Les banques privées se sont bien adaptées aux mesures de la Banque d’Algérie (DR)

Les banques privées algériennes, qui ont commencé à annoncer des résultats financiers en baisse sensible en 2013, seront-elles en mesure de gagner le pari de la diversification de leurs activités ?

Le plafonnement des commissions sur le commerce extérieur, annoncé fin juin 2013 par la Banque d’Algérie, était considéré comme susceptible d’amputer considérablement les résultats financiers des banques privées algériennes, et aurait même, dit-on, conduit certaines d’entre elles à envisager de mettre carrément la clef sous la porte.
Pour le Gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Laksaci, le financement du commerce extérieur doit devenir, pour les banques privées « une activité annexe ». Il avait rappelé sans ménagements, voici environ un an, aux banquiers privés que « les agréments leur ont été délivrés pour faire de l’intermédiation bancaire, c’est-à-dire, principalement pour collecter l’épargne et financer l’investissement ». Un avertissement qui a été suivi très rapidement de mesures destinées à rendre l’activité de financement du commerce extérieur nettement moins attractive. On prévoyait donc que ces mesures auraient des conséquences importantes sur une rentabilité des banques privées, jugée encore « exceptionnelle » à fin 2012, et on attendait avec curiosité la publication de leurs résultats financiers pour 2013.
Des résultats financiers en baisse sensible
C’est ce que le leader du marché, Société Générale Algérie (SGA), vient de faire, avec une longueur d’avance sur la concurrence. Comme prévu, SGA a vu ses résultats financiers se contracter au terme de l’exercice 2013. Mais la bonne nouvelle est que son volume d’activité a continué à croître. C’est ce qu’a indiqué, voici quelques jours, le tout nouveau président du directoire de la banque, Eric Wormser. SGA a bouclé l’exercice 2013 avec un produit net bancaire de 14,6 milliards de dinars, en baisse de 5% par rapport à l’exercice précédent. Et un résultat net de 4 milliards de dinars, en régression de 20% par rapport à 2012. Des résultats qui génèrent un niveau de rentabilité des fonds propres (légèrement supérieurs à 200 milliards de dinars), qui reste très honorable et estimée par les responsables financiers de SGA à « environ 20% », alors qu’il était encore supérieur à 25% en 2012.
Eric Wormser n’en fait pas un secret : « la baisse enregistrée sur le chiffre d’affaires et le résultat financier de la banque sont essentiellement le fait d’une contraction, relativement importante, de la rentabilité sur les financements au commerce extérieur, suite aux nouvelles directives édictées l’année dernière par la Banque d’Algérie ». Prudemment et à l’image de l’ensemble de la profession, le nouveau président du directoire de SGA ne fait aucun commentaire sur la pertinence de ces mesures. Il se contente d’indiquer que l’établissement qu’il dirige est « une banque algérienne qui applique la réglementation en vigueur comme tout le monde et qui peut en pâtir ou en bénéficier comme tout le monde».
Trouver des revenus de substitution
Sur la quinzaine de banques privées actuellement présentes sur la place, seules les plus importantes d’entre elles, à l’image de Société générale Algérie mais également de sa grande rivale , BNP Paribas el Djazair, et dans une moindre mesure, d’El Baraka, Algeria Gulf Bank, ou encore ABC, ont fait un réel effort de diversification, en s’appuyant notamment sur le développement rapide de leur réseau d’agences. Fidélisation et élargissement de la clientèle corporate, développement rapide du leasing et politique d’attraction de la clientèle des PME et des professions libérale, sont quelques uns des axes de la stratégie de ces « banques privées à réseau », qui tentent de se doter progressivement d’un profil de banque universelle.
Face à un risque important de perte de rentabilité, elles doivent aujourd’hui investir de nouveaux créneaux et trouver des revenus de substitution. C’est également le principal objectif des pouvoirs publics, qui vise à réorienter l’ensemble des banques, et notamment les banques du secteur privé vers le financement des PME, chantier de longue haleine dans lequel les résultats enregistrés au cours des dernières années restent très décevants.
SGA mise sur la PME
Un message apparemment reçu 5 sur 5 par Eric Wormser, pour qui « la stratégie de SGA est orientée davantage vers l’investissement que vers le commerce extérieur qui ne constitue qu’un segment parmi d’autres de sa gamme d’activités.» D’ailleurs, les résultats sont déjà au rendez-vous et les crédits sont en hausse de 10% en 2013. «Notre portefeuille est constitué à 50% de crédits aux grandes entreprises et 25% aux PME, tandis que le dernier quart va aux professionnels et aux particuliers ».
Ce n’est certainement pas un hasard. SGA a également inauguré très médiatiquement, à la fin de la semaine dernière, son 10e « centre d’affaires dédié à la PME ». Le patron de la banque a précisé à cette occasion que la mise en place de cette structure, exclusivement orientée vers les entreprises, «permet d’assurer une spécialisation dans la prise en charge des besoins des opérateurs économiques avec une compétence et une expertise dédiée et formée à cet effet».
L’inauguration du centre d’affaires de Blida a eu lieu en présence de plusieurs chefs d’entreprises de la région, dont ceux du Club des entrepreneurs et des industriels (CEIMI). Son installation, dans la zone industrielle de Ben Boulaid, répond au souci de proximité de la banque avec de nombreuses entreprises, dont certaines sont déjà clientes de SGA.

Menace sur les « petites » banques privées
La plupart des petits établissements bancaires privés ont, en l’absence d’un réseau suffisamment développé, accentué au cours des dernières années la priorité réservée au financement du commerce extérieur dans la période la plus récente. Parmi ces derniers, pour lesquels l’activité de financement du commerce extérieur a représenté, selon des sources fiables, jusqu’à 90% de leur produit net bancaire, le choc est très dur à encaisser. Selon nos sources, les directions régionales de certaines d’entre elles auraient évoqué la possibilité de mettre un terme à leurs activités en Algérie. Pour ces banques, la période à venir s’annonce donc périlleuse.
A la frontière entre les banques à réseaux et les banques spécialisées, HSBC Algeria ne fait pas vraiment partie des petits établissements bancaires ayant misé quasi exclusivement sur le financement du commerce extérieur. Mais elle compte parmi ceux dont les capacités de s’adapter au nouveau contexte réglementaire vont être durement testées au cours des quelques années à venir. Elle devra miser sur sa réputation et son expertise pour continuer à développer une stratégie de niche.
La feuille de route de HSBC n’annonce pas plus de huit agences à moyen terme avec, dans une première étape, une priorité pour Alger, Oran, Sétif et Hassi Messaoud. A l’image de l’agence d’Hydra, vitrine de la banque dans le quartier le plus chic d’Alger, les services proposés par HSBC s’adressent à une clientèle aisée. Ce positionnement devrait se confirmer dans les prochaines années, conjointement avec un engagement accru dans le financement des porteurs de projets locaux.