Le secteur algérien des assurances est trop dépendant de la branche automobile (DR)

La dernière note de conjoncture, toute fraîche, du Conseil National des Assurances (CNA), signale un tassement de la croissance du secteur au premier trimestre 2014, après les performances « à 2 chiffres » de ces dernières années.

 

 

Avec un chiffre d’affaires de 114 milliards de dinars en 2013, contre 99 milliards de dinars en 2012, le secteur des assurances a connu une croissance très soutenue, au cours des dernières années. Mais sa contribution à la richesse nationale demeure fort modeste – environ 0,6% du PIB – loin des résultats obtenus par les pays voisins qui atteignent, dans ce domaine, 2 à 3% du PIB. Selon les derniers chiffres du CNA, le taux de croissance exceptionnel de 15% enregistré en 2013, après les 12% de 2012, a cédé la place, au cours des 3 premiers mois de l’année 2014, à une augmentation limitée à 7%. Cette performance est imputable, pour l’essentiel, à la branche automobile, dont le chiffre d’affaires est encore en hausse sensible (+8,2%) au premier trimestre de l’année en cours, et représente aujourd’hui largement plus de la moitié (près de 54%) de l’activité des assurances algériennes.

La branche auto demeure la mamelle du secteur

La diversification attendue depuis de nombreuses années de leur activité, synonyme pour les assurances algériennes de marché plus mature, n’est donc pas encore au rendez-vous, en dépit d’une croissance appréciable en 2013 et au premier trimestre 2014, des assurances de personnes qui semblent finalement avoir digéré la filialisation imposée au cours de l’été 2011. L’assurance auto reste plus que jamais la mamelle du secteur. Une position confortée, comme l’indique le Conseil national des assurances, « malgré la baisse des importations de véhicules au titre de l’exercice 2013 (- 3,5% en valeur et – 8,4% en nombre) ». Une baisse confirmée et amplifiée par une diminution des immatriculations de près de 23% au premier trimestre 2014.
En 2013, la part de la branche « automobile » dans les assurances dommages avait encore augmenté de 1 point, passant de 57% à 58%, au détriment de la branche des « risques industriels », qui baisse de 35% à 33%, tandis que la structure de la production des autres branches (risques transport et agricole) n’a pas subi de grands bouleversements.

Le dynamisme des garanties facultatives

La croissance ralentie du parc automobile national n’est cependant pas seule en cause dans la formation du chiffre d’affaires de la branche. La démarche des compagnies d’assurance nationales, publiques et privées confondues, a été en effet aussi caractérisée, au cours des dernières années, par la multiplication des produits proposés à la clientèle et la souscription de « garanties facultatives » en augmentation constante, qui représentent désormais un peu plus de 80% de sa production.
En 2013, alors que la branche automobile avait déjà totalisé une production de 61,3 milliards de dinars – en progression de 17% – les garanties facultatives enregistraient une croissance de 18%, avec une part de 83% du portefeuille de la branche. Le dynamisme des garanties facultatives est encore responsable de l’essentiel de la croissance enregistrée au premier trimestre 2014 (+9,4%), tandis que la garantie responsabilité civile, « obligatoire », est la plus affectée par la baisse des importations de véhicules et connait une très modeste progression de moins de 2%.

Un million d’accidents de la circulation

Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des petits mondes de l’assurance auto si différents acteurs ne signalaient, de longue date, la persistance des déséquilibres qui ont caractérisé la branche au cours des dernières années. Au chapitre des déséquilibres financiers, le président de l’UAR, M.Lamara Latrous, affirme à l’occasion de chacune de ses interventions publiques « qu’à chaque fois qu’une compagnie d’assurance encaisse 100 DA de prime sur la responsabilité civile obligatoire, elle paye 237 DA de sinistres ». 80% des 46 milliards de dinars de règlement de sinistres effectués en 2013, ont été versés au titre de la branche automobile, qui a enregistré, comme en 2012, le chiffre astronomique de près d’un million d’accidents de la circulation.

Une concertation entre compagnies qui donne de bons résultats

Bien que la plupart des compagnies parviennent à compenser très largement le déficit de l’assurance obligatoire grâce aux revenus procurés par les garanties facultatives, certaines d’entre elles n’hésitaient cependant pas à évoquer, au cours des dernières années, une guerre des tarifs faite de remises multiples et de pratiques de dumping qui les faisaient parler d’“une concurrence sauvage qui fait perdre au secteur plusieurs milliards de dinars de chiffre d’affaires”.
C’est dans le but de mettre de l’ordre dans ces pratiques qu’un protocole d’accord a été finalement signé au cours de l’été 2012 dans le domaine de l’assurance tous risques. L’accord, conclu par 13 assureurs publics et privés et approuvé par le ministère des Finances, fixe à 50% les abattements sur les assurances tous risques automobiles au profit des entreprises et à 30%, les remises en direction des particuliers. Aux dernières nouvelles la concertation entre les assureurs, sous l’égide de l’UAR et de la Direction des assurances du ministère des finances, qui semble donner de bons résultats, aurait permis tout récemment de parvenir à un nouvel accord, cette fois plus favorable aux assurés, qui relève très sensiblement, en le portant désormais à 130 000 dinars, le seuil de l’indemnisation nécessitant une contre expertise. Une mesure qui, selon nos sources, devrait contribuer à réduire sensiblement les délais d’indemnisation, qui constituent encore l’un des principaux griefs des assurés algériens.