Après des années d’euphorie, le marché informel de la téléphonie mobile cède du terrain. Les entreprises ayant pignon sur rue commencent à imposer leur logique.

 

Le marché algérien de la téléphonie mobile poursuit sa longue mutation. Les importateurs et les représentants officiels des fabricants commencent à prendre le pas progressivement sur l’informel, permettant au marché de trouver de nouveaux équilibres. Mais malgré l’entrée en force d’entreprises rodées et disposant de tous les agréments, il y a toujours un pan de l’activité qui persiste dans l’informel.

Signe de cette évolution, les prix entre le marché de Belfort, à El-Harrach, baromètre des prix pour tout le pays, s’est sérieusement réduit, aussi bien pour les produits populaires que pour les plus côtés. A Sidi-Yahia, nouveau quartier chic sur les hauteurs d’Alger, un Iphone 6 à seize gigas est cédé, avec facture, à 105.000 dinars, alors qu’à Belfort, il est légèrement en dessous de 100.000 dinars. L’écart est de moins de dix mille dinars, alors que l’Iphone 5 avait été vendu avec une différence de 25.000 dinars entre les deux marchés. Le S5 de Samsung connait une marge encore plus réduite, avec 58.000 dinars à Sidi-Yahia et 53.000 dinars à Belfort.

Cette évolution traduit une concentration du marché entre les mains de sociétés agissant dans la discrétion, mais disposant aujourd’hui d’une force de frappe redoutable. Elles ont réussi à grignoter des parts de marché de plus en plus significatives, au détriment des réseaux de l’informel, qui sont en train de perdre la bataille.

Changement de modèle

A Belfort, le chiffre d’affaires des commerçants a fortement chuté, forçant nombre d’opérateurs à réorienter leur activité. Quand le marché de Belfort avait émergé, une boutique de quelques mètres carrés pouvait être louée à 100.000 dinars/mois. Beaucoup de commerçant faisaient un chiffre d’affaires de cinq millions de dinars, avec une marge de dix pour cent, affirme l’un d’eux.

Ce modèle est en train disparaitre. Les grandes sociétés d’importation, agissant de concert, ont imposé leurs règles. Elles n’ont pas hésité à faire du dumping, et à écraser les prix de certains produits, pour reprendre en main le marché. Un opérateur de Belfort affirme qu’il a acheté un produit de moyenne gamme à 5.200 dinars l’unité, pensant qu’il faisait une bonne affaire. Il espérait en écouler une centaine autour de 6.000 dinars l’unité, alors que le prix de cet appareil frôlait les 6.500 dinars. Le lendemain, le représentant de la compagnie qui le fabriquait proposait aux revendeurs le même produit à 4.800 dinars !

L’informel survit

Plusieurs commerçants ont fait état d’opérations similaires, pas trop nombreuses, mais suffisantes pour frapper les esprits. Elles visaient en premier lieu le marché de Belfort, où se trouvent près de 300 boutiques, vendant de tout, produits en gros et au détail, avec ou sans facture, ainsi que de la pièce détachée.

Mais malgré cette pression, l’informel survit. Dans les boutiques de Belfort, des hommes, relativement jeunes, passent tous les quarts d’heure à proposer un lot de marchandise, de cinq à cent appareils, importés grâce à des réseaux insondables. Leurs prix restent très compétitifs. Ils parlent de Dubaï, Hong-Kong, Shanghai, et des modèles qui vont arriver. Beaucoup promettent notamment une prochaine inondation du marché par les produits Huawei, qui ne sont pas loin d’égaler les grandes marques en qualité, tout en gardant des prix très abordables.