Le groupe Khalifa: un empire financé sur l’argent des épargnants et des dépôts d’organismes publics à la Khalifa Bank (photo publiée sur Fric.Afrique).

 

Aujourd’hui c’était au tour de Djamel Guelimi, l’ancien PDG d’Al Khalifa Airways puis d’Al Khalifa TV, de nier avoir trempé, lors de la création d’Al Khalifa Bank, dans la falsification d’un acte d’hypothèque destiné à la banque BDL.

 

Ce matin, c’était au tour de proches collaborateurs de Abdelmoumene Khalifa, Djamel Guelimi et Abdelhafid Chaachoue, de comparaître devant le tribunal criminel de Blida, présidé par Antar Menouar. Les deux ont été jugés et condamnés en 2007 à 15 ans et 9 ans de prison, respectivement.

Djamel Guelimi, l’ancien PDG d’Al Khalifa Airways puis d’Al Khalifa TV, est poursuivi pour constitution d’association de malfaiteurs, vol, abus de confiance et falsification de documents officiels. Arrêté dans un aéroport en 2003 après l’annonce du retrait d’agrément de la Banque Al Khalifa, avec, en sa possession, l’équivalent de 2 millions d’euros, cet ancien clerc de notaire, a eu, en 2007, la plus lourde peine prononcée par la juge, Me Fatiha Brahimi. Elément clé dans les affaires Al Khalifa, il dit bien connaître son ex-employeur, Me Rehal, ainsi que toute sa famille. Cependant, il affirme ne rien savoir sur les actes d’hypothèque de la villa de Hydra et du local de Draria, actes pour lesquels Abdemoumene Khalifa est poursuivi sous le chef d’inculpation de falsification de documents officiels. Selon lui, il n’a jamais eu le moindre lien avec l’agence BDL de Staouéli, pour laquelle ces documents auraient été falsifiés.

Cet ami d’enfance d’Abdemoumène Khalifa dit « ne pas reconnaître » les déclarations écrites dans le PV du juge d’instruction concernant ses activités notariales et plusieurs épisodes de ses relations avec Abdelmoumene Khalifa. Il nie même connaître Isir Idir, l’ancien DG de la BDL de Staouéli, comparu hier devant le tribunal, et ce, contrairement à sa déposition devant le juge d’instruction.

Pour nier sa connaissance des affaires du groupe Khalifa et les multiples faits qui lui sont reprochés, notamment les ordres donnés à ses subalternes pour le retrait de sommes d’argent des agences Al Khalifa, Djamel Guelimi va jusqu’à nier avoir occupé le poste de directeur de cabinet du groupe entre 1999 et 2002. Le président du tribunal le confronte à des documents ainsi qu’à l’organigramme de ce groupe, repris par l’expert Hamid Foufa, chargé à l’époque de la réalisation de l’enquête sur la faillite de la Banque Al Khalifa. Djamel Guelimi répond que ces informations sont erronées et qu’elles proviennent d’erreurs faites de secrétaire.

 

Djamel Guelimi : « L’importateur que j’ai aidé travaillait dans la légalité »

 

Djamel Guelimi, dont le père s’est associé pour la création de la Banque avec Rafik Abdelmoumene Khalifa avant de se retirer suite au décès de son fils, ne reconnaît pas non plus sa médiation pour le sponsoring et le financement de plusieurs équipes de footballs (AsoChlef, UsmAnnaba, RCKouba, JSKabylie et MCA). Il admet pourtant avoir reçu chez lui l’actuel président de Fédération algérienne de football, M. Raouraoua, venu lui demander de lui présenter Abdelmoumene Al Khalifa.

Interrogé sur l’importation de bière et de whisky contrefaits, Djamel Guelimi répond qu’il n’a fait qu’aider une connaissance à lui, un dénommé Lamani, à qui il a vendu une parcelle de terrain à Dar Diaf, et qui gérait l’entreprise Enidis d’importation de boissons alcoolisées. Il précise que cet homme lui a assuré qu’il respectait la législation et les réglementations relatives à l’importation ainsi que toutes les procédures douanières.

L’autre pièce maîtresse de l’échiquier Al Khalifa, Abdelhafid Chaachoue, s’est présentée vers 10 h30 devant les magistrats. Très volubile et aimant illustrer ses propos d’anecdotes, cet ancien numéro 3 du groupe Al Khalifa a été acquitté en 2007, après avoir été innocenté de l’accusation de constitution d’association de malfaiteurs. Il était le responsable de l’entreprise Al Khalifa pour la sécurité et la protection des biens, chargée notamment de transporter des fonds entre les agences bancaires d’AL Khalifa Bank. Ne dérogeant pas à la règle, il revient sur ses déclarations devant le juge d’instruction. Il réfute également les différents témoignages, y compris ceux de l’ancien directeur de la caisse centrale d’Al Khalifa Bank, Akli Youssef, faisant état de transferts d’argent qu’il aurait effectués entre les agences bancaire et d’ordres répétitifs de retrait de sommes allant de 300 millions à un milliard de centime.

Originaire de Blida, cet ancien policier qui a obtenu son baccalauréat en 2007, pendant son incarcération, possède deux villas mais nie sa possession d’un bureau d’affaires à Hydra. La fréquence de ses voyages aux Etats-Unis et dans plusieurs autres pays pendant son travail au groupe Al Khalifa intrigue le ministère public, qui lui en demande le motif. Abdelhafid Chaouaoue répond qu’il assurait la sécurité rapprochée de Abdelmoumne Khalifa aux côtés de Abdelwahab Rédha, un retraité du ministère de la Défense nationale. Le ministère public en déduit que cette hiérarchie n’était qu’une couverture pour une bande d’amis qui s’arrangeaient pour transférer des sommes d’argent à l’étranger.

 

L’entreprise de sécurité travaillait sans agrément

 

Le ministère public se demande si Abdelhafid Chaouaoue n’a pas été placé à la tête d’Al Khalifa pour la sécurité et la protection des biens en raison de sa possession d’armes, lui et son père, ancien condamné à mort lors de la Guerre de libération. L’ancien policier se perd dans les anecdotes sans répondre, mais il ne manque pas de révéler que cette entreprise activait sans agrément et qu’en dépit de cela, elle transportait de l’argent et disposait d’armes nécessaires pour son travail sans avoir jamais été inquiétée par quelque partie que ce soit.

Sur les accusations d’utilisation de sommes d’argent pour sponsoriser l’USMBLIDA et le Widad de Boufarik, Abdelhafid Chaachoue dément les déclarations de l’ancien président du club boufarikois, Messaoud Mentouri, assurant avoir reçu de lui 500.000 dinars au début des années 2000. Il reconnaît néanmoins qu’il a affrété un avion pour un déplacement de l’équipe blidéenne vers une ville de l’Ouest du pays.

 

Une retentissante faillite

 

La faillite frauduleuse, en mars 2003, de la Khalifa Bank avait laissé des milliers d’épargnants sur le carreau. Elle avait surtout causé de grands dommages aux finances de nombre d’organismes publics, comme les caisses de sécurité sociale, qui y avaient effectué d’énormes dépôts. Le scandale avait éclaté après que des contrôles ont révélé un découvert de 3,2 milliards de DA de la caisse principale de la banque.

En mars 2007, au terme d’un procès de près de trois mois, des peines allant d’une année à la perpétuité avait été prononcées. Une cinquantaine de personnes avaient été relaxées. 10 inculpés avaient été condamnés par contumace, dont Abdelmoumène Khelifa qui avait écopé d’une condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité.

La justice avait été saisie de cette affaire après que la Banque d’Algérie eut constaté un découvert de 3,2 milliards de DA de la caisse principale de Khalifa Bank