L'addiction au pétrole (DR)
L’addiction au pétrole (DR)
Le cours du pétrole a clôturé le 23 novembre 2018 à  59,22 dollars le Brent  (52, 22 euros)  et   à 50,42 dollars  le Wit (44,49 euros)  contre plus de 80 dollars début octobre 2018.  Quels sont les fondamentaux des déterminants du cours du pétrole, les raisons de cette baisse  et l’impact sur l’économie algérienne tributaire à plus de 98% des recettes en devises des hydrocarbures objet de cette présente contribution

 

1.-Les  huit fondamentaux  du cours du pétrole

La première  raison, comme  le souligne les rapports internationaux dont  celui de    la Banque mondiale est une reprise de la croissance pour 2018, mais avec une prévision de ralentissement pour 2019/2020.  Bon  nombre d’experts internationaux ainsi que  des institutions internationales comme le FMI, la Banque mondiale prévoient  une éventuelle crise mondiale horizon 2020/2022 en cas d’accélérations des mesures protectionnistes entre les Usa/Europe, USA/Chine.  Dans ce cadre,  le dernier rapport  de l’AIE d’octobre 2018 met en garde  les pays dépendant de la rente des hydrocarbures, du fait  d’une modification de la trajectoire de la croissance  fondée sur l’économie de la connaissance, d’une nouvelle configuration de la demande énergétique mondiale (efficacité énergétique, énergies renouvelables, entrée de l’hydrogène horizon 2030) qui impactera la demande d’hydrocarbures traditionnels

La deuxième  raison, est le respect, globalement, du quota des membres de l’Opep décidé en décembre 2016 à Vienne avec des notamment de l’Arabie saoudite. La répartition des quotas de l’Opep a été la suivante :l’Algérie dispose d’un quota de 1,089 million de barils jour, avec une réduction de 50.000 barils/jour son quota passe à 1,039 million barils/j,-L’Angola  passant de 1,751 million barils/jour à 1,679 barils/j,’Arabie Saoudite passant de 10, 544 million barils/j à 10,058 barils/j, les Emiraties Arabes Unies passant de 3,013 barils/j à 2,874 barils/jour, l’Equateur passant de 548.000 barils/jour à 522.000 barils/j, le Gabon de 202.000 barils jour à 193.000 barils/jour, l’Iran de 3,975 millions barils/jour à 3,797 millions barils/j, l’Irak de 4,561 millions barils/j à 4,351 millions barils/j, le Koweït de 2,838 millions barils/j à 2, 707 millions barils/j, le Qatar (pays essentiellement gazier 3ème réserve mondiale de gaz traditionnel après la Russie et l’Iran), 648.000 barils/j à 618.000 barils/j, le Venezuela, paradoxe le premier réservoir de pétrole mondial avant l’Arabie Saoudite mais un pétrole lourd actuellement en semi-faillite, de 2,067 millions de barils/j à 1,972 millions de barils jour. Les  autres pays hors OPEP concernés par l’accord conclu sont : la Russie 300.000 barils jour de réduction dont la production russe de pétrole, le Mexique (2,1 Mb/j en octobre/novembre 2016)le Kazakhstan (1,7 Mb/j), Oman (1 Mb/j), l’Azerbaïdjan (0,8 Mb/j,)  la Malaisie (0,7 Mb/j), la Guinée équatoriale (0,2 Mb/j), le Soudan du Sud (0,1 Mb/j),  le Soudan (0,1 Mb/j)  et  le Brunei (0,1 Mb/j). Dans les faits, l’essentiel de cette baisse est assuré par les deux plus grands producteurs de ce groupe hétérogène : la Russie (- 0,3 Mb/j) et le Mexique (- 0,1 Mb/j). Encore que  les tensions actuelles  entre Iran entre l’Iran et l’Arabie saoudite peuvent  engendrer   une mésentente au niveau de l’Opep.

La troisième  raison, est l’entente hors Opep entre l’Arabie saoudite et la Russie, ces deux pays produisant plus de 10 millions de baril/ jour. Et toute décision contraire de ces deux pays  impactera à la baisse le cours des hydrocarbures.

La  quatrième   raison, est la situation politique en Arabie saoudite avec les pressions américaines , les Bourses ne voyant pas encore clair de l’action du prince héritier, avec la crainte de tensions politiques internes, mais surtout de la vente de 5% d’actions d’une partie de la grande société Aramco, afin de maintenir l’action à un niveau élevé, vente qui a été reportée.

La cinquième  raison, est la tension au Kurdistan, cette zone produisant environ 500 000 barils/jour, la baisse de la production vénézuélienne, les tensions en Libye et au Nigeria

La sixième  raison, est le discours du président américain vis-à-vis de l’Accord avec l’Iran, dont les sanctions commenceront en novembre 2018, certes atténué par la position européenne qui a décidé de mettre en place un système de troc pour contourner les transactions en dollars, et également el  le marché  chinois ou les iraniens peuvent se faire payer en yuans.

La  septième  raison, est la faiblesse du dollar par rapport à l’euro

La huitième  raison, est la baisse ou la hausse  des stocks américains, tout en n’oubliant pas les stocks chinois  A court terme, les huit  raisons invoquées précédemment peuvent pousser soit à la hausse ou à la baisse le cours du pétrole, certains facteurs étant plus prépondérants que d’autres.

(contribution internationale du Mena/Forum- diffusion internationale Londres/Bruxelles  « the eight factors determining the price of oil » by Dr A. Mebtoul | Nov 1, 2018 )

2- les raisons du dérapage du cours du pétrole fin novembre

Une des raisons est que la Maison-Blanche a finalement décidé d’accorder des exemptions à huit pays dont la Chine et l’Inde principaux clients de l’Iran déclenchant une baisse des cours. Selon Peter Cardillo de Spartan Capital, le 22/11/2018 «   le déclin des prix du pétrole est inquiétant car il signifie que l’économie mondiale s’affaiblit et qu’elle pourrait voir survenir une récession  en référence aux inquiétudes sur la baisse de la demande mondial de brut. De plus, la guerre commerciale entre Pékin et Washington, fait craindre une aggravation de ce ralentissement à l’échelle mondiale dans la mesure où les deux plus grosses économies du monde s’imposent des droits de douane punitifs qui pèsent sur leur activité ». Quant aux  analystes de Goldman Sachs, ils  évoquent des facteurs techniques,  une faible liquidité du marché, de nombreux opérateurs ayant quitté les salles de marchés à l’approche de Thanksgiving et certaines banques  ayant vendu des options pour se couvrir à mesure que les cours chutaient, ayant ainsi accentué le mouvement.  . Selon le rapport mensuel de septembre de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), au mois d’août 2018,  pour la première fois, la barre des 100 millions de barils produits par jour a été franchie, la consommation mondiale de pétrole ayant  représenté  97,4 millions de barils par jour (mbj) en 2017 (dont 57 mbj par les pays hors OPEP), soit l’équivalent de 1.127 barils ou 179.000 litres par seconde. Aussi, malgré les engagements de l’accord de Paris (COP21) de décembre 2015 (entré en vigueur en novembre 2016), la prise de conscience planétaire pour le climat ne semble pas atteindre le secteur des hydrocarbures.  Selon l’agence Reuters en moyenne octobre 2018, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a extrait 33,31 millions de barils par jour (bpj) soit 390.000 bpj de plus qu’en septembre, une partie du supplément de production de l’Opep provenant  de la République du Congo et de la Guinée Equatoriale, qui ont rejoint l’organisation en 2018 et 2017, mais bon nombre de  pays  de l’OPEP  n’ont pas respecté  les quotas. Ainsi, sans compter la surproduction de l’Irak grand réservoir mon dial de pétrole à un cours inférieur de 20% par   rapport à l’Arabie Saoudite,  les EAU a connu   une augmentation de la production de 200.000 bp à 3,25 millions de bpj, la  Libye  avec une production de 1,22 million de bpj en moyenne, en hausse de 170.000 bpj, alors que la production de l’Iran  a connu seulement une diminution  de 100.000 bpj,  recul  inférieur aux  anticipations. Hors Opep, la Russie a produit 11,41 millions de bpj,  avec 11,36 millions de bpj en septembre 2018. Le ministre de l’Energie de l’Arabie saoudite a fait savoir le 30 octobre 2018 sous pression américaine de porter la production d’or noir à 12 millions de barils par jour contre 10,7 millions actuellement, pour combler la production iranienne avant de déclarer à la dernière réunion  l’urgence de diminuer la production d’un millions de barils/jour , prévoyant de réduire lors de la prochaine réunion de l’OPEP en décembre 2018 de réduire la production à 500.000 barils jour.  Mais tout dépendra d’une entente  avec  la Russie dont  le cours d’équilibre serait de 65/70 dollars ne voulant  pas perdre des parts de marché. Comme tout dépendra de la pression américaine sur l’Arabie Saoudite. Car  le  président américain a déclaré vouloir rester un « partenaire fiable » de l’Arabie saoudite  suite à  l’assassinat du journaliste, mais l’alliance entre Riyad et Washington reste conditionnée par  les exigences de du président américain pour maintenir des prix du pétrole bas. « Les Saoudiens paraissent piégés, commente Aurel BGC : « si Riyad persistait dans sa volonté de réduire la production de pétrole, Washington pourrait ne plus soutenir MBS  et la position de la Russie, regardée de près par les investisseurs, est plus ambiguë. Dans cette hypothèse  le cours du Brent  devrait  fluctuer, sauf crise mondiale majeure où le prix pourrait descendre en dessous de 50 dollars,  entre 65/75 dollars,  70 dollars le baril, étant le  prix d’équilibre afin de ne pas pénaliser ni les pays consommateurs ni les pays producteurs.  Point de vue partagée par le PDG de Total et la banque d’affaires américaine Morgan Stanley selon  AOF, misant sur une réduction de la production de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de la Russie lors de la réunion prévue le 6 décembre prochain à Vienne, en réaction au recul des cours du brut ces dernières semaines, prévoyant  une remontée du cours du Brent aux alentours des 70 dollars le baril. Mais tout dépendra non des fondamentaux mais surtout de  facteurs géostratégiques. Tout en rappelant qu’un prix supérieur à 60 dollars  devrait entrainer  l’entrée massive du pétrole et du gaz de schiste US dont les gisements marginaux, qui sont les plus nombreux, deviennent rentables avec une production supérieure à 10 millions de barils/jour. En août 2018, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), les USA sont   devenus le premier producteur mondial de pétrole, devant la Russie et l’Arabie saoudite, avec 10,9 millions de barils par jour et  cette production devrait même dépasser 11,5 millions de barils par jour en 2019.

3.-Quel impact sur l’Algérie ?

Une hausse d’un dollar en moyenne annuelle procure entre 300-400 millions de dollars supplémentaires à l’Algérie soit à 70 dollars en référence à la loi de finances établie à 50 dollars, et pour une production de 1,2 millions de barils jour 7,2 /9,6  milliards  soit au cours de 118 dinars un dollar entre  864 et  1133  milliards de dinars supplémentaire par  rapport au plancher de 50 dollars   permettant de limiter le financement non conventionnel mais montant insuffisant. Et ce  sous réserve d’une stabilité cours dinar/dollar, car l’artifice comptable du dérapage du dinar par rapport au dollar réduit artificiellement le déficit du trésor. Par  exemple avec un cours de 100 dinars un dollar, le déficit serait en augmentation de près de 20% avoisinant 21,24 milliards de dollars par rapport au cours actuel  alors que selon le  PLF2019  le   déficit  du trésor serait d’environ 18 milliards de dollars soit 2124 milliards de dinars ,  ce qui laisse prévoir le  recours à sa monétisation par le biais de la planche à billets.  Contrairement aux prévisions  du directeur général du trésor, sauf dans l’hypothèse d’une plus grande rigueur budgétaire pour lutter contre les surcoûts, une meilleure allocation des ressources financières supposant une planification stratégique,  la lutte contre la corruption et  cibler les subventions,  Il   faudrait en 2019 un cours d’environ 95/100  dollars le baril pour ne pas puiser dans les réserves de change et ne pas utiliser le financement non conventionnel, en n’oubliant pas que selon le bilan de 2017 entre  le gaz naturel et le GNL représentent 47% des exportation. Précisément nous avons GN, 32,9%, GNL, 14,4%,( au total gaz 47,3%)  pétrole brut 25,2%, condensat, 4,4%, produits raffinés 15,6%, Gpl 7,6%.Encore que le cours est en nette hausse le 23/11/2018 étant  coté pour le jour à 4,54 le MBU en pour la semaine 4,61 et pour le mois 4,69 dollars contre 2,90  dollars  en septembre 2018  Le niveau des réserves de change dépendront donc largement de l’évolution des hydrocarbures qui représente  en 2017 et les huit premiers mois 218 plus de 98, avec les dérivées des recettes en devises  contrairement à certaines déclarations tendancieuses du ministère du commerce. En effet, les  groupes de produits exportés en dehors des hydrocarbures entre 2016/ 2017  sont constituées essentiellement de dérivées d’hydrocarbures. – huiles et autres produits  provenant de distillation du goudron représente 21,92% en 2016 et 27,96% en 2017, – l’ammoniacs anhydres, 17,89% en 2016 et 18,00% en 2017, –  les engrais minéraux  24,80% en 2016 et 17,05% en 2017,  – les hydrocarbures cycliques 2,40%  en 2016  et 1,66% en 2017. Pour les huit premiers mois de 2018, les groupes de produits exportés en dehors des hydrocarbures 2016/2017, sont constituées essentiellement de dérivées d’hydrocarbures -les engrais minéraux  33,62% -huiles et autres produits  provenant de distillation du goudron 24,14% -l’ammoniacs anhydres  15,51%. Ce qui nous donne 73,27% soit 1,548 milliards de dollars, restant aux autres produit seulement 465 millions de dollars. Il s’ensuit que les réserves de change ont évolué ainsi : 2012 :190,6 milliards de dollars, 2013 :194,0 milliard de dollars, 2014 :178,9 milliards de dollars, 2015 :144,1 milliards de dollars, 2016 : 114,1 milliards de dollars, 2017 : 97,3 milliards de dollars. Selon la banque d’Algérie,  bilan du premier semestre 2018,  par rapport à fin décembre 2017, les réserves de change se sont contractées de 8,72 milliards de dollars en passant de 97,33 milliards à fin décembre 2017 à 88,61 milliards à fin juin 2018, ce qui donnerait fin 2018, selon la même tendance   un montant d’environ 77/79   milliards de dollars. Selon le PLF  comme incidence, l’encours des réserves de change sera impacté et se contracterait à 62, milliards de dollars en 2019,  47.8 en 2020 et à  33.8 milliards de dollars en 2021, le FMI prévoyant 12 milliards de dollars courant 2022.

(l’impact du cours des hydrocarbures sur l’économie algérienne  a été longuement analysé dans notre interview à- l’American Herald Tribune du 11 août 2018 « Dr Abderrahmane Mebtoul  « Algeria Still Faces Significant Challenges »  (USA) et AfricaPresse- Paris France –urgence de profondes réformes structurelles loin des aléas de la  rente »

4.- Pour l’Algérie, éviter l’illusion rentière

Sans bonne gouvernance et de profondes  réformes structurelles, l’Algérie restera éternellement dépendante de cette ressource éphémère.  En cette période difficile de tensions budgétaires, personne n’ayant le monopole de la vérité et du nationalisme, l’Algérie doit mobiliser tous ses enfants sans exclusive,  favoriser le dialogue productif, évitant les dissensions inutiles ou pouvoir, opposition et experts non organiques,  doivent contribuer au redressement national dont une croissance négative ou faible, devant être supérieur au taux de croissance démographique,  peut avoir des répercussions  tant nationales, sociales, politiques  que géostratégiques au niveau de la région existant un lien dialectique entre sécurité et développement. Evitons  de fonder une politique économique sur  des modèles économétriques appliqués aux pays développés  déconnectés des réalités nationales dont certains experts, qui avaient pronostiqué en 2014 le retour  d‘un cours du pétrole à plus de 80 dollars. Devant l’ex premier ministre  et les membres de son  gouvernement dans ma conférence au Club de Pins le 26 novembre 2014, dans plusieurs interviews les médias publics et privés nationaux et médias internationaux  (voir www.google.com Mebtoul 2014/2016) ,  j’avais  proposé un comité de crise de crise chargé de proposé  des mesures opérationnelles de  réformes au sein du conseil économique et social en léthargie depuis des années. Induit en erreur par certains experts ou intellectuels organiques aux ordres,  les responsables ne nous ont pas  écoutés et nous en payons aujourd’hui  les  conséquences de cette imprévision.  L’Algérie a un répit de seulement trois ans pour changer de cap et éviter de vives tensions sociales 2020/2022. Avec le niveau des réserves de change bien qu’en baisse, l’Algérie en ce mois de novembre  2018, ne connait pas encore de crise financière mais une crise de gouvernance. Mais le risque sans correction de l’actuelle politique économique et notamment industrielle dont le résultat est mitigé, contrairement à certains discours démentis par le terrain, est d’aller droit vers le FMI horizon 2022 ou cohabiteront crise financière et crise de gouvernance Ce qu’aucun  patriote ne souhaite.

(Sur la gouvernance en Algérie et la situation économique de l’Algérie  voir nos contributions et  entretiens sur ce sujet à MAGHREB EMERGENT 2016/2017  et notre long débat avec le quotidien Ech Chaab 22 novembre 2018)

Pr A.Mebtoul -Directeur d’études ministère Energie/Sonatrach 1974/1979-1990/1995-2000/2008

Auteur de nombreux ouvrages et contributions internationales sur les  mutations énergétiques mondiales