Les impayés associés aux dispositifs gouvernementaux sur la micro entreprise, inquiètent de façon croissante les pouvoirs publics et les responsables des établissements financiers algériens même si ces derniers restent très discrets sur ce sujet. En dépit des dénégations des responsables des agences, c’est un stock représentant l’équivalent de près de 10 milliards de dollars de créances qui serait concerné avec des niveaux d’impayés désormais largement supérieurs à 50 %.

 

Au cours des dernières années, l’Etat n’a pas lésiné sur les moyens, surtout financiers, pour favoriser la création d’entreprise par les jeunes porteurs de projets. Il est incontestable en particulier que les dispositifs en faveur de la micro entreprise ont rencontré un succès important. La «démocratisation» de l’accès aux crédits d’une agence comme l’Ansej, est l’aspect le plus frappant des évolutions des dernières années. Rien que pour cette dernière, ce sont déjà, selon des chiffres communiqués en 2016, plus de 350 000 micro-entreprises et environ 900 000 emplois qui ont été créés depuis 1997.

A l’origine de l’accélération des activités de l’Ansej depuis le début de la décennie en cours, son Directeur général mentionnait les décisions prises en février 2011, qui ramenaient l’apport personnel au niveau symbolique de 1 ou 2% du montant de l’investissement fixé désormais, au maximum, au seuil symbolique de 10 millions de dinars. Autres facteurs ayant contribué à l’engouement pour cette formule : la participation active des banques publiques ainsi que les facilitations dans l’accès aux locaux.

Les micro-entreprises sont-elles viables ?

S’il exerce une influence croissante, et bien visible, sur la société algérienne, l’impact économique réel des dispositifs d’appui à la création de micro-entreprises , qui ont maintenant près de 20 ans d’existence dans le cas de l’Ansej, reste cependant plus sujet à controverse et continue de soulever des interrogations, voire de provoquer un certain scepticisme. Les crédits alloués aboutissent-ils véritablement à la création d’une activité ?

Les “déperditions”, voire les détournements de crédits souvent évoqués par la presse nationale, ont été régulièrement minimisés aussi bien par les responsables des agences  que par les membres du gouvernement. Voici encore quelques années, le DG de l’Ansej assurait que “les micro-entreprises sont de bonnes clientes pour les banques”.

Au mois de mai 2016 le ton avait déjà un peu changé et le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Mohamed El Ghazi, affirmait , de son côté, en menaçant les mauvais payeurs des rigueurs de la loi , que « 80 % des entreprises sont en train de rembourser. Ce qui est déjà un taux important. Il y a 10 à 15 % d’entreprises qui ont des difficultés à rembourser et qui sont accompagnées à nouveau par l’Ansej et la CNAC pour les aider à dépasser la phase difficile ». Plus récemment, c’est de nouveau le DG de l’Ansej qui révisait fortement en baisse ses évaluations et  mentionnait, cette fois, la proportion de « 65 % de micro-entreprises qui remboursent normalement leur crédit ».

Un stock de 10 milliards de dollars de créances

Des déclarations successives qui traduisent manifestement la montée en puissance du   phénomène des impayés… En fait, les trois quart des micro-entreprises en activité  ayant été créées depuis 2011 avec un pic en 2012, le gros des remboursements des crédits, compte tenu des délais de grâce, devait intervenir à partir de 2015 et 2016. C’est donc seulement dans la période la plus récente, que les pouvoirs publics ont pu  mesurer effectivement  l’ampleur des phénomènes de déperditions des crédits. Bien qu’aucune statistique officielle n’ait été communiquée au cours des derniers mois dans ce domaine par les autorités financières du pays, nos sources indiquent que le phénomène des impayés concernant l’ensemble du dispositif gouvernemental de la micro-entreprise est beaucoup plus important que ne le laissent entendre les déclarations officielles.

Selon les établissements financiers (seules les banques publiques sont concernées par le dispositif), la proportion des impayés atteindrait en réalité en 2016 entre 50 et 70%. Le montant total des créances détenues à ce titre dans le portefeuille des banques publiques algériennes s’élèverait pour sa part en 2016 à l’équivalent de plus de 7 milliards de dollars. En ajoutant la part (environ 30 % des crédits) des agences dans le financement de la micro-entreprise c’est un stock de créances de près de 10 milliards de dollars qui serait concerné.

Une réduction générale de la voilure  

Il ne faut sans doute pas chercher beaucoup plus loin que dans ces résultats inquiétants, la cause des évolutions récentes imposées au dispositif par les pouvoirs publics. Elles participent à un processus de réduction générale de la voilure. La première de ces évolutions concerne les effectifs des bénéficiaires. Après un pic de plus de 60 000 dossiers agréés en 2012, ce sont 41 000 micro-entreprises Ansej qui ont été créées en 2014 et seulement un peu moins de 24 000 en 2015, selon les chiffres communiqués à la presse par le DG de l’Agence. Aucun bilan n’est encore disponible pour 2016. 

Une décision annoncée en octobre 2016 s’inscrit dans la même tendance. Elle concernait le gel des financements de l’Ansej pour une liste de 64 secteurs d’activité. Les responsables de l’agence avait fait part à cette occasion de « nouvelles orientations concernant les activités à financer », affirmant que l’Ansej vise « la promotion des entreprises créatrices  d’emplois et la réduction du chômage ». Ces orientations visent  à encourager la création de projets innovants comme dans le domaine des TIC et les start-up, avaient-ils indiqué.

Première tentative de traitement des impayés

Une autre évolution toute récente vise à s’attaquer spécifiquement aux problèmes de remboursement  rencontrés par les bénéficiaires. En se gardant bien de révéler aucun chiffre sur la taille du problème auquel font face les pouvoirs publics, le ministre des Finance a annoncé  jeudi dernier à Alger que les jeunes porteurs des projets en difficulté financière, relevant de l’ Ansej, pourront désormais bénéficier d’un rééchelonnement de leur dette bancaire. Répondant aux questions des Sénateurs, le ministre des Finances, M. Hadji Baba Ammi, a précisé que l’ANSEJ ne disposait pas d’un mécanisme pour traiter les projets en difficulté financière, ajoutant que les banques pouvaient adopter le principe de traitement au cas par cas concernant les dossiers des jeunes porteurs de projets désireux de relancer leurs projets.

Les jeunes concernés doivent répondre à certaines conditions, dont la disponibilité des équipements financés par crédit bancaire au niveau de l’entreprise. « Ces derniers ne doivent pas avoir fait l’objet d’une transaction commerciale », a rappelé le ministre. Le jeune porteur de projet doit également s’engager à rembourser une partie des redevances dont le taux de remboursement sera fixé de commun accord entre le promoteur et la banque. Le dossier en question ne doit pas avoir été transféré au Fond de garantie des crédits (FGAR) pour indemnisation a ajouté M. Baba Ammi.