Après l’effondrement des prix du pétrole (à partir de 2014), les autorités algériennes  ont  prôné un nouveau modèle économique  qui assigne à l’agriculture un rôle prépondérant, tout miser sur les produits agricoles pour booster nos exportations hors hydrocarbures afin de réduire les tensions qui s’exercent sur la balance commerciale qui enregistre actuellement un déficit flagrant.

Dans l’état actuel des choses, les produits agricoles peuvent-ils remplir ce rôle ardu ?

Les produits agricoles dans leur diversité, dont des produits bio et ceux du terroir n’ont actuellement aucun nom reconnu, aucune origine certifiée. Ce sont des produits difficilement reconnaissables et par conséquent, ils ne peuvent être exportés vers les marchés extérieurs qui sont exigeants en termes de normes et de certification des produits susceptibles de franchir leurs frontières  et  ‘’figurer’’ sur les étals de leurs marchés.

 L’Algérie recèle de nombreux produits du terroir variés et intéressants,  dont des produits les dattes de Tolga, les olives de table de Sig, l’huile d’olive et les figues de Kabylie, le raisin de table du Titteri, l’abricot et les grenades de Messaâd, la cerise de Miliana et des produits animaux tels que la viande ovine de la race «Ouled Djellel» et «Rembi», basées essentiellement dans les hautes plaines steppiques du Centre ainsi que celle de la race «Hamra» que l’on trouve essentiellement dans l’Atlas  saharien au Sud. On cite notamment le miel de montagne de l’Atlas blidéen. Il est recensé, selon le ministère de l’Agriculture, au moins 87 autres produits potentiels susceptibles d’être labellisés. Tous ces produits ont une très bonne réputation chez les consommateurs nationaux et sont fortement prisés pour leurs vertus nutritives, mais L’économie nationale ne tire aucune plus-value de ces produits aussi bien sur le marché local qu’international

La labellisation prélude à toute promotion des produits à l’exportation

La labellisation consiste en l’attribution  d’un signe distinctif qui permet de valoriser un produit par rapport à un autre en mettant en avant ses spécificités sur la base desquelles le consommateur doit pouvoir le reconnaitre. Ainsi, le label peut être perçu comme étant le symbole du soutien institutionnel de l’Etat à un produit.

Dans le cadre du programme d’appui à la mise en œuvre de l’Accord d’association, signé entre l’Algérie et l’UE en 2005, un projet de jumelage entre l’Algérie et l’Union européenne lancé en octobre 2014 avait pour objectif d’élaborer un dispositif institutionnel et réglementaire devant servir d’outil pour l’organisme chargé de la reconnaissance des produits et leur labellisation en l’occurrence le comité national de labellisation.

Dans le cadre de ce programme,  03 produits agricoles du terroir ont été choisis comme produits pilotes, ‘’ Le label Indication Géographique (IG) pour la figue sèche de Béni Maouche et la datte Deglet Nour de Tolga a été validé par le comité national de labellisation, tandis que celui de l’olive de table de Sig est en phase finale de validation ’’. C’est une affirmation d’un responsable du ministère de l’Agriculture qui date de 2016 !

Il s’avère que les produits agricoles du terroir doivent faire un véritable parcours du combattant pour leur labellisation par le comité national de labellisation des produits agricoles. Cet organisme était prévu par la loi d’orientation agricole du 03 août 2008, consacré par le décret  13-260 du 07 juillet 2013 et installé finalement en juillet 2015. il est composé de représentants des administrations publiques concernées (Industrie, Agriculture, Ressources en eau, Commerce…), d’agriculteurs, d’artisans, d’institutions techniques, de représentants de la société civile et de consommateurs. Sa mission se résume en  l’octroi d’une indication géographique et une appellation d’origine aux produits proposés à la labellisation. Il a aussi à promouvoir le système de labellisation et à assurer sa durabilité.

Pour être compétitifs sur les marchés extérieurs, nos produits agricoles du terroir doivent être produits en quantités suffisantes et avoir une qualité irréprochable, la labellisation leurs conférant la protection et la certification

Le processus de labellisation doit être allégé et fluidifié.  L’assouplissement des procédures administratives y afférentes est primordial.

Le processus doit se réaliser dans les meilleurs délais possibles pour tous les produits, en particulier ceux qui sont susceptibles d’être exportés sous le label de qualité lié à l’origine. Dans cette optique la création d’organismes certificateurs est plus qu’une nécessité.

Aissa Manseur, consultant en agriculture et conseiller à l’export