Le jeune Tunisien incarcéré en Algérie Moez Bennecir.

 

La chambre d’accusation près le Tribunal Abane Ramdane a décidé aujourd’hui dimanche de maintenir en détention provisoire les deux jeunes Mohamed Kadi (dit Mohand) étudiant âgé de 23 ans, militant de l’association RAJ et Moez Benncir, un Tunisien, assistant-éditeur de métier âgé de 25 ans, interpellé dans la foulée des manifestations du mouvement citoyen « Barakat ! », le 16 avril dernier.

 

C’est ce qu’a appris Maghreb Emergent de l’avocat des jeunes, Me Noureddine Benissaâd, contacté cette fin d’après-midi. De son côté, le collectif citoyen constitué autour des deux jeunes conduit par l’Association Rassemblement actions jeunesse (RAJ), devrait tenir une réunion dans la soirée de dimanche, pour décider des suites à donner à leur action, a déclaré aujourd’hui à Maghreb Emergent, Abdelwahab Fersaoui, président de RAJ.
C’est donc une grosse déception parmi les citoyens constitués en comité de soutien pour la libération des deux jeunes. Kadi et Benncir ont été arrêtés sur la terrasse d’un café à Alger (Place Audin), le 16 avril, et présentés au procureur de la République le 20 avril dernier, après 4 jours de garde à vue. Ils croupissent depuis à la prison de Serkadji à Alger. Le magistrat instructeur les a inculpés et placés sous mandat de dépôt pour « attroupement non armé de nature à porter atteinte à l’ordre public ».
Une pétition circule sur le Net, plaidant leur innocence et exigeant leur libération. Dans une déclaration faite samedi à Maghreb Émergent, Noureddine Benissaâd s’était pourtant dit «confiant» quant à la libération des deux jeunes hommes. «Sur la base des éléments du dossier, je suis très confiant quant à la relaxe », avait-il indiqué. Selon lui, la détention provisoire de Mohamed Kadi et Moez Benncir était « injustifiée ». Il précise que le jeune tunisien est en situation régulière.
M. Abdelwahab Fersaoui, président de l’association RAJ n’a pas non plus caché sa déception à l’annonce de cette nouvelle.

« Benncir n’est pas un clandestin »

Le gérant de la Société des Editions Franco-Berbères (Sefraber), société française de droit algérien, Julien Pescheur, affirme que Moez Benncir est employé de Sefraber à Bejaia depuis 12 mois. « À ce titre, je précise qu’il a des fiches de payes depuis avril 2013 et il est déclaré à la CNAS (Sécurité sociale) et au bureau de l’emploi de la willaya de Bejaia ». Il juge inadmissible que des écrits de presse insinuent que le jeune tunisien est clandestin. Quant à ce qui s’est passé le jour de son arrestation, l’éditeur français apporte des précisions : « il (Moez Benncir, Ndlr), a été convoqué au centre des Visas de Ben Aknoun, car vu ses compétences, j’ai obtenu du Préfet de Vesoul (France) un contrat de formation de 11 mois qui a été visé par l’office de l’immigration de Besançon. Donc le 16 Avril, Moez était convoqué à 11h au centre TLS CONTACT pour remettre tous ses documents. À 14h je l’ai appelé pour savoir où il en était. Il m’a dit qu’il sortait du centre des visas et qu’il rentrait à Bejaia ». L’éditeur qui a assisté à plusieurs manifestations culturelles en Algérie, rappelle avoir alerté le 17 Avril l’ambassade de Tunisie à Alger, lui transmettant toutes les pièces permettant de vérifier que Moez n’était pas clandestin. « J’ai reçu un bon accueil du conseiller chargé de cette affaire et je sais qu’il a transmis mes documents aux dirigeants algériens puisque dès le 18 avril, plus aucun journal ne décrivait Moez Benncir comme un clandestin », a tenu à préciser M. Pescheur.
Il poursuit : « Il appartient à la justice algérienne de statuer en fonction des lois algériennes et des accords internationaux, je fais confiance à votre justice, sans oublier que pour avoir pris un café place Audin, l’incarcération de mon salarié cause un grave préjudice à Sefraber, nous étions en pleine diffusion de 6 nouveaux titres, qui évidemment seront tous retardés », conclut-il.