Renconté aux MED BUSINESS DAYS, organisé ce jeudi à Alger, Jean-Louis Guigou, délégué générale de L’institut de Prospective Economique du Monde Méditerranéen (IPEMED), explique dans cet entretien, le rôle que joue l’Algérie dans le secteur des énergies renouvelable au niveau maghrébin et méditerranéen.

Maghreb Emergent : Votre institution accorde beaucoup d’intérêt au développement du secteur des énergies renouvelables, notamment en Algérie. Pensez-vous que c’est un secteur clé pour développer les échanges en Méditerranée ?

Jean-Louis Guigou : Moi, je m’intéresse aux relations nord-sud notamment celles de l’Europe avec l’Afrique et le Maghreb et j’essaie de voir quels sont les atouts du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie. Il ne faut pas qu’on se focalise seulement sur un seul pays du Maghreb, car un jour tous les pays du Maghreb vont être unifiés.

Donc, pour l’Algérie comme c’est le cas pour le Maroc aussi, c’est l’énergie fossile et renouvelable qui doit se développer, car si vous avez l’énergie vous allez forcément attirer les industries du monde qui ont un grand besoin en cette matière indispensable.

Quels sont les atouts de l’Algérie par rapport aux pays du Maghreb ? 

Le Maroc n’a pas d’énergie fossile mais il a surtout un potentiel dans le secteur des banques des assurances et le tourisme. Pour la Tunisie c’est plutôt la santé, le tourisme et le digital mais c’est un petit pays qui n’a pas beaucoup d’industries. Par contre, en retrouve cette industrie en Algérie.

Mais pour attirer les industriels du monde, il faudrait que l’Algérie ait une politique énergétique très puissante, notamment dans les énergies renouvelables. À travers le déploiement d’un tissu de PME, il est nécessaire de développer largement cette énergie renouvelable avec l’appui des énergies fossiles aussi, pour attirer les investissements.

Comment voyez- vous le développement du secteur des énergies renouvelables en Algérie ?

Le développement de cette énergie renouvelable, Sonatrach le fait déjà. Avant, cette entreprise utilisait le gaz pour éclairer ses usines et maintenant elle a signé un contrat avec l’italien ENI pour mettre des panneaux solaires et économiser ainsi les énergies fossiles pour pouvoir les exporter.

Donc, vu  la raréfaction des énergies fossiles, l’intérêt de l’Algérie aujourd’hui c’est de produire le plus possible de l’énergie renouvelable et garder les énergies fossiles pour les exporter.

Mais l’Algérie a pris du retard par rapport au Maroc en matière d’énergies renouvelables. Mais elle peut rattraper ce retard grâce à son potentiel, et si elle s’y met elle pourra y arriver. Il y a eu un ralentissement dans ce domaine en Algérie il y a un an et demi de cela, mais les choses commencent à bouger un peu.

Il faut rappeler aussi qu’au prochain sommet des chefs d’Etat des deux rives de la Méditerranée, qui aura lieu au mois de juin 2019 en France, l’Algérie a reçu la responsabilité de l’animation d’une réflexion sur l’énergie. Il faut que l’Algérie se saisisse de ce projet et se mobilise afin de proposer des solutions aux pays du bassin méditerranéen dans ce secteur. Il faut que les énergies renouvelables soient au cœur de la réflexion stratégique ; comment produire cette énergie ? Comment la distribuer ? Comment s’industrialiser, etc.

Il faut que le cœur de la Méditerranée occidentale-Algérie, Tunisie, Maroc, France, Espagne et Italie- arrive à faire une proposition pour constituer un institut euro-méditerranéen des énergies renouvelables. Il faut créer une grande société euro-arabe avec Sonatrach et Engie, par exemple, pour que ce groupe de pays soit leader dans les énergies renouvelables face aux Chinois et aux Américains.