L’actualité de la semaine politique a été plus fournie que d’habitude. Plus clivante aussi. Résultat un café presse politique tout feu tout flamme.

 

Le café presse politique de RadioM n’était finalement pas si enchanté que cela de retrouver son thème de prédilection : l’absurdité du 4e mandat de Abdelaziz Bouteflika. « Les Algériens sont agacés par ce sujet » de l’indisponibilité chronique du président de la république qui a fait annuler la semaine dernière la visite à Alger de la chancelière allemande Angela Merkel. «Ils en ont honte » surenchérit Abed Charef « on devrait nous même cessé d’en parler ». Akram Kheraif a tenté d’éclairer ce nouvelle épisode des absences présidentielles en rapportant des sources ouvertes selons lesquelles « il semblerait bien que le président n’a pas été évacué », et que nous sommes dans le scénario d’une bronchite aigue qui jusqu’au bout pouvait être surmontée mais qui s’est avérée être handicapante au dernier moment. Fallait il pour autant demander le report de la venue de « la femme la plus puissante du monde ? » selon la question de Khaled Drareni, à la manœuvre du CPP ? « peut-être que non, selon El Kadi Ihsane, puisqu’il ne s’agissait pas d’une visite d’Etat et que sur le plan protocolaire Mme Merkel n’est pas chef d’Etat et son homologue est le premier ministre Abdelmalek Sellal ». L’intérêt du pays aurait d’ailleurs recommandé de passer outre l’indisponibilité du président Bouteflika, compte tenu de l’agenda chargé de cette visite. « Mais Bouteflika voulait visiblement être sur la photo à côté de Merkel » conclut El Kadi Ihsane. Les autres pistes qui peuvent justifier ce « report » de toute dernière minute (deux heures avant l’envol de Merkel pour Alger), sont évoqués pour les uns balayés – problème protocolaire sur les thèmes à traiter notamment les sujets domestiques algériens qui fâchent, refus allemand de traiter (Khraif) – les autres scrutés « Merkel a déjà rencontrer Sellal à Berlin et cette fois elle voulait rencontrer quelqu’un qui décide » (Charef). Pour Said Djaafer le pouvoir a tort de sous-estimer la pesanteur de cette situation sur les Algériens.

Pourquoi l’Algérie a t’elle acheté tant d’armes ?

Le chef d’Etat major vice ministre de la défense, le général Gaid Salah, lui voyage. Il était à Abu Dhabi, cette semaine, pour le plus grand salon d’armement du monde. Au moment ou justement, un classement situe l’Algérie au 5e rang mondial des importations d’armes sur les cinq dernières années, tandis qu’un Think Tank évoque l’accélération de l’effort d’armement au Maroc pour les cinq prochaines années. « Il n’y a pas de compétition en l’Algérie et le Maroc sur ce terrain là » aux yeux de Akram Khraif éditeur de secret difa3 site spécialisée dans l’armement et la géostratégie. L’écart des dépenses des deux pays ne les situent pas d’ailleurs à la même échelle : 10 milliards de dollars en moyenne annuelle pour l’Algérie contre 3 milliards de dollars pour le Maroc. Mais alors pourquoi l’Algérie dépense t’elle autant pour son armement ? « Cela est complétement incohérent avec sa doctrine de non intervention. C’est comme si l’Algérie s’équipait en armes pour poursuivre une guerre intérieure qui est pourtant supposée être terminée depuis longtemps » s’élève El Kadi Ihsane ; « c’est du gaspillage, et cela doit cesser ». Said Djaafer se félicite que les efforts d’armements de l’Algérie et du Maroc n’annoncent pas pour autant un conflit armé entre les deux pays « aucun intérêt pour le Maroc et vice versa », mais il préfère comprendre le point de vue officiel sur ce niveau d’achat d’armement. « Il se justifie selon eux, par le niveau des menaces extérieures ». Pour Abed Charef l’Algérie construit un projet de puissance régionale et se prépare à être dans 15 ans le premier interlocuteur des occidentaux pour cette partie de l’Afrique ce qui peut expliquer le plan d’équipement militaire en cours depuis plusieurs années. « Je ne vois pas ou est le projet de puissance régionale de l’Algérie » affirme El Kadi Ihsane, qui rappelle que l’Algérie ne s’engage pas à construire une force d’intervention régionale sous l’égide de l’Union Africaine, ce qui donnerait plus de sens à sa frénésie d’achat d’armement. « La transparence sur les transactions de l’armée est un tabou » qui résiste au temps en Algérie. Akram Kheraif a apporté cependant un éclairage sur le plan d’équipement de l’armée qui selon lui vise à combler le sous-investissement des années 90. « Une fois ce renouvellement des armes terminé vers 2020-2022, je m’attends à ce quel le budget d’équipement de l’armée baisse sérieusement ».

Le CPP s’emballe sur le révisionnisme Bengana

Le CPP a t il dérapé dans sa deuxième moitié d’émission dédiée à la polémique Bachagha Bengana ? D’entrée Akram Khraief a utilisé l’expression « crapules » pour qualifier les deux aïeuls de Feriel Furon, celui décédé en 1945 et le fondateur plus ancien du fief des Bengana en 1839 dans la vallée de Oued El Arab au sud des Aures. Pour Said Djaafer, le vrai scandale est bien la promotion faite sur une chaine Tv du service public, par Feriel Furon à son livre réhabilitant son aïeul, honni par l’historiographie de la résistance au colonialisme. Est ce pour autant le signe que nous sommes face à une montée du révisionnisme sur l’Histoire coloniale en Algérie, adoubée par les officiels ? Abed Charef ne le pense pas et préfère la thèse de la « bêtise professionnelle » à la télévision publique, avant de se raviser, en bon complotiste qu’il se revendique être, pour ne pas écarter « l’acte délibéré » à des fins qu’il conviendra d’investiguer dans les prochaines jours. Et le débat sur l’Histoire ? El Kadi Ihsane propose de le mener avec sérénité car selon lui « l’Algérie est suffisamment mature et consolidée dans son indépendance pour pouvoir regarder les versions différenciées sur son histoire », même si elles viennent heurter notre relation fondatrice avec l’épopée des résistants au colonialisme. «Les crimes des Bengana contre les Algériens sont connus. Comment Feriel Furon essaye de les recycler dans une autre histoire de la résistance algérienne à la France ? Cela m’intéresse de le lire».

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