Environ 41% de la consommation Internet en Algérie est captée par Youtube, le site de streaming vidéo de Google. Avec les réseaux sociaux et les téléchargements via les sites torrents, ce taux dépasse les 60%. S’il n’est pas question de revoir ce modèle de consommation, il est urgent de parler de contenu local et du frein de la censure qui le guette.

 

L’incident du câble sous-marin reliant Annaba à Marseille, qui a été mis, par les responsables de l’opérateur des télécommunications Algérie Télécom (AT), à l’actif d’une mauvaise manœuvre d’un navire non identifié, a provoqué un tollé général chez les internautes algériens et au sein de l’opinion publique en général. Le SEA-ME-WE 4 (SMWE4) est un câble sous-marin qui relie le Sud-Est Asiatique à l’Europe de l’Ouest. Equipé de deux paires de fibre optique monomodes, ce système est porté par un consortium de 16 opérateurs historiques représentant 14 pays : France, Algérie, Tunisie, Italie, Égypte, Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis, Pakistan, Sri Lanka, Inde, Bangladesh, Thaïlande, Malaisie et Singapour. Pendant cinq jours, l’Algérie s’est retrouvée déconnectée des serveurs des données basés à l’étranger. Facebook, Gmail, Youtube, Viber, et d’autres applications sont restés quasiment inaccessibles par la majorité des internautes algériens pendant. Selon le PDG d’Algérie Télécom, M. Azouaou Mehmel, 81% de la bande passante internationale par laquelle transite les données qui nourrissaient le grand appétit numérique des algériens étaient inaccessibles pendant toute la durée de la panne. L’opérateur historique admet la quasi mainmise de Google et des sites de réseaux sociaux sur la montée en charge de la bande passante internationale d’AT dépassant aujourd’hui les 420 Gbits.

En effet, l’analyse du flux data, selon les chiffres présentés par AT, a révélé que les clients ADSL sont adeptes du streaming vidéo. Ils ont favorisé Youtube à 41 % du volume data total. La navigation via les « browsers » et le téléchargement des torrents arrivent aux 2e et 3e rangs avec respectivement 18 et 12 %. Les réseaux sociaux occupent la 4e place avec 10 % du flux de la connexion à l’international. Autre tendance, très instructive, la messagerie électronique est de moins en moins utilisée puisque sa part dans le flux data n’atteint même pas 1%. L’opérateur historique se retrouve ainsi confronté à l’explosion de la consommation de vidéos en ligne émanant des datacenters de Google basés à l’étranger, même si une partie des vidéos les plus consultés par les internautes algériens est stockée en Algérie par le géant mondial de l’Internet.

 

Un coût en hausse en raison d’un dinar en baisse

 

Cette situation est appelée à durer pour deux raisons : la première concernent les performances technologiques réalisées dans le domaine du codage numérique des signaux à l’origine de la baisse des prix des équipements vidéo. Le recours des chaînes de télévisions privées en Algérie au streaming vidéo pour diffuser des émissions est la seconde raison. La demande en contenu vidéo va donc augmenter dans les années à venir, ce qui signifie qu’AT va devoir engager d’énormes investissements pour augmenter encore sa bande passante en déployant rapidement son troisième câble sous-marin reliant Oran à Valence en Espagne (au moment de la rédaction de cet article on apprend, que Mme la ministre des PTIC a annoncé deux câbles reliant Oran à Valence et Alger à Valence dont la construction sera lancée en novembre). Quel est alors le coût réel pour AT qui doit compter aujourd’hui avec un dinar très faible ? C’est un coût qui n’est pas seulement monétaire puisqu’il risque d’agir négativement sur le plan de la qualité de service en congestionnant le réseau et provoquant alors une sorte de lassitude chez les usagers et finira donc par peser sur la performance d’une politique tarifaire engagée par l’opérateur envers ses clients. Finalement, après cette seconde rupture accidentelle du câble sous-marin à Annaba, en l’espace de six ans, il est impératif de rouvrir un débat sérieux sur la problématique du déséquilibre du trafic dû à un excès dans la consultation des contenus hébergés à l’étranger par les internautes algériens.

 

Dépendance envers les serveurs américains

 

Ce pays ne doit pas rester dépendant des grands datacenters américains. Plus les informations transitent via de nombreux réseaux, plus le risque de perte d’information est important, et plus le temps de latence augmente pour l’usager. Aujourd’hui, la croissance de l’utilisation de l’Internet en Algérie et de l’audience des sites web liés aux services publiques oblige les rares hébergeurs locaux à surinvestir en infrastructure pour absorber un pic d’audience potentiel comme celui relevé récemment lors de la consultation via le web des listes de candidats à l’acquisition des logements LPP autorisés à payer la deuxième tranche. Plusieurs observateurs estiment que le pays ne dispose pas encore d’un marché de l’hébergement des contenus web. Malgré un contexte économique favorable, plusieurs entreprises et organismes nationaux de toutes tailles, comme la presse privée et même publique, préfèrent recourir à l’hébergement en mode Cloud assuré par des compagnies étrangères afin de bien promouvoir la visibilité de leurs sites web et applications mobiles. Le faible engouement de ces entités vers les noms de domaine sous la bannière «.dz» a rendu la situation encore plus compliquée. Les politiques doivent s’emparer de la question épineuse de l’hébergement des contenus web en Algérie. Le gouvernement est appelé à instaurer un climat de confiance pour convaincre les propriétaires des contenus (aussi bien étrangers qu’algériens) les plus consultés par les internautes algériens de s’installer en Algérie. Non seulement en accordant des facilités pour l’installation locale de serveurs, en ouvrant le marché de la fibre optique au privé, mais surtout en instaurant une régulation transparente des contenus.