« Nous avons régulièrement, c’est-à-dire chaque année, 20 milliards de dollars de déficit », assure l’économiste.

Mohamed Cherfi Belmihoub,  Professeur et analyste en économie, alerte sur les dangers qui guettent, à très court terme, la santé de l’économie algérienne. Dénonçant l’option du tout Etat dans la gestion de la chose économique, il remet en cause certaines dispositions comme la fameuse règle des 49/51 et appelle à une régulation saine du jeu économique et commercial que seul peut induire le marché.

L’expert tire à boulets rouges sur la production nationale, car n’étant pas encore parvenue à répondre aux attentes d’un pays en mal d’alternative à l’or noir. Des réserves de changes qui sont désormais en dessous de la barre des 80 milliards de dollars, constituent un sérieux motif d’inquiétude, met en garde l’expert.

« Il faut s’en inquiéter car ce n’est plus une question de stock mais d’évolution de ce stock au cours des années à venir. La situation est préoccupante. Nous avons régulièrement, c’est-à-dire chaque année, 2 0 milliards de dollars de déficit. Les 79 milliards dont on dispose pourront à peine couvrir trois années de commerce extérieur. Il faut s’en inquiéter car trois ans dans la vie d’un pays c’est très court. C’est le très court terme, même ! », a confié M Belmihoub sur les ondes de la radio nationale Alger Chaine III.

Ce dernier rappelle qu’avec  un prix du pétrole à 70 dollars et des importations de l’ordre de 35 milliards de dollars, le pays accusera vers la fin de l’année, quelques 7 à 8 milliards de dollars de déficit. « A condition que la production demeure au niveau actuel ce qui reste aléatoire», Nuance-t-il néanmoins.  Il prévient qu’avec une consommation nationale d’hydrocarbures et de gaz qui augmente de 7 à 9% par an, les capacités exportables auront inéluctablement tendance à baisser. La production en Algérie constitue une préoccupation majeure, martèle M Belmihoub qui rappelle qu’avec 1,90 milliards de dollars de consommation interne par mois, la production globale pose problème.

 « Nous ne nous diversifions pas suffisamment et nous nous contentons d’exporter uniquement du pétrole.  La structure de l’économie algérienne autant que celle de la balance commerciale sont hautement alarmantes et préoccupent au plus points», indique le même intervenant qui n’épargne pas une balance des  services longtemps négligée et fortement déficitaire.

L’Algérie importe de 12 à 15 milliards de services par an. « Nous sommes plus que jamais dépendants des hydrocarbures car nous importons davantage et que la production nationale ne suit pas. On investit peu et on consomme plus. Une croissance démographique (1 million d’algériens par an) non adossée à une production nationale conséquente constitue une bombe à retardement, laisse entendre l’orateur qui estime que  « la croissance économique est faible au regard du potentiel de production du pays et de ses capacités, 2,4% c’est trop bas alors qu’un marché existe. Les usines algériennes ne tournent pas à plein régime», signale-t-il. 

Selon M Belmihoub, le salut de l’économie nationale réside dans la libération de l’investissement, mais également de l’affranchissement des entreprises publiques des tutelles administratives. Il appelle à assainir le secteur public afin que celui-ci ne constitue plus un gouffre financier pour le budget de l’Etat et enfin organiser le marché sur des bases concurrentielles, en le libérant de la main mise des lobbies.