Le 22 Février 2019 le peuple Algérien a décidé, dans son unité absolue et dans toute sa composante, de braver son destin façonné et livré jusqu’alors par ses gouvernants.

Ce magnifique élan résultant de cette dynamique populaire que vit en ce moment même le pays, s’est accompagné d’une remarquable action écologique hautement parabolique. C’est pourquoi il m’est apparu évident de titrer cet article de la sorte, car nous constatons partout des campagnes de nettoyages, des rues, de quartiers, des plages et j’en passe, après les manifestations. A telle enseigne qu’un Algérien vient de remporter une reconnaissance internationale pour son idée d’avoir purifié son espace. Cette opération a été relayée par des sites, télévisions et réseaux sociaux et l’idée s’est propagée mondialement, faisant même des émules.

L’Algérien, manquant d’estime de soi, et se croyant la risée du monde, se retrouve tout à coup propulsé sur le devant de la scène, pour souligner son attitude exemplaire doublement symbolique. C’est ainsi considéré comme une population, sans but, sans avenir, canalisée et orientée comme un troupeau de moutons, par des manipulateurs à la solde d’un complot historique contre la nation. Le peuple algérien a dit NON à ses détracteurs en voulant recouvrer son honneur et sa dignité pour lesquelles se sont sacrifiés un million et demi de martyres. « Si nous venions à tomber en martyrs défendez nos âmes ; nous avons été créés en vue de mourir et afin que des générations nous succèdent pour poursuivre le chemin tracé, + maintenir le Cap, je dirais, traduction de l’Arabe vers le Français+ » Larbi Ben M’hidi

Comment en est-on arrivés là ?

1 – Est-ce la fin d’une génération qui n’a pas su embarquer l’Algérie au 21ème siècle (vieillissement du personnel politique omniprésent depuis des décennies pour certains) associée à la fin de la légitimité révolutionnaire incarnée par le système ?

2 – Le système de gouvernance n’a-t-il pas été rattrapé et dépassé par le phénomène de la Mondialisation de l’économie? N’est-il pas coupable d’avoir privilégié les partenaires étrangers au dépend de son propre peuple, ne sachant pas gérer l’équilibre, pensant peut-être  qu’il avait les coudées franches et que notre pays ne se soulèverait jamais, sidéré qu’il était par la décennie noire et le spectre de la guerre civile ? Ou alors le système politique n’a-t-il pas mesuré l’indicateur PEUPLE, ce paramètre primordial dans l’équation EXERCICE DU POUVOIR ?

3 – Les effets de pressions conjoncturelles géostratégiques que subit l’Algérie ont-ils pesé ?

4 – Est-ce que ce sont les luttes intestines fortement perceptibles ces derniers temps, entre les clans au pouvoir qui ont engendré cette situation ?

5 – Ou tout simplement une gabegie totale marquée par un amateurisme persistant quant à la gestion des affaires de l’état ?

Il est de notoriété que notre pays dépend essentiellement de ses ressources naturelles et son budget émane à hauteur de 60 % des recettes fiscales des hydrocarbures. Or, depuis le deuxième semestre 2014 le pays est entré dans une situation de grande instabilité financière en raison principalement de la baisse des cours pétroliers : Entre juillet 2014 et février 2016 le cours du Brent a baissé de plus de 65 %, passant de 110 à 35 $ le baril. Péril en la demeure. Depuis cette date, nous observons d’année en année un déficit budgétaire récurent, secourue par le FRR ensuite par les réserves de change, cumulées durant les années fastes, et ce jusqu’à aujourd’hui. Ce déficit devrait se poursuivre jusqu’à épuisement des réserves de change – estimées à 85 milliards $ en fin 2018 – prévu pour 2023 (pour un prix de baril oscillant entre 60 et 80 $).

Des modèles de croissance ont été échafaudés afin de développer l’économie nationale et lui permettre de s’ouvrir et de se diversifier pour réduire, voire cesser, cette dépendance vis à vis des ressources naturelles brutes en érigeant une économie de production. En vain. Le projet  peine à démarrer.

Si l’on examine les trois derniers budgets, l’on constate que les subventions continuent à augmenter  au détriment d’autres postes susceptibles de créer le sursaut économique. La politique préconisée, n’est donc pas franchement et clairement induite en direction d’un renouveau économique à même de corriger la situation et que le pays ne peut maintenir, faute de ressources

Tableau des indicateurs clés de l’économie algérienne

                 Année   Désignation 2014 2015 2016 2017 2018
Population au 31/12 39 300 427 40 054 209 40 822 449 41 605 424 42 403 416
PIB 214 167 161 168 174
PIB per Capita 5 459 4 182 3 952 4 072 4 136
Croissance du PIB 3,8 3,9 3,4 2,9 2,6
Croissance du PIB HH 5,1 4,8 4,4 3,2
Déficit BTC* -3,65 -22,16 -22,69 -20,96 -16,92
Endettement de l’Etat % PIB 8,79 10,19 20,440 27,45 32,88

Source : ONS – FMI

*BTC : Balance des transactions courantes

Ce tableau nous renseigne sur la situation agrégats macroéconomique depuis 2014 :                                  nous remarquons que si le déficit diminue légèrement, ce n’est que le reflet de restrictions des importations qui concernent aussi les intrants, hypothéquant par là même le fonctionnement efficient du secteur industriel, son développement et sa croissance et par voie de conséquence l’impact direct sur la valeur ajoutée ou PIB et l’emploi. L’endettement du trésor public se creuse d’une manière inquiétante, notamment après le choix inévitable de recourir à la planche à billet pendant 5 ans.

Cette politique économique a été très mal inspirée, privilégiant la fermeture et la paupérisation en ne tenant pas compte d’une croissance démographique soutenue : nous serons 50 millions d’habitants en fin 2028. Cette population a besoin de travailler et créer la richesse autour d’entreprises productrices. Aucune indication factuelle ne semble se dessiner au vu du fait économique actuel.

1 – Conflit générationnel :

Les Algériens nés en 2000 ont atteint leur majorité ;  ils sont pour la plupart,  demandeurs d’emploi, ou déjà travailleurs. Cette jeunesse ne connait ni la guerre de révolution, ni octobre 1988 et ni les années meurtrières de fin de siècle. Ce sont ces jeunes qui sont en majorité sortis dans la rue, revendiquer une nouvelle Algérie, un pays qui corresponde à leurs aspirations et leurs attentes. C’est cette jeunesse-là qui a pris son destin en main et a bravé la peur entrainant avec elle tous les autres algériens, longtemps en état de sidération par peur de revivre les terribles années 90. Il est utopique de penser que la légitimité révolutionnaire puisse avoir encore de l’avenir, ces principaux artisans ayant pratiquement disparus et ceux qui veulent la perpétuer se sont trompés de piste car celle-ci est désormais sans issue. Les paradigmes changent au fil des ans et nul ne peut ramer contre le temps générationnel. Ce conflit a atteint à présent son paroxysme. Le 22 Février la nouvelle génération s’est affirmée et son existence s’est gravée dans le contexte, effaçant dans son sillage la revendication révolutionnaire désuète et muette, ouvrant la voie à des aspirations de liberté et de démocratie. 

La  génération de révolutionnaires a raté sa seconde révolution en 1962 le pouvoir ayant été usurpé engendrant l’inhibition de toute initiative de démocratisation du jeune pays Algérie, et ce en dépit de la plateforme de la Soummam et du congrès de Tripoli par ceux-là même qui ont perpétué cette culture et qui n’ont pas su se rattraper à la fin de leur existence. Ils auraient pu passer le relais, ils ont préféré en découdre.  

Cette génération oublie que nous sommes en 2019 et que le monde a mué ; nous évoluons dans la planète globale, fermer et limiter la mobilité de toute une population est devenu inconcevable et inadapté aux réalités de ce nouveau monde.

La fraicheur, la contemporanéité et l’ouverture grâce au TIC a eu raison de cette génération finissante rusée et fourbue. Quelle que soit l’issue de ce mouvement la légitimité révolutionnaire est enterrée et finie.  

2- le pouvoir équilibre entre les forces internes et externes :

Au lendemain de la chute du mur de Berlin le pouvoir Algérien avait commencé à composer manifestement avec les pays vainqueurs du nouvel ordre mondial, il y allait de sa survie et sa continuité. En plus des « printemps arabes », les plans GMO des Etats-Unis d’Amérique et l’Otan ont bien ancré cette vision des choses au sein du régime algérien.

 A l’effet de vouloir pérenniser le système, le régime politique algérien paraissait prêt à brader les richesses du pays pourvu que son intégrité ne soit pas menacée. Chemin faisant, cette manière de faire s’est aggravée à mesure que grandissait l’appétit des gendarmes de ce monde, au point qu’aucune remise en cause n’était envisageable. C’est le serpent qui se mord la queue !

En conséquence de quoi le régime, le « Nidam », est pris de court et ne peut en effet satisfaire la population algérienne, affichant ainsi que seule sa pérennité compte le plus et rien d’autres. Les subventions ne peuvent contenir les besoins de l’Algérien dans son quotidien et rien ne peut répondre à ses attentes croissantes, ceci dans une situation de crise caractérisée par une incapacité à booster l’économie nationale. Scruter les cours du pétrole, se contentant de quelques tentatives sans grands résultats, privilégiant la tactique et le petit jeu au lieu d’aller vers de grandes inflexions visant à revoir tous les paradigmes du soubassement économique algérien et emprunter de véritables sentiers constructifs et libéralisateurs d’initiatives. Je pense au montage des véhicules, je pense au gaz de schiste, je pense aux autorisations d’activités, je pense au blocage de certains projets sans justifications en même temps qu’on en favorise d’autres, je pense au clientélisme affairiste, je pense aux  fausses  voire non déclarations des statistiques…et je pense à toutes les exclusions d’une manière générale.

Le politique se doit de gérer et d’assurer les équilibres que lui impose son environnement. Nous évoluons dans une région où l’Algérie peut et doit jouer un grand rôle. à certains égards, le pouvoir politique a bien géré la menace terroriste jusqu’à présent. Nos frontières poreuses ont pu être relativement maitrisées malgré tous les dangers qui guettent notre pays. Le régime actuel s’est bien appliqué à satisfaire l’Europe et l’occident en général et quelques pays amis comme la Russie et la Chine en leur assurant sécurité, stabilité et projets de réalisation d’infrastructures, estimant que c’était l’unique déterminant pour son maintien. Résultat l’équilibre supranational a bien été négocié mais pas le national ou aucun projet concret ne figurait sur les tablettes du régime. Conséquence directe et logique.  Le 22 Février !

3- La géostratégie et globalisation :

La mondialisation a permis la mobilité des personnes, des marchandises, des capitaux, du savoir-faire et de la communication. Dans ce contexte, les pays fermés ne peuvent résister à la libération des forces internes et des idées, la mondialisation reposant essentiellement sur la communication à travers différents supports électroniques. C’est de cette manière qu’est rendu possible l’échange global, par la célérité des traitements quelles que soient les distances. La data est devenu la monnaie d’échange entre les habitants de la planète terre. Ne pas adosser ces pratiques d’une manière claire et définitive renvoie à dire que nous nous excluons du jeu. Or notre pays de par sa position géographique est au centre de beaucoup d’intérêt et devrait s’impliquer d’une manière effective dans cette vision globale d’autant plus que nos populations tout comme toutes autres par ailleurs aspirent à inter-changer avec le monde et l’empêcher consiste à enfreindre à la bonne marche de la roue « globalisation ». Satisfaire géo-stratégiquement ses partenaires et fermer la route à ses populations relève de l’absurdité, couper l’internet et ruser sur l’utilisation de TIC, le e-paiement, empêchant ainsi les algériens de participer à cette manœuvre planétaire constitue aussi un facteur majeur ayant déclenché cette révolution. La géostratégie dans la globalisation ne se résume pas uniquement au déploiement et à la défense de l’intérêt autour de soi, c’est aussi libérer ses propres richesses et initiatives pour les mettre aux profits de ceux qui veulent composer et collaborer avec les autres. Fermer ses frontières, son patrimoine immobilier, l’investissement et son capital aux étrangers ne peut augurer d’horizons radieux.

L’algérien veut aussi fréquenter des marchés comme les GAFAM, Ali baba et bien d’autres, veut acheter ses effets via l’e-paiement sur la toile. Nous en sommes aux balbutiements a peine ou nous nous lançons dans ces pratiques alors que le monde est hyper interconnecté.

 4- les luttes claniques au centre du pouvoir

Cette lutte intestine et acharnée qui ne dit pas son nom, se déroule en silence depuis l’indépendance de l’Algérie ; la course au leadership est de mise, chaque partie essayant de gagner de l’espace et de s’affirmer pour s’inviter dans les centres les plus restreints de décisions. Il n’en demeure pas moins que les clans au pouvoir se serrent les coudes dès que le régime est menacé. Seulement cette fois-ci le président étant malade et diminué, l’opacité qui l’entoure crée un trouble, une gêne et finalement une exaspération voire des velléités au sein des clans adverses de s’imposer ; Ne comprenant pas trop le sens de l’orientation, commençaient à engendrer alors des tensions. Nous avons vécu plusieurs sagas, notamment durant l’été 2018. Ces distensions ne sont pas restées sans impacter voire encourager le « Hirak ». Il n’est d’ailleurs pas a écarté que le ou les clans adverses se soient impliqués pour le susciter, pour en découdre à travers ce mouvement.

Il est important de souligner en toutes circonstances que l’origine de ces rivalités découle et dépend des dividendes auxquels s’est habitué cette caste au pouvoir et le niveau de recouvrement de chacun d’entre eux.

5- Gabegie et mauvaise gestion à tous les niveaux :

Il est vraisemblable que les compétences se raréfient côté exécutif, et nous avons l’impression qu’il n’existe qu’une et unique instance qui élabore des stratégies, invitant le reste des corporations de l’Etat de les décliner en actions. La plupart des ministres proviennent des corps des walis.

Le rôle du wali est d’exécuter dans sa localité le programme du gouvernement, au moyen de textes proposés par le gouvernement et entériner par les deux chambres. Une fois ministre il lui incombe le rôle de proposer des dispositions règlementaires et textes de lois pour la bonne marche de son secteur. Cet exercice est quasiment absent, mis à part quelques ministres chevronnés minoritaires qui sont généralement des spécialistes de leur secteur, leur statut de technocrate ayant été privilégié.

Cette méfiance publiquement affichée et prononcée envers l’exécutif renvoie à un sentiment de mépris. Résultat : la plupart des fonctionnaires de l’Etat aux postes de ministres ou à des postes subalternes savent qu’ils n’ont pas les coudées franches pour élaborer des politiques de développement de leurs secteurs comme ils se doivent de le faire, et versent donc dans l’affairisme et les relais de lobbys pour se maintenir et continuer de profiter de leurs statuts inespérés.

De ce fait, nous ne pouvons prétendre à l’aboutissement de grandes compétences quant à la gestion des affaires de l’état ; ainsi l’effet boomerang atteignant l’ensemble de l’administration, a produit des distorsions à tous les niveaux. Aujourd’hui, en Algérie, aucun dossier important n’est traité sans le recours à la corruption ou au passe-droit. Cette situation bloque notre économie à un point inimaginable de telle sorte que même les directives émanant du sommet de l’état peinent parfois à s’exécuter.

  Conclusion :

Tous ces faits, produit d’une situation délicate que vit l’Algérie ont mis à rude épreuve le régime politique. Il a eu beaucoup de mal et n’a pas pu recréer les équilibres. Il faut dire aussi que le système est passé à côté de beaucoup d’occasions manquées. Il n’a pas eu le temps non plus de voir venir ces paramètres cachés ou parfois sous-estimés ou alors pensant les maitriser et qu’au fond la réalité est autre. Il est vrai que le pays vit dans un espace géographique très délicat, depuis 8 ans la guerre de Libye et celle du Mali. Il aura fallu une grande vigilance et une grande lucidité pour préserver cette stabilité et la sécurité couvrant l’ensemble du territoire national.

Le Hirak n’est que le produit de conséquences malencontreuses produites à leur tour par le système lui-même. Aujourd’hui cet éveil tant attendu de tous les Algériens est en train de nous éblouir tous, ainsi qu’à travers le monde entier. Une révolution pacifique calme et sereine difficile à déstabiliser quand nous évaluons le degré de détermination qui anime chaque Algérien jaloux de sa partie, de son honneur et sa dignité. Ce sursaut qualitatif ne pouvait se produire qu’en Algérie, pays de contrastes et de grands défis. Nous assistons à une unification des esprits, à des intelligences échangées, à de la créativité, à un bonheur entre populations. Chacun veut assurer ses responsabilités, chacun veut assumer la reconstruction de l’Algérie.

Cet élan doit être mis à profit de toutes les grandes manœuvres à venir dans le but de penser l’Algérie 2.0 

Vive l’Algérie VIVA !

Djamal- Eddine BOU ABDALLAH

Citoyen fier Algérien