« L’Afrique économique n’existe dans les échanges internationaux que comme fournisseur de matières premières », estime Samir Bellal.

 

Un accord pour la création de La Zone de libre-échange continentale (ZLEC), un des étendards de l’agenda 2063 de l’Union africaine, vient d’être signé par 44 pays. Il vise à créer un marché commun de 1,2 milliard d’habitants, dont le PIB cumulé avoisinerait 2 500 milliards de dollars.

Qu’est-ce que cette décision va apporter à l’Afrique ? Vera Songwe, Secrétaire exécutive de la CEA (Commission économique africaine) a déclaré qu’ « avec la signature de la Déclaration de Kigali pour le lancement de la Zone de libre-échange continentale africaine, l’Afrique a fait un pas de géant vers l’intégration continentale, la vision panafricaine et le développement de notre continent ». Or, compte tenu de la situation catastrophique de la plupart des économies africaines  qui sont déstructurées et dépendantes très largement des exportations de matières premières, peut-on raisonnablement parler de « pas de géant » ? Pour Samir Bellal, économiste, « parler de ce sujet, c’est accorder du crédit à des discours politiques qui n’ont aucune prise sur la réalité, en complet décalage avec les réalités économiques ».

« L’Afrique économique n’existe dans les échanges internationaux que comme fournisseur de matières premières », affirme-t-il en expliquant que « les échanges dont on parle n’existent que dans la tête des dirigeants politiques africains » non sans affirmer que « les volontés » dont peuvent faire preuves certains pays africains ne sont d’aucune utilité quand il s’agit de réfléchir à l’échelle de l’économie mondiale. 

Souhil Meddah, expert en économie et en finance, estime lui aussi qu’aller vers une zone de libre échange continentale en Afrique, c’est mettre la charrue avant les bœufs tant les pays africains sont sous-industrialisés et ont très peu de choses à échanger.

« Les économies africaines devraient avancer dans le développement des secteurs qui sont en lien avec leurs besoins intérieurs pour tous les pays concernés, afin de pouvoir créer de la demande intra-africaine avant de se pencher sur les questions des échanges, » estime-t-il. Selon M. Meddah, « les modèles économiques des pays africains sont dans leur majorité basés sur des exportations de matières brutes et sur une activité économique soutenue par l’Etat. Et, dans certains modèles, mêmes l’extraction et la vente des matières premières est faite par des operateurs internationaux. ».

Souhil Meddah estime, par ailleurs, que l’émergence du volume des échanges par rapport à un tel modèle nécessite une préparation des économies dans leur globalité  afin, explique-t-il, « d’assurer des unités de demande pour un niveau d’échanges très élevé entre pays africains, pour équilibrer les flux réciproques amont/aval entre les nations en comptant, d’une part, sur des soutiens de financement pour les opérateurs africains et, d’autre part, sur un pouvoir d’achat en progression pour les citoyens considérés comme des acteurs consommateurs importants dans le circuit global».