Le tri sélectif des déchets en amont est quasi-inexistant en Algérie (DR)

En Algérie, 95% des déchets ménagers sont mis en décharge. Les efforts consentis sur le plan réglementaire n’ont pas été traduits par un projet réaliste et mobilisateur pour créer un marché des matériaux recyclables. Et tendre vers une gestion plus rationnelle des centres d’enfouissement technique et des décharges contrôlées.

Selon les chiffres de l’Agence Nationale des Déchets (AND) pour l’année 2010, près de 38% des déchets générés annuellement ne sont pas des matières putrescibles qui, elles constituent 62,30%. Sur ce total, on dénombre notamment 12% de plastics, 10,26% de textiles, 9,33% de carton et papiers et 3% entre verre et métaux.
Cependant, il n’existe pas de statistiques fiables sur le taux de récupération des déchets, du fait que cette activité est dominée par l’informel. Mohammed Chaieb Aissaoui, conseiller au ministère de l’aménagement du territoire et de l’environnement (MATE), a estimé lors du premier Forum de l’entreprenariat et l’employabilité des femmes dans l’économie verte, que ce taux ne dépasse pas les 5%. Or, tout schéma sérieux de gestion intégrée des déchets urbains repose sur un pourcentage conséquent de récupération. A titre indicatif, le taux de récupération dans l’Union Européenne est de 39%, avec près de 50% en Scandinavie et 35% en France. Le problème, selon l’AND, n’est pourtant pas lié à la législation. Une loi existe depuis l’adoption, en 2001, du programme national de gestion intégrée des déchets ménagers et assimilés (PROGDEM).
Eco-Jem, le dispositif vert, mort-né
La parfaite illustration de l’échec du tri sélectif des déchets pour mettre en place une activité durable dans le domaine de la récupération/recyclage en Algérie, est le quasi-abandon de « Eco-Jem», le projet phare de l’AND. Ce dispositif public de reprise et de valorisation des déchets d’emballages avait été lancé en 2004 par les pouvoirs publics. Ce système avait pour objectif de réduire la mise systématique en décharge, en commençant par le matériau le plus facile à traiter, à savoir le papier, avant de passer aux plastiques et aux autres composants (verres, bois, aluminium…).
Le principe est simple : un label « Eco-Jem » est octroyé aux entreprises qui contribuent à recycler leurs déchets, soit par leurs moyens propres, par un contrat avec une entreprise agréée de récupération, ou le versement d’une taxe à la structure publique « Eco-Jem», selon le principe du pollueur-payeur, explique un responsable à l’Agence nationale des déchets. Dix ans après, les initiateurs d’Eco-jem sont encore empêtrés dans des opérations pilotes dans les quartiers de Bab ezzouar et Kouba. En cause, un mode de fonctionnent d’Eco-Jem, calqué sur ce qui se fait en Europe, la France notamment, où le secteur de la récupération, du recyclage et de la valorisation des déchets compte prés de 7.000 entreprises et établissements.
Pas de tri à la source
Selon un expert dans le domaine de la gestion des déchets, l’absence de tri à la source est due au manque d’anticipation des responsables pour susciter des vocations et créer un marché de matières premières secondaires. Le projet initié conjointement par, le Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement, en partenariat avec le Ministère de la Solidarité Nationale, pour la création de micro-entreprises de récupération et de recyclage de déchets, dans le cadre du programme « Blanche Algérie » est pour le moment au stade de simple opération pilote à Hussein dey et partiellement à Bab ezzouar. Le déterrement de la vieille « idée » de réaliser une station de transfert à Baraki reste pour le moment, elle aussi, du domaine de l’effet d’annonce.

Un marché dominé par l’informel
Près de quinze ans après la promulgation des textes censés encadrer les filières de récupération et de recyclage, dans le double but de promouvoir une gestion rationnelle des déchets et valoriser des gisements économiques dormants, l’informel et les initiatives individuelles dominent dans le secteur.
Les experts du secteur de l’environnement affirment que les enquêtes de terrain, montrent clairement que le secteur de l’informel, constitué de familles et parfois d’individus qui se regroupent en entités de petites échelles, font travailler des centaines de personnes, au moment où la collecte reste sous contrôle des services communaux ou d’entreprises publiques telles que Netcom pour Alger. Les appoints sont faits par des collecteurs-trieurs dans les décharges accessibles et qui constituent elles-mêmes des points de récupération, à coté des locaux commerciaux ou des marchés.
Les matériaux sont vendus à des acheteurs ambulants. Ces récupérateurs ambulants effectuent aussi des tournées dans les quartiers, afin d’acheter des déchets recyclables collectés par des individus à des prix inférieurs à ceux pratiqués dans les décharges. Ils seront revendus aux industries et aux exportateurs.
Pendant ce temps, chaque année, 700 à 800 millions de tonnes de déchets deviennent des matières recyclées et alimentent le marché mondial, au point où le flux de matières premières s’inverse : Au lieu du classique transfert des matières premières Sud-Nord, ce sont les pays industrialisés qui exportent leurs matériaux de récupération dans les pays du Sud.