Dessin signé

La Défense et l’Intérieur accaparent 32% du budget de fonctionnement total. Le budget d’équipement est en hausse de 41%, ce qui est une bonne chose sous réserve de ventiler cette rubrique pour voir si les segments créateurs de valeur ajoutée durable en sont les bénéficiaires.

 

Dans la loi de finances prévisionnelle pour 2015, les dépenses budgétaires sont évaluées à 8.858,1 milliards de dinars (112,12 milliards de dollars), dont 4.972,3 milliards (62,94 milliards de dollars) pour le budget de fonctionnement, contre 4.714,5 milliards (59,67 milliards de dollars) en 2014, soit une hausse de 5,4%. Dans ce cadre entrent les impacts sur le trésor public de l’abrogation de l’article 87-bis de la loi n°90-11 du 21 avril 1990 relative aux relations de travail (4,25 milliards de dollars à court terme en prenant l’hypothèse modeste d’une augmentation de 7.000 dinars pour les 4 millions de salariés mais cela peut aller vers 12 milliards de dollars entre 2016-2017 selon l’onde de choc sur d’autres catégories de salariés). La productivité du travail suivra-t-elle, bon nombre de PMI-PME ne pouvant supporter les effets de cette décision à moins d’exonérations fiscales nécessaires si l’on veut éviter l’extension de l’informel et la dérive inflationniste par la création massive d’emplois/rente?

Le budget d’équipement, quant à lui, est évalué à 3.885,8 milliards de dinars (49,18 milliards de dollars), contre 2.744,3 en 2014, soit une hausse de 41%. C’est une bonne chose sous réserve de ventiler cette rubrique pour voir si les segments créateurs de valeur ajoutée durable en sont les bénéficiaires. Car les infrastructures, qui ont mobilisé les 70% de la dépense publique entre 2000/2013, ne sont qu’un moyen : c’est l’entreprise qui crée la richesse permanente. 

Les recettes budgétaires, à un cours du baril de pétrole à 37 dollars, sont évaluées à 4.684,6 milliards de dinars, accusant un déficit budgétaire de 4.173,4 milliards de dinars. Paradoxalement la loi de finances prévisionnelle pour 2015 prévoit à fin 2014 66,89 milliards de dollars pour le Fonds de régulation des recettes (FRR) et à fin 2015, un montant de 56,06 milliards de dollars, avec un taux de croissance de 3,42%. Elle prévoit un accroissement des exportations d’hydrocarbures en volume de 3,68%, au moment où les cours en valeur chutent substantiellement, ainsi qu’un taux d’inflation de 3% compressé artificiellement par les subventions et les transferts sociaux. Ces transferts représentent, selon le Premier ministre Abdelmalek Sellal, 60 milliards de dollars ; soit 27,77% du PIB estimé par le FMI en 2013 à 216 milliards de dollars.

 

Les corps de sécurité ont la part du lion du budget de fonctionnement

 

A un cours de 79 dinars un dollar, le budget de fonctionnement dans la loi de finances 2015 est de 62,94 milliards de dollars. Le ministère de la Défense a 13,26 milliards de dollars et le ministère de l’Intérieur 6,95 milliards, soit 20,21 milliards de dollars pour les deux ministères, autrement dit 32% du budget global. Les ministères de souveraineté, la présidence de la République, le Premier ministère, les Affaires étrangères et la Justice ont eu, respectivement, 1,06, 0,45, 0,39 et 0,94 milliard de dollars, soit au total 2,84 milliards de dollars, soit 4,51% du budget de fonctionnement.

Huit secteurs économiques, l’énergie, les finances, le commerce, l’agriculture, le tourisme, la pêche, l’industries-mines et la poste/TIC ont eu, respectivement, 0,55, 1,17, 0,30, 3,22, 0,43, 0,30, 0,67 et 0,05 milliards de dollars, soit 6,69 milliards de dollars représentant 10% du budget. L’éducation nationale, l’enseignement supérieur, la formation professionnelle et la santé ont eu, quant à eux, respectivement, 9,45, 3,80, 0,64 et 4,83 milliards de dollars soit 29,79%. Les départements chargés de l’infrastructure, c’est-à-dire le transport, les ressources en eau, l’aménagement du territoire et les travaux publics, ont obtenu, respectivement, 0,16, 0,26, 0,03 et 0,25 milliards de dollars, soit au total 700 millions de dollars, soit 1,11% du budget. Les autres secteurs, le travail, la solidarité nationale, la communication, les sports et la culture ont eu, respectivement, 2,97, 0,40, 0,23, 0,33 et 0,32 milliard de dollars, soit, au total, 4,25 milliards de dollars soit 6,75% du budget de fonctionnement.

Avec cette loi de finances se pose encore une fois la question stratégique : en cas de baisse des recettes d’hydrocarbures, quelle sera la valeur des exportations en devises sachant que Sonatrach a engrangé 700 milliards de dollars en devises entre 2000 et 2013 et a permis 500 milliards d’importations en devises durant la même période ? L’Algérie peut-elle continuer à fonctionner sur la base d’un cours de 110-120 dollars le baril de pétrole au risque d’épuiser totalement le Fonds de régulation des recettes et les réserves de change d’environ 195 milliards de dollars (non compris les 173 tonnes d’or)? 

 

L’industrie représente moins de 5% du PIB

 

Les exportations d’hydrocarbures représentant, selon les cours, entre 96 et 98% des revenus algériens en devises et permettent d’assurer l’importation de 70% des besoins des ménages et des entreprises publiques et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15%. Le tissu économique algérien global est représenté à 83% par le petit commerce/services avec une dominance de la sphère informelle marchande qui contrôle 40% de la masse monétaire en circulation et 65% des segments des produits de première nécessité. Le secteur industriel représente moins de 5% du produit intérieur brut et sur ces 5%, plus de 95% sont des PMI à organisation familiale peu initiées au management stratégique. Qu’en serait-il au moment où le dégrèvement tarifaire sera zéro en 2020 après l’entrée en vigueur des Accords de libre-échange conclus avec l’Union européenne ? Avec le pic de l’épuisement des hydrocarbures traditionnels horizon 2030, lorsque la population algérienne approchera 50 millions d’habitants, quel sera la trajectoire de la transition et du futur modèle de consommation énergétique ? L’accroissement de la dépense publique et le retour au crédit à la consommation ne risquent-ils pas de gonfler davantage les importations de biens finis ?

En résumé, l’objectif stratégique pour l’Algérie est d’engager des réformes micro-économiques et institutionnelles indispensables, devant réhabiliter l’entreprise créatrice de richesses et son fondement, l’économie de la connaissance. Le défi majeur est de rétablir la confiance, ce qui passe par l’instauration d’un Etat de droit et la démocratisation de la société et par la réflexion aux voies et moyens nécessaires pour contrôler l’entropie actuelle et la réduire à un niveau acceptable.