Azouaou Mehmel, hier lors de son passage sur les ondes de Radio M (ph. : Ahmed Sahara).

Azouaou Mehmed, qui était hier l’invité de Radio M, la radio web de Maghreb Emergent, n’a pas précisé le montant de cet emprunt dont la réalisation est envisagée en 2016.

 

 

Dans un style plus ouvert et plus sympathique que celui de la plupart de ses homologues, le directeur général d’Algérie Télecom, M. Azouaou Mehmel, tente de marquer sa différence à travers notamment un discours sans concession sur la qualité de service. Il décrit, néanmoins, une gestion sous fortes contraintes qui illustre la difficulté d’échapper au moule général imposé, dans le contexte présent, aux managers du secteur public.

L’exercice imposé est, d’abord, celui d’une croissance à marche forcée, estimée par M. Mehmel à plus de 10% en 2015 comme en 2014 pour le chiffre d’affaires de l’entreprise lequel devrait atteindre près de 90 milliards de dinars pour l’année écoulée. Un chiffre d’affaires réparti à parts à peu près égales entre la clientèle grand public et la clientèle professionnelle des institutions demandeuses de liaisons spécialisées ou d’entreprises, publiques ou privées, désormais à la recherche de façon croissante de nouveaux services comme les liaisons intranet. Les principaux moteurs de cette forte croissance, précise M.  Mehmel, sont actuellement, et depuis plusieurs années, « la généralisation de l’accès à internet, qui est le produit le plus demandé, ainsi que les services aux entreprises tandis que la voix est en déclin ».

 

Le nécessaire « rattrapage des infrastructures »

 

Le moule général imposé aux grandes entreprises publiques comme Algérie Télécom est également celui d’un « rattrapage » destiné à combler le « retard accusé dans le développement des infrastructures ».Un retard sans aucun doute plus important pour les infrastructures du secteur des télécoms que pour n’importe quelles autres infrastructures économiques.

En 2015, le plan d’investissement de l’entreprise a déjà dépassé 46 milliards de DA. Il sera, selon le DG d’Algérie Télecom, « beaucoup plus important en 2016 » et sera focalisé en priorité sur l’assainissement et la modernisation du réseau d’accès. Il est justifié par l’énorme déficit en infrastructures réseau que l’Algérie doit résorber : « 70.000 km câbles de fibre optique ont été posés avec une cadence de 10.000 km par an pour un prix moyen qui atteint 2 à 3 millions de dinars au kilomètre et peut atteindre jusqu’à 4 millions de dinars dans le sud du pays. » Un rattrapage qui est, d’ailleurs, loin d’être terminé puisque M. Mehmel estime le renouvellement du réseau actuellement « réalisé à environ 50% »

 

35 millions d’euros pour Oran-Valence et Alger Valence

 

La croissance soutenue de la demande d’accès à internet, ainsi que les exigences croissantes de la clientèle en matière de débit, rendent également nécessaire des investissements importants dans le développement de la bande passante. Deux nouvelles liaisons Oran-Valence et Alger-Valence sont en cours de développement. Elles vont s’ajouter aux deux liaisons déjà existantes, qui ont été projetées sous les feux de l’actualité par le spectaculaire accident intervenu en octobre dernier qui a illustré la fragilité et l’insuffisance des infrastructures en cours d’exploitation. Les appels d’offres « viennent d’être lancés et l’entrée en fonctionnement est prévue pour le premier semestre 2017 », indique M. Mehmel qui estime le coût de réalisation de ce nouveau projet à « environ 35 millions d’euros ».

 

Un important emprunt bancaire en 2016

 

La transparence financière n’est pas la qualité principale de nos grandes entreprises publiques, particulièrement lorsqu’il s’agit de celles chargées de continuer à gérer le monopole de l’Etat sur les infrastructures économiques avec les importantes contraintes de service public qui lui sont associées. Dans le cas d’Algérie Télecom, il s’y ajoute le poids du passé. L’entreprise est issue de la restructuration de ce qui était encore au début des années 2000 un simple département de l’ancien ministère des PTT, avec ses pratiques comptables et son « budget annexe » fort éloigné des standards commerciaux classiques. Pour son PDG, cette évolution a pris du temps mais Algérie Télécom, qui « est partie d’une administration, est aujourd’hui une entreprise commerciale qui arrête ses bilans et qui publie ses comptes ».

Interrogé sur la rentabilité de l’entreprise, M. Mehmel, sans vouloir donner de chiffre, affirme : « Nous gagnons de l’argent, nous ne sommes pas une entreprise déficitaire. » Des profits qui, néanmoins, ne suffiront pas pour financer les importants investissements programmés par l’entreprise. Il faudra donc à Algérie Télécom, et c’est un scoop livré à Maghreb émergent, réaliser en 2016 un important « emprunt financier auprès d’un groupe de banques publiques nationales ». Un emprunt sur le montant duquel Azouaou Mehmel reste très discret.

 

Partenariat, un projet de câble entre Alger et Abouja

 

Le développement du partenariat international est, sans aucun doute, un sujet sensible qui fait toucher les limites des prérogatives des managers algériens du secteur public. Pour M. Mehmel, Algérie Télécom « se focalise actuellement sur le marché intérieur, mais reste à l’affût d’opportunités au niveau international », notamment sur le marché africain. Il cite notamment le projet de câble qui doit relier Alger à Abuja au Nigéria et qu’Algérie Télécom, un peu dans le sillage de la stratégie évoquée par l’actuel management international de Djezzy,  pourrait réaliser avec l’ambition de faire de l’Algérie « un nœud d’accès au niveau d’échange internet » pour une partie de l’Afrique. Un projet à mettre en œuvre  en solo ou avec un partenaire étranger ? La réponse d’Azouaou Mehmel reste évasive.

 

« Pas d’augmentation de tarifs »

 

C’est sans doute sur le chapitre de la qualité de service que le discours du PDG d’Algérie Télécom est le plus offensif .A l’image des propos qu’il tenait dès son entrée en fonction voici plus de 3 ans, Azouaou Mehmel affirme : « Nous n’avons pas des usagers mais des clients. » ET d’ajouter que le travail de sensibilisation réalisé auprès du personnel, particulièrement celui qui et au contact du public, « est en train de porter ses fruits », notamment grâce à « un gros effort de formation ».

Autre bonne nouvelle, son PDG confirme qu’Algérie Télécom n’a pas l’intention d’augmenter ses tarifs, qui resteront inchangés au cours des prochains mois même si, dit-il, le prix des équipements importés, comme les modems, pourrait en revanche subir l’impact de la récente dépréciation du dinar.