Abdelatif el Hammouchi, patron des services secrets marocains (Ph. Tel Quel)

Une « descente » policière impromptue à la résidence de l’ambassadeur marocain en France, pour remettre une convocation judiciaire au patron du contre-espionnage du royaume de passage à Paris, a mis le feu aux relations diplomatique entre la France et le Maroc.

Rabat n’a pas du tout apprécié et a qualifié « d’incident grave », la remise par sept policier français, d’une convocation devant le juge, au patron marocain du contre-espionnage Abdelatif Hammouchi, suite à une plainte d’une ONG française. C’est l’ACAT, l’Association des chrétiens contre la torture, qui avait actionné une plainte pour « complicité de torture » contre Hammouchi, sur des soupçons de torture dans le centre de détention de Temara, qui dépend de la Direction de la surveillance du territoire (DST- services secrets marocains). L’initiative de l’ACAT fait suite au témoignage recueillis en France auprès de trois marocains, qui ont déclaré avoir subi des actes de torture dans le centre de détention, suite à leur arrestation par des agents de la DST. La réaction vigoureuse du ministère marocain des affaires étrangères a semé le trouble et l’incompréhension au sein du « couple » franco-marocain, alliés traditionnels de longue date. Rabat jouit d’un soutien politique, économique et militaire sans faille de la part de Paris, particulièrement dans le dossier du Sahara Occidental, où la classe politique française, de gauche comme de droite, apporte sa bénédiction au plan d’autonomie présenté par le Maroc.
Incident « grave et inédit » 
La colère du gouvernement marocain fut telle que l’ambassadeur français à Rabat, Charles Fries, a été immédiatement convoqué au ministère marocain des affaires étrangères pour se voir signifier une protestation officielle. Pour la ministre déléguée Mbarka Bouaida, l’incident de Paris est « grave et inédit » et de « nature à porter atteinte au climat de confiance et de respect mutuel », d’autant que la « descente » des policiers pour interpeller Abdelatif Hammouchi est intervenue au moment où il accompagnait le ministre marocain de l’intérieur en visite officielle à Paris. L’ACAT a demandé au juge de profiter de cette visite du patron de la DST pour l’interroger sur les fait de tortures qui lui sont reprochés.

Un sahraoui parmi les plaignants

L’une des plaintes, déposée avec constitution de partie civile par Adil Lamtalsi, un Franco-Marocain de 33 ans, a donné lieu à l’ouverture fin 2013 d’une information judiciaire à Paris, selon une source proche du dossier. M. Lamtalsi affirme avoir été arrêté en octobre 2008 près de Tanger (nord), puis torturé pendant trois jours à Temara, près de Rabat, avant qu’on ne l’oblige selon lui à signer des aveux.
Il a nié devant le tribunal marocain les faits qui lui étaient reprochés mais a été condamné, selon l’Acat, en novembre 2008 à 10 ans de prison pour détention et trafic de cannabis. Il a par la suite été transféré en France pour y purger sa peine.
M. Hammouchi est visé dans cette plainte pour complicité de torture. C’est également le cas dans une autre plainte déposée jeudi au parquet par un Marocain d’origine sahraouie de 44 ans, Ennaâma Asfari.