Jean Claude Dauphin, chef de la mission du FMI
Jean Claude Dauphin, chef de la mission du FMI

La principale conclusion de la mission du FMI à Alger   a de quoi surprendre plus d’un observateur. « Trop abrupte », disent les experts venus de Washington à propos de la stratégie de réduction à moyen terme des déficits.

 

La mission  du Fonds monétaire international (FMI) dirigée par M. Jean-François Dauphin , qui vient de passer  deux semaines  à Alger (du 7 au 20 mars),  a rencontré beaucoup de monde :le Ministre des Finances et le Gouverneur de la Banque d’Algérie  bien sûr, mais aussi  le Ministre de l’Industrie et le Ministre du Commerce (par intérim). Les experts du FMI ont même tenu à  rencontrer  Mme  Nouria Benghebrit ;  sans parler de « nombreux  cadres supérieurs du gouvernement et de la banque centrale ainsi que  des représentants des secteurs économique et financier et de la société civile ».  De quoi a-t-on parlé  ? C’est le communiqué officiel qui le dit de façon très claire : « Les entretiens ont porté sur l’ensemble des mesures appropriées pour faire face à la baisse des cours du pétrole ».

Comment faire face au choc pétrolier ?

L’équipe du FMI est arrivé sur ce chapitre  à une conclusion générale qui sera surement jugée  très réconfortante par le gouvernement algérien :« Les efforts d’ajustement au choc pétrolier se poursuivent. Les autorités algériennes ont réduit de façon notable le déficit budgétaire en 2016 et ont adopté un ambitieux plan de redressement des finances publiques pour la période 2017-19. Elles ont progressé dans l’amélioration du climat des affaires et œuvrent à une stratégie à long terme pour transformer le modèle de croissance du pays de manière à promouvoir l’activité du secteur privé et la diversification de l’économie. La banque centrale adapte ses instruments de politique monétaire au resserrement des conditions de liquidité. Cette dynamique croissante de réformes est bienvenue ».

 On pourrait donc penser que pour le  FMI :« tout va très bien », puisqu’il  « endosse » en quelque sorte les réformes annoncées par le gouvernement algérien depuis un peu plus d’un  an et accorde, suivant une formule consacrée de longue date  par  les  médias nationaux , un « satisfecit » aux autorités algériennes dans ce domaine en précisant que le déficit budgétaire a été réduit de façon notable l’année dernière ( on aurait aimé avoir un chiffre ,qui n’a pas encore été révélé ,sur le niveau du déficit enregistré en 2016). L’équipe du FMI  félicite également les autorités algériennes , ainsi que Mme Lagarde en personne l’avait  déjà fait à Tunis voici quelques semaines,  à la fois pour la nouvelle trajectoire budgétaire 2017-2019 et l’élaboration d’un « nouveau modèle de croissance ».

« Eviter une réduction trop abrupte du déficit des finances publiques »

Les bémols introduits   par les experts du FMI viennent un petit peu plus tard et ne vont pas forcément dans le sens auquel on aurait pu s’attendre. En effet pour l’équipe dirigée par Jean Claude Dauphin « Le défi à ce stade est de choisir une combinaison de politiques économiques qui facilite l’adaptation durable de l’économie au choc pétrolier, au moindre coût en termes de croissance et d’emploi ».  Il est donc pour les experts du FMI « important d’éviter une réduction trop abrupte du déficit des finances publiques, pour atténuer le risque d’un très fort ralentissement de la croissance. De l’avis de la mission, étant donné le niveau relativement bas de la dette publique, l’Algérie pourrait se permettre d’engager un redressement un peu plus progressif des finances publiques que ne le prévoit le budget à moyen terme actuel ».

Les choses sont donc bien claires et la conclusion est assez paradoxale du point de vue des analyses produites couramment dans notre pays à propos des recommandations du FMI. Les experts venus de Washington trouvent que le gouvernement algérien va actuellement trop vite dans la réduction des déficits aussi bien du budget de l’Etat que du compte courant extérieur et qu’il devrait privilégier une démarche plus progressive dans le but de ne pas pénaliser la croissance économique hors hydrocarbures. « L’activité économique, précise la mission du FMI, a été globalement résiliente, mais la croissance s’est ralentie dans le secteur hors hydrocarbures sous l’effet de la réduction des dépenses de l’Etat et est estimée à 3,4 % pour 2016 ».

La faiblesse de l’endettement,  principale marge de manœuvre

Comment ralentir  le rythme de réduction des déficits puisque c’est de cela qu’il s’agit ? Rappelons d’abord que, pour ne parler que du déficit du budget de l’Etat , que  ce dernier a atteint un niveau record et historique de près de 16 % du PIB en 2015 .La trajectoire budgétaire définie par les autorités algériennes dès 2016  et précisée par la loi de finance pour 2017 prévoit, grâce notamment  à une forte réduction des dépenses, de ramener ce déficit autours de 7 % du PIB  dès 2017 et à moins de 2% du PIB en 2019 .

Trop rapide, nous dit donc le FMI, l’Algérie dispose de « marges de manœuvre » qui lui permettent d’adopter une démarche moins risquée pour la croissance .Quelles sont ces marges de manœuvre ? .Les experts du FMI les désignent explicitement .Le gouvernement algérien devrait   « prendre  en considération une gamme plus large d’options de financement, y compris les emprunts extérieurs et la cession d’actifs publics ». La dette publique algérienne, bien qu’  elle « ait augmenté », ainsi que le signale le FMI, reste encore particulièrement modérée et est estimée actuellement à 12 % du PIB .Quand à la dette extérieure, elle ne dépasserait  pas 3% du PIB selon les derniers rapports de la Banque D’Algérie. Le FMI recommande donc clairement de poursuivre et d’amplifier la démarche amorcée en 2016 qui a conduit à l’émission, en interne, d’un premier emprunt d’Etat  et à l’obtention d’un prêt de 1 milliard de dollars auprès de la Banque Africaine de Développement. C’est surtout le levier de l’emprunt extérieur que le FMI conseille d’utiliser au cours des prochaines années.

Aligner  le dinar sur la « situation fondamentale de l’économie »

S’ils trouvent que le gouvernement devrait ralentir sa démarche de réduction des déficits, les experts du FMI sont manifestement en revanche plus que sceptiques à propos d’une  gestion de la monnaie nationale qui a conduit, depuis Juin 2016, à stabiliser complètement la valeur du dinar par rapport  au dollar et à l’euro. « Les politiques monétaire, financière et de change devront soutenir l’ajustement. La poursuite des efforts en vue d’aligner le dinar sur la situation fondamentale de l’économie, combinée à des mesures visant à la résorption du marché des changes parallèle, favoriserait l’ajustement budgétaire et extérieur ».C’est clair pour les experts du FMI , il faut poursuivre la dévaluation du dinar qui avait  été entamée en 2015 et qui a valu leur poste en juin dernier au tandem Benkhalfa –Laksaci. Ils auront surement beaucoup de mal à être entendu sur ce chapitre par le gouvernement.