Ali Haddad, le PDG de ETRHB.

Condamné par le tribunal de Sidi M’hamed à 7 ans de réclusion dans l’affaire dite du « financement occulte de la campagne du président déchu Abdelaziz Bouteflika», le sulfureux homme d’affaires, PDG du Groupe ETRHB et ex-patron des patrons laisse derrière lui un empire économique et des milliers d’emplois à l’avenir incertain, qu’il risque fort d’entraîner dans sa chute !

Ce lundi 13 janvier, un mouvement général de protestation a été organisé par les différentes organisations syndicales du groupe à l’échelle nationale, pour dénoncer une situation devenue « insoutenable » selon le secrétaire général de la section syndicale de la direction générale du groupe ETRHB, Nabil Haddouche.

Contacté par notre rédaction en marge de la manifestation tenue par les salariés au niveau du siège du groupe à Dar el Beida, il affirme que depuis l’incarcération du PDG Ali Haddad, l’activité économique de l’entreprise est touchée de plein fouet notamment après la résiliation de 3 contrats majeurs d’une valeur totale estimée à 29 milliards de dinars.

Dans une lettre adressée vendredi 10 janvier dernier au président de la république Abdelmadjid Tebboune, le syndicat de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) du groupe ETRHB lance un ultime appel de détresse quant à la situation économique « désastreuse » à laquelle l’entreprise fait face depuis l’incarcération de son P-DG Ali Haddad.

Les représentants syndicaux dénoncent plusieurs anomalies liées, entre autres, à des arriérés de salaire ; pertes de plan de charge suite à la résiliation de plusieurs contrats ; arrêt total des activités de chantiers, des usines et centres de production.

La lettre en question fait état d’une grande inquiétude exprimée en l’absence de visibilité à court, moyen et long terme et des interrogations sur le devenir l’entreprise et par voie de conséquence des postes de travail directs. Et pour cause, force est de constater que depuis le début du Hirak, l’on assiste à un fléchissement sans précédent dans les affaires économiques et commerciales du groupe maintenu sous perfusion de l’offre publique.

Pourtant, si l’on se réfère à la chronologie des faits, le gouvernement avait décidé, le 7 août dernier, de prendre des «mesures d’urgence» pour sauvegarder toutes les entreprises nationales privées, objet de mesures conservatoires. Lors d’une réunion tenue sous la présidence du Premier ministre sortant, Noureddine Bedoui, il a été a décidé de « prendre les mesures d’urgence conformément aux lois et réglementations en vigueur pour préserver toutes les entreprises nationales privées, objet de mesures conservatoires, dans le but de préserver les capacités de production nationale et les postes d’emploi, ainsi que le parachèvement des projets d’investissement publics en cours de réalisation par ces entreprises et le respect de tous les engagements envers les partenaires étrangers», avait précisé un communiqué des services du Premier ministère.

C’est sur cette base qu’un administrateur expert financier agréé en la personne de Larbi Roumili a été désigné pour  «la gestion du groupe ETRHB conformément aux dispositions du code de commerce et du code de procédure pénale », tel que le précise un autre communiqué de la Cour d’Alger datant du 25 août dernier. Malgré les critiques et la controverse juridique suscitée par cette démarche « passée aux forceps » selon plusieurs experts en la matière, la désignation de M. Roumili devait mettre un terme au calvaire des les salariés et permettre d’expédier les affaires courantes jusqu’à nouvel ordre.

Mais pratiquement 6 mois après la désignation de l’administrateur, Nabil Haddouche s’étonne que l’intéressé ne se soit jamais installé au siège de la société sis à Dar el Beida, préférant travailler à distance auprès de 2 délégués qu’il a désignés, dont un certain Tessa, directeur des finances et de la comptabilité. « Nous avons communiqué à Monsieur Larbi Roumili une plateforme de revendications comportant 3 points cardinaux dont il était chargé d’en assurer la gestion, en insistant particulièrement sur celui de la régularisation des arriérés de salaires ainsi que de leur pérennité. Jusqu’ à ce jour, nous n’avons reçu aucune réponse», indique-t-il. Et d’ajouter « les salariés sont aujourd’hui pris au piège des découverts et des crédits contractées auprès de nos créanciers à savoir les banques. »

En effet, et malgré les 400 millions de dollars de chiffre d’affaires dégagé en 2018 (Source : El Watan), l’entreprise de travaux publics est asphyxiée par les dettes engendrées dues en grande partie à un besoin en fonds de roulement qui n’a cessé de croître. Pour sa part, le représentant syndical du groupe Karim Khemissi se fait porte-parole d’un malaise profond exprimé par les 5400 salariés qui selon lui, sont en train d’agoniser sans qu’aucune main ne leur soit tendue de la part des pouvoirs publics. Nous avons cependant tenté de joindre Larbi Roumili pour avoir davantage d’explications sur la gestion des affaires courantes du groupe mais en vain.

Porté sur les fonts baptismaux par 4 filiales et quelque 5400 salariés, le succès économique « galvaudé » du groupe Haddad n’étant pas dû à un alignement parfait des planètes mais plutôt aux largesses accordées par un système économique national prônant la concurrence déloyale d’une part, et le sens de la cooptation d’autre part, se heurte désormais à des lendemains de gueule de bois après la chute du clan Bouteflika.

Khireddine Batache