Il n’est nullement question de s’attarder ici, sur le film « l’Homme de la rue » réalisé en 1941 par Franck Capra, qui a néanmoins, magistralement, élaboré un scénario au départ d’une entourloupe journalistique qui évolue subtilement, à travers des questionnements pertinents sur la société américaine.

Une trame poignante, qui incite à la réflexion pour éveiller la bonne conscience anesthésiée de l’Amérique baignée alors, dans une ambiance de corruption, manipulation et indifférence mais de souligner « l’Effet Quidamus » que suggère l’intrigue du film convoqué et qui a cette extraordinaire faculté de provoquer des réactions surprenantes en bouleversant les plans des puissants et de dérouter les esprits des plus avertis.

L’Homme de la rue, celui que nos médias lourds privés et publics bien-pensants, sollicitent, avec une manipulation perfide, pour pérorer sur des sujets à la limite de l’indécence, afin de meubler leurs programmes désinvoltes et insipides mais à qui on a tourné le dos quand il fallait le soutenir dans sa révolte et sublimer les apparitions cathodiques, de ses élans intrépides.

Il a eu toute leur attention tant qu’il était celui qu’on tourne en bourrique, celui qui campe l’idiot de service, le dindon de la farce, le rôle que le pouvoir, auquel ces médias sont inféodés,  lui a  taillé pour que la saga loufoque continue encore à tourner pendant cinq ans, avec les mêmes acteurs vieillissants et peu convaincants.

Il aurait eu droit encore  à être visible à l’écran dans son froc miséreux et son allure indigente, quémandant un logement, un emploi ou des soins pour ses enfants, que daignera lui accorder le monarque bienfaisant, dans son immense mansuétude mais son intelligence n’est pas bien vue et encore moins sa désobéissance à l’ordre établi. Autant dire qu’il n’a droit à l’image que s’il a un sourire de benêt et un costume de laudateur, ravi de sa condition de soumis. Une parabole qui renvoie à ce que furent nos ancêtres dans leurs habits de colonisés sur les peintures et photographies signées par des pieds-noirs orientalisés.     

Cependant, n’est-ce pas lui, l’Homme de la rue qui fait vivre ces médias, n’est-ce pas lui, la raison de leur existence ? N’est-ce pas lui qu’on désigne par la voix et l’opinion ?

Ces médias qui  font honte à toute la corporation qui a pourtant tant donné de martyrs. Ces médias qui n’hésitent pas à nous submerger de caméras cachés violentes attisant la haine, des émissions bouffonnes aux montages bidouillés et aux mises en scène frisant l’absurde et le ridicule où l’Algérien est exposé comme un Néandertalien, sans culture et sans savoir-vivre, qui s’étrille avec ses semblables dans les stades, afin de mieux le stigmatiser et le réduire au statut de va-nu-pieds, à la tête creuse, préoccupé par sa panse, son club de foot et l’enfer de l’au-delà.

Drôle de concept d’un journalisme, tombé aux ras des pâquerettes et qui ne relèvera sans doute jamais la tête, profondément enfouie dans  l’immondice de ses compromissions.

L’homme de la rue, ce héros qui a fait une irruption fracassante sur la scène politique, celui auquel chacun de nous, s’identifie, et se reconnait dans ses angoisses, ses tourments, ses aspirations et ses rêves. Cet homme qui, en nombre, devient une foule et quand il porte des revendications et un projet devient enfin un Peuple.

Celui qu’on méprise, qu’on regarde de haut car n’ayant pas accès au rang des  privilégiés qui siègent ostensiblement à la cour du roi, qui ont un bungalow pied dans l’eau, à Club des Pins, un pied-à-terre dans la capitale de l’Hexagone ou un pavillon cossu à Alicante, acquis grâce à l’argent détourné du Trésor public. Il est vrai qu’il n’y a de roi que parce qu’il y a une cour. Cette même cour qui a étendu ses tentacules dans toutes les institutions de l’Etat et dont on ne reconnait comme unique talent que l’étalage de sa flagornerie et ses menaces de chaos.   

Et pourtant, c’est cet Homme de la rue, qui déclenche « l’Effet Quidamus » qui détient le réel pouvoir de changer la donne et de brouiller les cartes. En dépit de son anonymat, c’est le seul qui a droit à la gloire et le seul qui peut prétendre au pouvoir et non la caste, pervertie par ses intérêts mercantiles et son insatiable cupidité.

Cet Homme de la rue qui vote et qui mandate, s’est réapproprié pacifiquement ce 22 février, sa rue injustement confisquée pour clamer son refus au 5éme mandat du président sortant mais néanmoins absent et d’où, il sera difficile de l’en déloger. L’Homme de la rue ne veut plus être figurant, il veut incarner enfin son vrai rôle, de personnage principal de l’Histoire qui s’écrit, celui de citoyen libre et digne qui contribue à construire, un Etat de Droit où la justice et l’égalité sont effectives, dans une Algérie, démocratique forte et prospère.     

Fatma Haouari, journaliste