« Vous prolongez le mandat, nous prolongeons les marches » est l’un des mots d’ordre qui peut résumer la détermination des manifestations d’Alger ce vendredi 22 mars. 

La pluie – abondante à la mi-journée avant de s’estomper en milieu d’après-midi – n’a pas gâché la fête.  Alger a connu un 5e vendredi de manifestations populaires de grande ampleur. Les marcheurs étaient au moins aussi nombreux que le vendredi précédent- environ un demi million de personnes au centre d’Alger.

Les flux de manifestants ont, comme la semaine dernière, commencé à converger vers le centre-ville bien avant la fin de la prière du vendredi. A l’entrée de la place premier mai sur la rue Belouizdad un flot ininterrompu de citoyens  a dévalé des hauteurs d’El Mouradia, de Salambier et des autres quartiers des crêtes de cette partie d’Alger, rencontrant ceux du quartier de Belouizdad et Laaquiba, dans une fresque qui n’était pas sans rappeler celles des manifestations du 11 décembre 1960.

L’est d’Alger a continué à arpenter la rue Hassiba Ben Bouali vers la rampe Tafourah plus de deux heures et demie, après que les premiers carrés s’y soient engagés vers 13 h. La pluie au début, a hâté l’allure des marcheurs.  Les autres points d’accès vers le centre-ville étaient chargés de monde sur les hauteurs de Telemly et le front de mer qui amène la population de Bab El Oued et de la Casbah. La présence mélangée des groupes de jeunes, des familles, des groupes de femmes, de personnes âgées, des citoyens de toutes les catégories sociales est restée dans la continuité des vendredis précédents.

Les forces de sécurité ont balisé le parcours comme le vendredi passé, ouvrant l’accès au boulevard Mohamed V vers 14 h 30 au plus fort de l’affluence populaire sur la place Audin. Un bref accrochage a eu lieu vers 17 heures près de l’aéro-habitat sur le chemin qui peut conduire à El Mouradia siège du palais présidentiel. Des jeunes s’en sont pris aux forces de police qui barraient un accès. Les forces anti-émeutes ont violemment chargés et des grenades lacrymogènes ont été tirées.

Partez maintenant

Un nombre plus important de carrés organisés étaient visibles sur les différents parcours des marcheurs. Des syndicats et des organismes publics comme celui qui soutient les bénéficiaires de l’ANSEJ ont manifesté derrière des banderoles identifiables. Les mots d’ordre des manifestants ont peu changé depuis vendredi dernier.

Les Algériens ont redoublé de créativité pour décrire leur revendication. Les derniers « ralliés » au mouvement populaire, le FLN et le RND ont été raillés dans de nombreuses banderoles. Les slogans « FLN dégage » sont devenus pressants. Les émissaires du régime à l’étranger,  Ramtane Lamamra et Lakhdar Brahimi malmenés dans des panneaux les associant systématiquement. Le slogan le plus repris est celui qui demande le départ de tout le système, de même que celui qui dénonce « le gang de voleurs ».

De manière générale, les panneaux rapportaient des revendications plus pressantes sur le départ du président Bouteflika et des principaux responsables : « partez maintenant sinon vous rendrez des comptes ».  Une affiche résumait ainsi le sentiment dominant « c’est un Tsunami qui va vous emporter. Pas une vague que vous allez prendre. Pas de dialogue avec vous. Votre place est devant la justice indépendante ».  

Le peuple s’impatiente. Mais il reviendra vendredi prochain, c’est acquis. Un business de la révolution est né ces trois derniers vendredi au cœur d’Alger. Les drapeaux, les tenues et les accessoires aux couleurs de l’emblème ont inondé le décor urbain, des marchands de parapluies, de casse-croutes et de boissons ont profité de l’affluence record pour ouvrir un vendredi après-midi ou pour installer des tables sur les parcours.

Samy Indjar