Vera Songwe

Par Dr Vera Songwe, Secrétaire Générale Adjointe des Nations Unies et Secrétaire Exécutive de la Commission Economique pour l’Afrique

Il est largement reconnu que la numérisation est l’un des outils les plus puissants pour mettre en œuvre l’Agenda 2030 pour le Développement Durable et l’Agenda 2063 de l’Afrique.

Les applications numériques sont déjà à l’avant-garde de la transformation socio-économique, renforçant l’efficacité de la production et la distribution des biens et des services, offrant de nouvelles opportunités de générer de revenus au profit de millions de pauvres et améliorant la connectivité entre les personnes, les sociétés, les gouvernements et les organisations.

Au cours des quinze dernières années, l’expansion de la technologie numérique, principalement animée par la révolution mobile et les innovations associées, a été l’un des points forts du développement de l’Afrique. Ces progrès ont également suscité l’espoir que nous pourrons véritablement accélérer la mise en œuvre des ODD.

Aujourd’hui, plus de 80% de la population africaine dispose d’un abonnement téléphonique mobile. Dans plusieurs pays africains, l’économie numérique devient l’un des principaux moteurs de la croissance, représentant plus de 5% du PIB.

A travers le continent, des plateformes mobiles nouvelles et émergentes, en partie stimulées par la croissance exponentielle de la téléphonie mobile, ont perturbé les chaînes de valeurs traditionnelles dans différents secteurs de l’économie de la région.

De même, le commerce numérique se développe rapidement et les services Fintech sont devenus un puissant levier de croissance et d’inclusion financière, en fournissant un grand nombre de services à des personnes exclues des services financiers de base. Depuis l’apparition de la pandémie COVID-19, la technologie numérique est devenue, plus que jamais, un outil déterminant pour la poursuite du travail, des affaires et de la vie à travers le continent.

Cependant, l’Afrique reste la région la moins connectée du monde, avec environ 28,2% de couverture Internet et 34% de haut débit mobile. Peu de citoyens possèdent une identification numérique ; les entreprises qui adoptent les technologies numériques restent l’exception plutôt que la norme, et peu de gouvernements investissent stratégiquement dans le développement d’infrastructures, de services, de compétences et d’entrepreneuriat numériques.

Il existe également un besoin d’adapter et d’harmoniser les législations sur la technologie, y compris la propriété intellectuelle et la confidentialité des données, pour véritablement libérer le potentiel numérique de l’Afrique.

Pour relever ces défis, la CEA, par le biais de son Centre d’Excellence pour l’Identité, le Commerce et l’Economie Numériques, créé en 2018, apporte le soutien nécessaire aux États membres pour utiliser la numérisation comme catalyseur d’une croissance inclusive et durable en Afrique, contribuant de manière significative à la réalisation des Objectifs du Développement Durable (ODD).

Conjointement avec la Commission de l’Union Africaine, nous avons élaboré et initié la mise en œuvre la Stratégie de Transformation Numérique pour l’Afrique (2020-2030) de l’Union Africaine en tant que modèle et plan directeur pour transformer l’économie et les sociétés du continent.

La CEA, en collaboration avec la Banque Mondiale et d’autres agences du système des Nations Unies, entreprend également un engagement au niveau des pays pour soutenir la conception et la mise en œuvre de programmes d’identification numérique, y compris l’exploitation des liens avec l’économie numérique au sens large pour atteindre les ODD.

En Afrique, plus de 60% des hommes et 75% des femmes sont engagés dans une activité économique informelle. Apporter un soutien à cette majorité a constitué un défi pour l’ensemble des gouvernements africains en cette ère marquée par le COVID19. L’objectif d’élargir l’’« identité numérique » à toute l’Afrique peut contribuer à faire en sorte que le développement touche tout le monde et que personne ne soit laissé pour compte.

La CEA a également cherché à faire en sorte que les pays africains puissent tirer parti de l’espace numérique pour faire face à la crise du COVID19 plus rapidement et plus solidement.

La CEA, en collaboration avec plusieurs entreprises de télécommunications opérant sur le continent (MTN, Orange, Airtel, Vodafone, etc.) a développé et lancé une plateforme numérique COVID-19 à l’échelle continentale africaine pour aider les États membres à améliorer leur capacité à analyser la situation, mettre en œuvre les réponses adéquates et affecter les ressources nécessaires pour atténuer et réduire les impacts sanitaires et économiques de la pandémie.

La numérisation est également un élément essentiel pour libérer le plein potentiel de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECAf). Le renforcement de la capacité des entreprises et des entrepreneurs africains à commercer facilement à l’intérieur des frontières de l’Afrique et à atteindre un marché mondial, exige une amélioration significative de l’infrastructure numérique de l’Afrique, ainsi qu’une concentration sur les réglementations qui protègent et améliorent le commerce numérique. 

Les investissements dans la numérisation peuvent également être développés par le biais de partenariats public-privé, reconnaissant les avantages multiplicateurs en aval que cet investissement apportera. La numérisation, en tirant parti de la ZLECAf, peut être un outil pour réduire considérablement les inégalités, étant donné qu’elle peut aider à atteindre même les plus marginalisés et les plus vulnérables.

Enfin, notre capacité à nous réunir et à nous unir autour de causes communes est de plus en plus nécessaire – même si la réalité de la pandémie rend cela difficile. La CEA a cherché à accroître les espaces d’échange et de promotion des connaissances par le biais de plates-formes multipartites et d’une série de réunions régionales. 

La CEA a organisé la réunion régionale d’examen du Sommet Mondial sur la Société de l’Information, un forum déterminant pour le positionnement des TIC comme outil de mise en œuvre des ODD. Cet effort a directement contribué à l’ordre du jour du Forum politique de haut niveau pour le suivi et l’examen de la mise en œuvre de l’Agenda 2030 sur le Développement Durable ainsi que le Forum Régional Africain sur le Développement Durable.

Ce dernier a inclus le Forum Africain pour la Science, la Technologie et l’Innovation, une initiative de la CEA, conçue pour aider les États membres à tirer parti de la science, de la technologie et de l’innovation (STI) pour accélérer la mise en œuvre des ODD.

Nous avons également utilisé ce forum pour aussi renforcer les capacités des jeunes de notre continent, en les rassemblant sous forme de camps de formation pour leur présenter les opportunités de conception et innovation, et pour exploiter les opportunités entrepreneuriales associées à la numérisation.

En donnant ces outils à nos jeunes, nous nous équipons pour la durabilité et nous nous assurons de sortir plus forts et plus résilients du choc mondial provoqué par cette pandémie.