Pour Taïeb Hafis, professeur à HEC Montréal, le Partenariat Public Privé est contraire aux lois du marché, en ce sens que l’Etat, en tant que tel, se trouve obligé d’appliquer des règles « incompatibles » avec les règles du marché. Pour Samir Bellal, auteur de La crise du régime rentier, ce type de partenariat sera « une autre façon pour le capital privé de « dépouiller » l’Etat de ses ressources ».

 

 

Plusieurs organisations patronales, dont le FCE, la CGEA, la CAP, et UNI signeront après-demain samedi avec le gouvernement une charte relative au partenariat public-privé (PPP). Cette initiative intervient dans une conjoncture de crise budgétaire induite par la chute brutale des prix des hydrocarbures. Son objectif est, naturellement, d’explorer des alternatives au financement budgétaire des infrastructures économiques et d’appeler le capital privé au secours des entreprises publiques qui devraient connaître d’énormes difficultés de financement dans les mois et années à venir.  Le gouvernement compte ainsi passer des partenariats classiques, qui se déclinent sous forme de « délégations de gestion » et de « contrat de management » à des partenariats en bonne et due forme.

 

« Le PPP, ça ne marchera pas »

 

Le PPP est-ce viable en Algérie ? Interrogé par Maghreb-Emergent, le professeur de management à HEC  Montréal Taieb Hafsi y voit une aventure sans lendemain : « L’Etat ne peut pas fonctionner avec le privé.  Le problème avec le PPP est que  l’Etat se retrouve coincé, obligé d’appliquer des règles qui sont les règles générales de l’Etat, ce qui est incompatible avec le marché. Cela ne marche pas et ne marchera pas. » Selon lui, le PPP, fétichisé par le patron de l’UGTA, Abdelmadjid Sidi Saïd, et certains économistes de palais, est absolument contraire aux lois du marché. « Le projet de Banamor/Erriad Corso de boulangerie industrielle en est un bon exemple d’échec », a-t-il rappelé.

 

« Le PPP est une arnaque »

 

Pour sa part, Samir Bellal, économiste et auteur de La crise du régime rentier (Alger, Frantz Fanon, 2017), estime que l’idée du partenariat Public-Privé est une « arnaque » : « Nous sommes toujours en retard d’une guerre. Au moment où ailleurs, ce PPP est critiqué, chez nous, on nous le présente comme la solution miracle aux problèmes budgétaires de l’Etat. Le PPP en Algérie, ce ne sera qu’une autre façon pour le capital privé de « dépouiller » l’Etat de ses ressources ».

Samir Bellal explique qu’aujourd’hui, « on parle de PPP car l’Etat n’a plus les moyens financiers pour lancer des projets d’équipement à offrir au capital privé ». Et de souligner: « Notre Etat n’est pas institutionnellement armé pour s’engager dans ce type d’entreprises, et si par malheur il décide de s’y engager, c’est toute la collectivité, sur une ou deux générations, qui en payera le prix. »