas laissés duper. Mais qui, parmi les architectes de ce plan de contre-attaque du lundi 11 mars, a pu penser qu’il pouvait en être autrement ?  Un président aphone qui renonce aux élections mais pas au pouvoir, un Premier ministre qui est remplacé par son ministre de l’intérieur en charge de la répression et de la fraude de longue date, un vice-premier ministre groupie de Bouteflika et un vieux mondain des chancelleries si lointaines d’Algérie. La contre-attaque du pouvoir politique ressemble à un jet malencontreux d’essence sur un joyeux brasier. 

 A comparer avec la grande crise institutionnelle précédente qui a débouché sur l’impensable intronisation de Mohamed Boudiaf  à la tête de l’Etat, le 11 janvier 1992 est un désastre lumineux comparé à la pantalonnade kundérienne du 11 mars 2019.  L’explication à cette bouffonnerie d’Etat est scandée en boucle depuis plusieurs années. L’Etat a subi un désinvestissement colossal. Il  a fini par ressembler au périmètre sénile et retranché du clan présidentiel. Sans idées, sans grandeur, sans figures. Il ne comprenait pas la société algérienne lorsqu’elle faisait le dos rond, dans un effort de patience existentielle.  Il ne la comprend toujours pas lorsqu’elle libère son génie créatif au service d’un autre destin que celui de « la stabilité dans le formole ». Bouteflika, et son clan, faisait encore semblant de croire qu’il est – qu’ils sont – indispensable à la transition. Il doit se convaincre qu’elle a commencé sans lui. Sans eux. Dans un immense chahut heureux.