Les associations des promoteurs Ansej et Cnac ont, dans une déclaration rendue publique, dénoncé les propos tenus par le ministre du travail et ancien directeur général de l’Ansej, Mourad Zemali.

La CAME qualifie de provocations les réponses de ce dernier à leurs doléances émises à l’issue de la marche de Tizi-Ouzou qui  a réuni des dizaines de milliers de jeunes promoteurs venus de plusieurs wilayas du pays. La pression monte d’un cran à chaque sortie du ministre et tout indique qu’il y a une sorte de dialogue de sourds qui s’installe. La colère couve et aux mesures annoncées, les jeunes opposent un refus catégorique de remboursement et des marches de plus en plus grandes. Aujourd’hui, beaucoup s’interrogent sur l’issue de ce bras de fer qui ne fait que durcir.

Après des années de dialogue de sourds, les promoteurs sont passés à des positions radicales et réclament désormais  ni plus ni moins l’effacement des dettes contractées. Les arguments avancés sont essentiellement le climat des affaires exécrable qui ne favorise pas l’émergence de PME et l’accumulation des dettes qui en résulte. Les conséquences de la pression exercée sur les jeunes en difficulté sont si grandes que des familles sont brisées. En guise de réponse, le ministre du travail, tout en faisant l’impasse sur la demande d’amélioration du climat des affaires, se borne au rééchelonnement des dettes.

Derrière le discours, mêlant savamment la crotte et le bâton de la tutelle et la radicalisation de la position des jeunes, se cache une réalité amère. Le ministère du travail avance des mesures comme l’arrêt des saisies de matériel et les poursuites judiciaires mais sur le terrain, les huissiers hantent le quotidien et les nuits de milliers de familles. Le rêve de créer sa propre affaire a vite fait de devenir un cauchemar. Des témoignages de jeunes font état de suicides de plus en plus nombreux par ces jeunes. Des drames familiaux qui se rajoutent à  des divorces et autres conséquences comme les dépressions et les maladies.

Quand les grands investisseurs eux-mêmes démentent les thèses du ministre du travail

La colère de jeunes promoteurs dépasse de loin le cadre régional mais nationale. La CAME est constituée de collectifs de plusieurs wilayas. Le constat est le même. La wilaya de Tizi-Ouzou n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Et c’est justement à ce titre que la réunion du wali de Tizi-Ouzou avec les opérateurs économiques locaux. La réunion qui a permis de discuter des difficultés rencontrées sur le terrain aura ainsi le mérite de mettre à mal le ministère du travail sur le registre des dispositifs d’aide à l’emploi de jeune.

En effet, tous les opérateurs privés, c’est-à-dire, les grands investisseurs de la wilaya, ont jugé que le climat des affaires entrave dramatiquement leurs entreprises. Et c’est justement, comble du paradoxe, le point que refuse de reconnaître le ministère du travail lorsque les jeunes promoteurs le signalaient depuis des années. Si les opérateurs souffrent de ce calamiteux climat des affaires que dire alors des jeunes promoteurs partis sur un terrain défavorables avec des dettes et un manque d’expérience. Un démenti cinglant apporté par les investisseurs de la wilaya et qui est valable sur tout le territoire national.

Les dispositifs ont financé l’import-import, au lieu de financer des projets créateurs de PME,

L’ambition projet national de logement aurait du constituer une aubaine pour l’émergence de centaines de milliers de PME dans la soutraitance financées par ces dispositifs. Ces dernières auraient pu se développer en répondant au besoin du grand chantier. Une vision prospective de ces dispositifs aurait en effet conduit à l’émergence d’une industrie légère matérialisée dans création d’entreprises de fabrication de matériaux de construction à titre d’exemple.

Au lieu d’importer des brouettes et des pelles et autres outils, l’Ansej et la Cnac aurait pu financer des milliers de projets de ce genre. Après la satisfaction du besoin national immense boosté par la politique du logement, ces PME pouvaient passer à l’export. Ce développement intégré a été ignoré pour lancer les jeunes dans des projets sans incidence sur l’économie ni au niveau local ni au niveau national. Le financement de centaines de milliers de projets dans le transport tous genres a fini par mettre les bénéficiaires en difficulté avec les conséquences néfastes qui en découlent.

Aujourd’hui, faute de vision, beaucoup de créneaux, autrefois financés sans aucune étude préalable, sont aujourd’hui saturés. Les projets financés croulent sous les dettes comme dans le transport. Financés pour acquérir du matériel roulant de transport de marchandises, des jeunes se retrouvent contraints de louer leurs camions à de grandes entreprises à des prix dérisoires et parfois hélas à des contrebandiers.

Si ces financements avaient bénéficié d’études prospectives auraient également pu participer à développer des filières d’artisanat et de produits du terroir. Petite exemple. A Tizi-Ouzou et dans plusieurs wilayas, des métiers artisanaux  come la forge sont en voie d’extinction. Mais si les dispositifs en question s’y étaient intéressés, les artisans auraient pu bénéficier de prêts afin de développer leurs métiers en PME. Aiguiser des haches peut facilement se développer en usine de fabrication de matériaux de construction. Des fabriques qui auraient trouvé un marché florissant boosté par la demande des chantiers.

Enfin, après des années de bras de fer, les jeunes attendent des solutions concrètes qui commencent d’abord par l’instauration d’un climat d’investissement favorable au développement des PME. L’arrêt des solutions « pénales » et le passage aux solutions techniques et économiques est également réclamé car ces procédés sournois ont détruit des milliers de familles en plus des séquelles sur le plan de la santé de milliers de jeunes. Vu le taux invraisemblable des projets qui peinent à s’en sortir, y’a-tg-il lieu de dire que l’eldorado qui se profilait à l’horizon n’est qu’une chimère qui cache l’enfer ?

Kamal Nait Ameur