Rolf Soiron - Bruno Lafont
Rolf Soiron, PDG de Holcim, et Bruno Lafont, PDG de Lafarge (dr)

 

 

Rolf Soiron -  Bruno Lafont

Une mégafusion bouclée en un éclair de temps. Le ciment tient son géant mondial avec le rapprochement entre Lafarge et Holcim, annoncé officiellement ce lundi à Paris. Lafarge tient 40% d’un marché algérien en pleine croissance. Eclairage.

 

Les deux leaders mondiaux du ciment, respectivement le suisse HOLCIM et le français LAFARGE ont convenu des termes d’une fusion entre égaux, qui va propulser les deux géants européens au sommet de l’industrie mondiale du ciment, avec un chiffre d’affaires global qui dépassera les 50 milliards de dollars/an. Du gagnant-gagnant à priori pour les deux groupes « afin de mieux faire face à un contexte de crise et d’après-crise » qui a vu la consommation mondiale baisser sans jamais retrouver son niveau d’avant 2008, la cherté des prix de l’énergie et l’amélioration de la notation crédit de l’enseigne française du ciment sont les autres avantages de cette fusion, soutiennent les analystes. Bruno Laffont le président de Lafarge qui sera aux manettes du nouveau groupe a parlé ce lundi matin à Paris d’une forte synergie qui feront baisser les coûts fixes et variables de la nouvelle entité Lafarge Holcim. Les places boursières ont bien accueilli ce rapprochement négocié et décidé en moins de trois mois. Il permet notamment au groupe Lafarge, en butte à un endettement gênant pour sa croissance dans le monde, d’améliorer sa structure de capital grâce à Holcim.

Pas de droit de préemption à priori

La complémentarité géographique est un des principaux atouts de la fusion, Lafarge et Holcim ne sont réellement en concurrence que dans une poignée d’une dizaine de pays matures parmi les 90 pays où le nouveau groupe se retrouve présent. ll ne devrait pas donc y avoir de conséquences néfastes pour l’emploi en Algérie où Lafarge opère seul. Une situation similaire à celle de la fusion entre les deux leaders mondiaux de la sidérurgie Arcelor et Mittal. Toutefois, à Alger, les téléphones ont sonné à l’annonce spectaculaire de cette mégafusion pour rappeler combien la législation algérienne était en décalage avec ce type d’opération, avec notamment la disposition sur « le droit de préemption » introduite par Ahmed Ouyahia dans la loi de finances complémentaire de 2009. Il faut rappeler ici que c’est suite à l’acquisition sur la bourse du Caire-en décembre 2007-de la filiale ciment du groupe égyptien ORASCOM, que Lafarge est entrée en Algérie, après plusieurs tentatives directes avortées, essuyant la colère des autorités algériennes.

Pas de changement de propriétaire pour Lafarge Algérie

L’offre publique d’échange d’action que va faire, au terme de l’accord de fusion, Holcim aux actionnaires de Lafarge, ne devrait pas constituer « un changement de propriétaires des actifs de Lafarge Algérie », la filiale locale du groupe français, a affirmé a Maghreb Emergent un expert financier proche du dossier Vimpelcom-Orascom, autre affaire où « le droit de préemption » en faveur de l’Etat algérien s’est avéré inopérant.
Six années après son « retour » en Algérie, le groupe français Lafarge est bien implanté avec ses deux usines de Msila et de Oggaz (wilaya de Mascara) et son partenariat avec Groupement industriel des ciments d’Algérie, (GICA, groupe public). Sa production annuelle est estimée à 7 millions de tonnes/an, ce qui représente plus de 40% de parts de marché, contre près 60% de pour GICA. Lafarge Algérie a pu s’adosser à un contexte favorable, avec un marché des BTP dont la demande croit de 8% en moyenne depuis 2006. Le marché algérien du ciment, estimé à 22 millions de tonnes en 2013 n’est pas totalement couvert par la production nationale. GICA importe 3 millions de tonnes/an manquant à l’appel, face à une demande nationale dopée par l’essor des projets immobiliers et les grandes infrastructures publiques. Une demande qui devrait atteindre les 30 millions de tonnes de besoin en ciment à la fin de la décennie.

Un gros renfort pour Lafarge Algérie

Même si elle ne devrait pas apporter de grands chamboulements dans le fonctionnement de sa filiale algérienne, vu la forte complémentarité géographique hors-Europe des deux géants et les nombreuses synergies qu’ils partagent, cette nouvelle de la fusion Lafarge et Holcim devrait être bien accueillie par les propriétaires des usines de Oggaz et Msila, en butte ces dernières semaines à une grève de la faim de 16 ex-employés qui n’a pas su trouver son dénouement depuis le 09 mars. Lafarge Algérie va pouvoir, dans le nouveau groupe effectif en 2015, compter sur un allié de poids ainsi que sur plus de ressources financières et techniques dans le cadre de la politique de croissance du groupe en Algérie. Le groupe Lafarge n’a cependant pas attendu son rapprochement avec son concurrent Holcim pour aller à la rencontre de la demande croissante sur le marché de sa filiale algérienne.
Nouvelle usine avec un investisseur privé
Un partenariat a été signé en 2012 avec l’homme d’affaire Abdennour Souakri, pour la réalisation d’une usine d’une capacité de 2.7 millions de tonnes/an à Biskra, opérationnelle en 2015. Une croissance de marché qu’il n’est pas le seul acteur à anticiper comme le montre notamment l’arrivée en 2014 des sud-africains de la Pretoria Portland Cement Company en joint-venture avec l’algérien SASACE, spécialisé dans l’emballage de matériaux et qui cherche à se diversifier vers l’amont. Leur association donnera naissance en 2016 à une cimenterie à Meghra pour un investissement de 28 milliards de dinars. L’Algérie a vocation de devenir excédentaire dans la production de matériaux de construction dans quatre à cinq ans estiment les acteurs du secteur. La présence dans son économie du futur numéro mondial Lafarge-Holcim parait alors comme un atout pour ajouter rapidement les exportations à l’objectif d’autosatisfaction.