Algérie dette
Abderrahmane Mebtoul vs. Abdellatif Benchenhou

 

Dr. Abderrahmane Mebtoul estime que la « position » du Professeur Abdelatif Benachenhou, ancien ministre des finances » recommandant la « prudence » avant de recourir à l’endettement est « trop tranchée ». Il explique, dans cette contribution, que le « recours à l’endettement extérieur doit privilégier la relance économique de l’Algérie ».

La valeur de la monnaie, support des échanges, dépend avant tout de la production et de la productivité globale. Elle renvoie aux débats sur la valeur développée tant par les classiques de l’économie (Adam Smith, David Ricardo, Karl Marx) et à leur suite, les néo-marxistes, les néolibéraux et les néo-keynésiens, débats non encore achevés, comme le montre les divergences face à la crise mondiale des prix Nobel d’Economie. Ces orientations ont des incidences différentes sur les politiques économiques des Etats. Pour tout emprunt, il y a lieu d’analyser le retour de l’investissement où le taux de profit doit être supérieur, à terme, aux intérêts composés que l’on devra rembourser ( le retour du capital) , devant toujours raisonner en dynamique et jamais en statique. Il faut éviter la vision de sinistrose en l’avenir de l’Algérie et toute positon tranchée comme le fait le professeur Abdelatif Benachenhou et être pragmatique, lors d’une rencontre à Alger, organisée par la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française (CCIAF) le 27 janvier 2016, je le cite « Le retour à l’endettement extérieur en ce contexte de crise financière doit à tout prix être évité ».Personne n’ayant le monopole de la vérité, il y a urgence de débats productifs contradictoires devant privilégier uniquement les intraits supérieurs de l’Algérie.

 

1. Je rappelle aux partisans du contre l’endettement extérieur, dont le professeur Abdelatif Benachenhou ancien ministre des Finances que le remboursement de la dette par anticipation au moment où l’Algérie connaissait une relative aisance financière, a été négociée, suite aux instructions du président de la république qui a été une bonne action. Or au rythme de la dépense actuelle du fait de l’incompressibilité de certaines rubriques du commerce extérieur, les sorties de devises non compris les transferts légaux de capitaux ( bien et services ,ces dernières fluctuant entre 11/12 milliards de dollars entre 2011/2015) ont été de plus de 71 milliards de dollars, en 2014, plus de 65 milliards de dollars en 2015 et seront certainement avec les dernières mesures, en cas où les prix internationaux se maintiennent au niveau actuel en baisse ( ne devant pas confondre valeur et quantité ) aux environ de 58/60 milliards de dollars , montant auquel, entre 2014/2016, il faudrait ajouter entre 4/6 milliards de dollars de transferts légaux de capitaux. Or déduction des charges de 20%, le profit net de Sonatrach à 60 dollars si on émet l’hypothèse de la même quantité exportée ( avec la limite de la forte consommation intérieure qui horizon 2030 risque de dépasser les exportations actuelles, renvoyant à l’efficacité énergétique et la problématique des subventions généralisées ) qu’entre 2014/2015, de 27 milliards de dollars, à 50 dollars, 21 milliards de dollars, à 50 dollars 15 milliards de dollars à 30 dollars 9 milliards de dollars et à 20 dollars 3 milliards de dollars de profit net pour Sonatrach , le seuil de rentabilité fluctuant entre 15/20 dollars en moyenne générale. Que proposent concrètement ceux qui sont contre l’endettement en cas ou le cours fluctuerait entre 20/40 dollars le baril, le prix de cession du gaz (plus de 33% des recettes de Sonatrach) étant indexé sur celui du pétrole? Ne doit-on pas profiter des taux bas au niveau international fluctuant entre 0 et 1% ? Je rappelle que la Réserve fédérale américaine a annoncé récemment une hausse d’un quart de point de ses taux directeurs, désormais compris entre 0,25% et 0,50%, le dernier changement de taux datant de décembre 2008. Quant à la BCE, la décision de 2016 , le taux d’intérêt des opérations principales de refinancement de l’Eurosystème est abaissé de 10 points de base, à 0,05 %, à partir de l’opération devant être réglée le 10 septembre 2014. Le taux d’intérêt de la facilité de prêt marginal est réduit de 10 points de base, à 0,30 %, avec effet au 10 septembre 2014. Le taux d’intérêt de la facilité de dépôt est abaissé de 10 points de base, à -0,20 %, avec effet au 10 septembre 2014.

 

2. La valeur d’une monnaie, support des échanges, dépend avant tout de la production et de la productivité globale. Or, la valeur du dinar algérien est corrélé à 70% aux réserves de change qui eux-mêmes proviennent de la rente des hydrocarbures (97/98% des exportations avec les dérivées). A dix milliards de dollars de réserves de change, la banque centrale coterait le dinar à plus de 200 dinars un dollar avec des répercussions sur les coûts de production tant des entreprises publiques que privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15% ainsi que sur le pouvoir d’achat des ménages dont 70% des besoins proviennent de l’extérieur. Il faut donc maintenir le niveau des resserves de change à un niveau tolérable. Et c’est là que rentre la problématique de l’endettement bien compris. Dans plusieurs interviews récentes au niveau international et national, à la question qui m’a été posée sur l’endettement extérieur, j’ai répondu en toute franchise, au vu des taux d’intérêts internationaux bas , sous réserve que ces emprunts le soit à moyen et long terme et qu’ils concernent la rubrique de relance de l’appareil productif et non les importations non nécessaires, que j’étais favorable pour les raisons énumérées précédemment afin de préserver nos réserves de change en attendant qu’en dynamique l’on relance l’appareil productif , loin de la vision mécanique actuelle, démodée mais tenant compte de la quatrième révolution économique dont le thème a été largement abordée récemment lors de la rencontre du World Economic Forum à Davos. C’est que la majorité des pays développés sont endettés mais ont un appareil productif performant, gérant leur endettement avec précaution afin de ne pas faire supporter ce fardeau aux générations futures. Ainsi, la dette publique mondiale s’élève entre 2014/2015 à près 55 000 milliards de Dollars contre 26 000 milliards en 2005. Si l’on ajoute les dettes privées, la dette mondiale atteint même les 100 000 milliards de dollars selon une étude publiée récemment par la Banque des règlements internationaux. A titre de comparaison, le PIB mondial en 2013 était de 74 000 milliards. La dette publique américaine s’élève en 2015 à 18.300 milliards de dollars, soit 110% du PIB national. La dette de la France a atteint plus de 2100 milliards d’euros en 2015 approchant 98% du PIB. L’endettement public de l’Italie dépasse les 135 % du PIB, le Portugal 130 % et le Japon 230% du PIB. Selon des études internationales la dette des ménages et entreprises atteint 270 % du PIB en Irlande 222 % au Danemark. Si l’on cumule emprunts publics et privés, la dette a atteint en 2015 environ 270 % du PIB.

 

3. En résumé, une réflexion selon nos informations est en cours au niveau du gouvernement algérien. L’on doit mûrir ce dossier, devant éviter la précipitation car au 01 janvier 2016, les réserves de change qui ne sont qu’une richesse virtuelle qu’il s‘agit de transformer en richesse réelle, devant les utiliser que l’on doit à bon escient, dépassent les 145 milliards de dollars (contre plus de 192 milliards de dollars au 01/01/2014) avec une dette extérieure inférieure selon les données de 2014 à environ 4 milliards de dollars. Évitons tant l’autosatisfaction que la névrose source de démobilisation. Avec une vision stratégique clairement définie d’une transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales, dont la transition énergétique (1) reposant sur de bonnes institutions de contrôle à la fois politiques et techniques, (dont la réhabilitation de la Cour des Comptes) l’endettement contrôlé, contrairement à ce qu’avance le professeur Benachenhou n’est pas une tare. Rappelons nous l’expérience roumaine communiste, une dette zéro, mais une économie en ruine. Il s‘agit de donner la suprématie à la sphère réelle sur la sphère financière, en les synchronisant, concilier la dynamique économique et la dynamique sociale pour une répartition « juste » du revenu national entre les différentes couches sociales. La justice sociale à laquelle je suis profondément attachée ainsi que l’instauration d’une économie de marché concurrentielle, libérant toutes les énergies créatrices au profit exclusif de l’Algérie, n’est pas l’antinomie de l’efficacité économique. En bref, Non Monsieur le professeur, le recours à l’endettement extérieur doit privilégier la relance économique de l’Algérie, loin de toute vision idéologique, tenant compte tant des nouvelles mutations locales que mondiales. Personne n’ayant le monopole du nationalisme et de la vérité, un large débat productif, privilégiant uniquement les intérêts supérieurs de l’Algérie, s’impose.

 

(1) Voir la revue internationale « Gaz d’aujourd’hui » parue le 28 janvier 2016 (Paris France) « sur les nouvelles mutations énergétiques mondiales », où l’on trouve les contributions de nombreux experts internationaux et de PDG de grands groupes dont la contribution du professeur Abderrahmane Mebtoul.

 

Pour contacter Dr. Mebtoul : [email protected]