Image: Aboubaker Khaled pour Maghreb Emergent

Des dizaines de milliers d’Algérois ont interrompu leur long week-end de l’Aïd pour venir scander à nouveau leur volonté d’un changement démocratique radical pour leur pays.

Entre l’annonce de son maintien « contraint » à la tête de l’Etat et son appel au dialogue, les manifestants ont réagi aux deux contenus du discours de Abdelkader Bensalah ce vendredi après-midi dans le centre d’Alger. Les mots d’ordre dégagistes ont continué à dominer l’expression populaire. Ils visent depuis le début du ramadan, Ahmed Gaid Salah en premier. Mais le thème du départ des deux « B » restants, Abdelkader Bensalah, chef de l’Etat, et Nourredine Bedoui, Premier ministre, quelque peu éclipsé par celui du chef d’Etat-major, est revenu en force ce vendredi.  Parfois comme préalable au dialogue. Car la nouveauté est là. Sur la rue Hassiba Ben Bouali en particulier, plusieurs panneaux ont répondu à l’offre de dialogue contenue dans le discours du président de l’Etat du jeudi soir.  « Désigner des personnalités nationales  pour conduire le dialogue », ou encore  « Oui au dialogue, après votre départ ».  

Les Algérois étaient nombreux à débattre de cette question du dialogue. Pour Salah, 53 ans venant de Hussein Dey avec un groupe d’amis, « si seulement Bensalah avait fait allusion aux modalités pratiques de ce dialogue et à des mesures d’apaisement pour le rendre possible. Rien. C’est comme si derrière lui on ne veut pas le laisser prendre la moindre initiative d’ouverture pour sortir de l’impasse ». Ce point de vue, selon lequel l’offre de dialogue était « trop vague pour être crédible » était largement partagé dans les forums de discussion entre la Grande Poste et Place Audin.

Les mots d’ordre de « pas de dialogue » ont également été scandés par quelques carrés, en particulier de jeunes des quartiers périphériques moins présents durant le mois du jeûne, auteurs d’un retour tonitruant dans le cœur d’Alger ce premier vendredi de Iftar. Si l’offre de dialogue de Abdelkader Bensalah, plus insistante que celle à laquelle a fait furtivement allusion, il y a deux semaines, son chef d’Etat-major, visait à diviser le mouvement populaire entre pour et contre, l’effet est manqué.

Un premier ministre proche du Hirak 

Les Algérois, très combatifs ce vendredi, ont pour leur grande majorité répondu dans leur propre agenda « Pas d’élections organisées par El Isaba. Pas de transition dirigée par les figures du système ». Cela n’exclu pas le dialogue. Mais en pose le cadre en dehors duquel la réponse populaire sera encore et toujours défiante.

 Dans un tel contexte, l’une des mesures de début de retour à la confiance  serait de « nommer tout de suite une personnalité proche du hirak à la tête du gouvernement de la transition », propose  Malik, 38 ans de profession libéral.  C’est sans doute aussi une autre évolution des revendications des manifestants, exprimées dans plusieurs panneaux. « Le gouvernement d’abord, le dialogue ensuite ».

La pression sur le Premier ministre Nourredine Bedoui était montée de plusieurs crans après l’échec de l’organisation des élections présidentielles prévues pour le 04 juillet prochain.  Les mots d’ordre de la rue exigent son départ comme premier gage de bonne volonté pour parler de la suite. Cela pourrait finir par se faire et obliger formellement le président de l’Etat à sortir de la Constitution en nommant un nouveau Premier ministre. Puisque la situation exceptionnelle qui a justifié par le Conseil constitutionnel son maintien à la tête de l’intérim va également  exiger cela. Les Algérois ont reconduit  spectaculairement leur feuille de route en lui ajoutant des modes opératoires pour aller de l’avant. Ils ont parlé. Comme leurs concitoyens des autres villes du pays, ils attendent.