Selon M. Saheb, le pouvoir  est dans la violation permanente des principes et lois qui régissent le pays et, ce faisant, il place l’Algérie dans une totale anomie.

Maghreb Emergent : Bouteflika vient d’annoncer l’annulation des élections présidentielles prévues pour le 18 avril. Y a-t-il une loi qui lui permet d’annuler ces élections ?


Hakim Saheb : Il est clair que ni la loi organique portant régime électoral ni la Constitution ne prévoient d’annuler ou de proroger l’élection présidentielle en dehors des situations d’exception, de guerre ou d’état de siège. De même que la Constitution n’évoque nullement la prolongation du mandat présidentiel. Il en résulte de cet énième coup de force constitutionnel une manœuvre qui précipite le pays dans une dérive a-constitutionnelle aux multiples effets qui vise, à n’en pas douter, à briser l’élan populaire du 22 février et, corrélativement, assurer la pérennité de la secte régnante.

Le Président sortant a aussi annoncé le prolongement de son mandat actuel au moment où les Algériens, sortis par millions dans les rue, revendiquent le départ du système tout entier et un retour effectif à la légitimité populaire, voire démocratique. Quelle lecture faites-vous, d’un point de vue juridique, de cette annonce ?

Plus qu’une violation de la loi fondamentale du pays, cette annonce, comme je le disais précédemment, s’inscrit en dehors du cadre et des principes fixés par la Constitution et place paradoxalement l’Algérie dans une situation de totale anomie. Le pouvoir actuel ne s’accommode plus des lois qu’il a lui même promulguées de façon unilatérale et autoritaire.

Quels sont les moyens légaux dont disposent les Algériens pour mettre fin à ce coup de force du pouvoir ?

La réponse est de nature politique. Il n’y a pas, à proprement parler, d’instruments légaux à opposer un régime qui s’est imposé aux algériens par la force, la fraude et la corruption plus d’un demi siècle durant et qui ne s’embarrasse guère du respect de la légalité et des lois qu’il a légiféré. Il faut légitimement continuer, sans relâche, la pression sur ce pouvoir autiste et insensible aux aspirations citoyennes et accentuer la mobilisation populaire avec tous les segments de la société pour capitaliser et transformer ce cri de coeur, ce profond ras-le-bol qui sourd à travers tout le territoire national, en une révolution citoyenne pour exiger le changement radical du système politique actuel et l’avènement d’une république fondée sur la démocratie, l’état de droit, la justice et la solidarité.